SANCTUAIRE t.1-3 (Xavier Dorison / Christophe Bec)

Discutez de Sanctuaire

J’ai relu tout récemment la trilogie Sanctuaire, de Dorison et Bec. Ou de Bec et Dorison, tant les idées développées évoquent ce que Christophe Bec a fait ou fera dans d’autres productions (des professionnels confrontés à l’indicible, un environnement réaliste, un collage SF / fantastique, des décors confinés…).

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C’est très sympa, même si cela ne manque pas de défauts. Tout d’abord, c’est assez long. Trois albums, là où peut-être un diptyque aurait suffi : les révélations arrivent fort tard, certains événements (la noyade du premier) semblent ne pas avoir de conséquences et rallongent la sauce sans avoir de conséquence, et les scènes de présentation de l’équipage traînent la patte dans le premier.

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D’autre part, on a l’impression, à la lecture de l’ensemble, que le projet a changé de cap en cours de route. Le principal indice demeure dans le choix de placer, ou non, le récit dans un futur proche. Le premier tome indique que l’action se déroule en 2029. Mais par la suite, à mesure que la narration recourt à des références technologiques (traitement des images, décodage…), on s’aperçoit que les membres d’équipage utilisent encore des CD-Rom et des PC aux belles allures de boîtes en plastique, digne de la fin des années 1990. La prospective ne semble plus être l’un des enjeux, ce qui peut indiquer que des choix (et donc des renoncements) ont été effectués en cours de route.

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Mais cela s’accompagne d’un changement de style : à mesure que le récit avance, le rythme est différent, la répartition des bulles dans les cases est plus productif, ménageant des effets plus forts, et s’approchant du style qu’on connaît à Dorison notamment sur Long John Silver ou W.E.S.T. Cela tendrait à démontrer qu’il s’approprie le récit au fil de l’écriture.

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L’un des gros défauts demeure le style photographique de Christophe Bec : s’il s’appuie sur des visages d’acteurs (on reconnaît ici ou là un Harrison Ford ou un Matthew McConaughey), ses différents protagonistes finissent toujours par se ressembler, si bien que l’on perd le fil de qui est qui, et de ce qui arrive à tel ou tel groupe.

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Si le premier tome est excessivement bavard (avec un bullage maladroit aux choix discutables), le troisième est bien plus équilibré. Il a le mérite de poser véritablement la menace (au design fortement inspiré de Mathieu Lauffray) et de mettre en scène les tentatives de résistance des marins, dans un mécanisme qu’on devine implacable, parce que l’on comprend qu’ils courent à leur perte. La compréhension du piège dans lequel ils sont tombés se fait en parallèle, sur deux groupes séparés, et la construction est très efficace.

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Il faudra avoir passé un premier tome saisi de logorrhée, mais la conclusion est agréable à lire.

Jim