SERAPHIM - 266613336WINGS (Mamoru Oshii / Satoshi Kon)

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Après quelques mois de reports, Seraphim 266613336 Wings, récit inachevé fruit de la collaboration entre deux créateurs atypiques, *Mamoru Oshii *et Satoshi Kon, est finalement arrivé sur les linéaires.

En 1994, au moment de la parution en magazine des divers épisodes de ce recueil, le réalisateur Mamoru Oshii n’a pas encore la renommée internationale qu’il connaîtra un peu plus tard avec la sortie du film Ghost in the shell, mais il s’est néanmoins fait un nom dans son pays natal avec quelques réussites parmi lesquelles son adaptation controversée Beautiful dreamer du manga Lamu, et surtout les deux films Patlabor, qui synthétisent nombre de ses thématiques (un contexte poussé mêlant science-fiction et politique couplé à une intrigue complexe, un goût déjà prononcé pour les scènes contemplatives), sa trilogie de films en prises de vues réelles étant passée inaperçue. De son côté, Satoshi Kon a fait ses débuts dans le manga et a été assistant mangaka de Katsuhiro Otomo, qui lui mit le pied à l’étrier pour ses débuts dans l’animation comme animateur avec Roujin Z, et travailla par la suite avec Oshii sur son film Patlabor II. Approché par un éditeur désireux de trouver un successeur au manga fleuve à succès Nausicaä de la vallée du vent d’Hayao Miyazaki, Oshii réfléchit à une histoire et souffle le nom de Satoshi Kon pour mettre en images ce qui deviendra Seraphim 266613336 Wings.

L’univers décrit ici prend place dans un futur proche où une nouvelle maladie s’est déclarée en Asie, la maladie de l’angélisme ou Seraphim, qui durcit peu à peu le corps du porteur en plus de lui faire pousser des ailes sur le dos, à la manière dont on se représente les anges donc. Sans qu’aucune cause ou voie de transmission n’ait pu être identifiée, la maladie se propage sur tout le continent eurasiatique, ce qui décidera l’occident à mettre le continent entier sous blocus. L’histoire démarre au moment où l’organisation mondiale de la santé envoie une délégation d’inspecteurs derrière le front de contamination eurasiatique pour corroborer la rumeur sur la naissance d’un miraculé, sous couvert d’inspection des infrastructures après des années de blocus.

Dès le prologue de Seraphim, on reconnait nombre d’éléments caractéristiques du travail d’Oshii, comme l’insert d’introduction qui présente le contexte de l’histoire, un procédé que le réalisateur emploiera dans plusieurs de ses films notamment dans Avalon et Innocence, les références à la bible avec les membres de la délégation qui prennent les noms des rois mages, la fillette qui rappelle le personnage du film L’œuf de l’ange, sans oublier l’incontournable basset. On pourrait aussi citer ces cases muettes sur les oiseaux en plein ciel, qui rappellent cette scène contemplative dans Beautiful Dreamer, qui seront amenées à avoir un sens ici.

L’histoire bénéficie d’un contexte géo-politique touffu de la part d’Oshii, qui renvoie à l’histoire chinoise d’une part, avec la nouvelle donne qui évoque l’ancienne division en royaumes du pays, l’historique de la dynastie Hakka, le culte de la déesse Mazu ou encore l’influence des triades au pouvoir, et à un certain imaginaire de l’anticipation d’autre part, marqué par les réminiscences de traumatismes du XXème siècle. Les forteresses disséminées dans le royaume du sud pour contenir les malades rappellent les camps de concentration de la seconde guerre mondiale, les crématoires servant à purger les populations apparaissent dans des images glaçantes de Satoshi Kon où sont représentés des amoncellements de cadavres calcinés, l’eugénisme est pratiqué dans une Shanghai en proie au fanatisme religieux… L’histoire décrit un futur pessimiste, plus encore que dans ses œuvres animées de cette époque comme Patlabor ou Ghost in the shell, qui gagne en consistance au fur et à mesure du périple de la délégation de l’OMS. Certaines idées rejailliront ailleurs, comme la question de l’afflux massif des réfugiés et des frontières fragilisées qu’Oshii soumettra à Kenji Kamiyama pour la seconde saison de Ghost in the shell : Stand alone complex, mais globalement, Oshii a créé une série bien à part dans sa carrière, qu’il présentait à l’époque comme le projet qu’il veut porter le plus loin, malheureusement stoppée à causes de divergences entre le scénariste et le dessinateur.

Il n’en reste pas moins un début d’histoire prenante et des thématiques fortes, soutenues par les dessins méticuleux de Satoshi Kon, qui propose des scènes d’actions décapantes et des images contemplatives saisissantes, comme cette gigantesque plaine pavée de dalles mortuaires qui s’étend à perte de vue, ou encore la description interne des forteresses dans lesquelles s’entasse la population.

Suite au décès prématuré de Satoshi Kon en 2010, les seize chapitres de Seraphim ont été regroupés en un seul volume au Japon qui vient de nous parvenir, et Mamoru Oshii évoquait l’éventualité de terminer cette histoire sous forme de roman. Dommage que le manga n’ait pu aller à son terme, tant les prémices présentés sont passionnants, et il aurait été intéressant de voir comment Oshii aurait pu se confronter frontalement aux événements faisant référence à la Bible (l’immaculée conception et le miraculé précisémment), puisqu’il semblait intégrer ces éléments dans son histoire et pas seulement s’en servir comme citations.

Voilà qui renforce un peu plus mon impatience à dévorer ce recueil, merci pour ce billet très complet.
Tout ça me fait fortement penser à “L’Oeuf de l’Ange” avec ces myriades de références à la religion chrétienne : ça peut paraître relativement classique dans le contexte de la production occidentale, c’est déjà plus étonnant dans celui de la production nippone.

Petit enculage de mouches : c’est le “pied à l’étrier”, “étriller” étant plutôt le sort réservé aux oeuvres ratées. :wink:

Parfois, je me demande où j’ai la tête, merci. :wink:

Seraphim en contient pas mal oui, j’ai oublié de citer l’inquisition, d’ailleurs.

En novembre dernier, Benoît Maurer, fondateur des éditions Imho et directeur de publication de Kaboom, a fait le bilan des dix années de publication de sa structure manga indépendante dans un entretien accordé au site internet du9. Il est notamment revenu sur le mode de production des ouvrages, les retards importants vis à vis des plannings initiaux ainsi que ce sur quoi va s’orienter le catalogue de l’éditeur à l’avenir.

[size=200]INTERVIEW DE BENOIT MAURER[/size]

Merci, Benoît, pour ce lien.

Tori.