SPETTERS (Paul Verhoeven)

Après une succession d’oeuvres de haute tenue, Verhoeven se charge d’une chronique amère d’une jeunesse livrée à elle-même, en perpétuelle compétition afin d’échapper au morne quotidien qui la guette dans ce bled paumé, et où les rapports de force jouent un grand rôle (son “Rebel Without a Cause” à lui en quelque sorte, bien plus trash et violent).

Le film se focalise sur trois amis dont la rencontre avec Fientje va chambouler durablement leurs vies, une jeune femme vénale, arriviste et pas avare de ses charmes (utilisant son corps comme un outil, une véritable arme lui permettant d’arriver à ses fins, pas si éloigné que ça des personnages de Showgirls, Turkish Delight ou encore La Chair et le Sang) qui aspire à une meilleur condition sociale et qui devra se contenter de ces trois bikers loosers (incarnés par des acteurs méconnus tous bien dirigés dans l’ensemble) comme moyens d’y arriver.

Férus de moto-cross, Rien et Hans aspirent à être un jour au même niveau que le champion Gerrit Witkamp (allusion à Gerrit Wolsink), dont la mentalité n’est pas des plus reluisantes (embauchant par exemple Hans pour qu’il joue sans le savoir le rôle de bouffon dans un bêtisier).

Rien qui semblait promis au meilleur avenir, va perdre ce qui compte le plus pour lui, Hans choisira la même voie mais finira par bifurquer in extremis, et Eef le mécanicien vivant dans un milieu très strict, qui passe son temps à racketter les homosexuels, découvrira peu à peu ses propres penchants refoulés au départ.

Commençant avec une certaine légèreté et se finissant sur un drame, le film change peu à peu d’ambiance, passant de l’humour et de l’énergie de la jeunesse (les deux couples séparés par un mur, qui essayent de rivaliser dans le fait de simuler l’acte sexuel) à l’acceptation de la perte des rêves et le début de l’âge adulte, qui passera par une importante remise en question.

Verhoeven se démarque par une vision très personnelle de la société, la représentation du sexe et une forte critique de la religion (avec laquelle il n’est pas tendre, notamment pour sa tendance à provoquer de faux espoirs chez les fidèles).

Le réalisateur dresse un portrait véritablement poignant de ses personnages, cherchant à montrer la réalité dans ce qu’elle peut avoir de plus cru, où se dégage une grande liberté de ton, donnant lieu à un côté sulfureux par moments lorsque il brise les tabous de l’époque, ce qui vaudra au film d’être accusé à tort de tous les maux, poussant Verhoeven à envisager de se réfugier vers d’autres contrées où il révolutionnera plus tard le genre de la science-fiction.