Je suis en train de lire le recueil M.A.C.H. 1 qui rassemble les premières aventures de John Probe, le héros de cette énième bande écrite par Pat Mills (entre autres). À ma connaissance, il n’y a que deux tomes, les aventures du personnage continuant de loin en loin sur les deux premières années d’existence du magazine.
La série M.A.C.H. 1 fait partie des titres ayant figuré dès le premier numéro de la légendaire revue 2000 A.D.. Elle est présente dans la première trentaine de livraisons, autant d’aventures compilées dans ce recueil. On notera qu’elle figure aux côtés de deux autres séries, Harlem Heroes, version super-héroïsées de sportifs dans laquelle s’illustrera Dave Gibbons, et Invasion, récit de guerre signé Pat Mills un brin bas du front, et sans concession. Comme cette dernière, M.A.C.H. 1 affiche un rythme soutenu (peu de pages par épisode), une vision du monde un peu manichéenne et un héros violent. D’une certaine manière, ces séries sont les héritières de celle que l’on pouvait trouver dans Battle (une revue de guerre plus musclée que la concurrence chez IPC) ou Action, deux revues que Mills a contribué à créer avant le lancement de 2000 A.D.
Dans M.A.C.H. 1, un peu comme dans Invasion même si cette dernière série affiche un mauvais esprit dès le premier chapitre, qui sera la marque de la revue, on a une action frénétique et un certain manque de recul. L’accent est mis sur le côté spectaculaire et bien entendu violent des péripéties, dans la droite ligne de ce qui s’est fait dans Action.
Le héros est John Probe, un agent volontaire soumis à un procédé scientifique novateur, visant à simuler par une acupuncture informatique (si si !) les capacités physiques. On est en 1977, et le héros, complètement en prise avec l’air du temps, en évoquera d’autres. Clairement, il rappelle Steve Austin, le héros de la série télévisée L’Homme qui valait trois milliards (inspirée du roman Cyborg de Martin Caidin), plus tout à fait humain, pas encore machine, à la solde de son pays et de la raison d’État qui y est associée.
Probe est également connecté à un ordinateur qui lui parle directement dans la tête, ce qui occasionne quelques dialogues amusants (car l’ordinateur n’a aucun humour), mais répétitifs, comme l’action. Là, on pense à un autre héros des années 1970, Deathlok, le cyborg futuriste de Marvel qui, lui aussi, tient des échanges marrants avec l’ordinateur qui lui cause dans la tête.
Enfin, sa tenue civile, sa tignasse brune proprement coiffée et sa connaissance des arts martiaux qui lui vaut d’avoir la jambe leste et de distribuer des coups de tatanes évoqueront peut-être aux lecteurs de Pif le Docteur Justice. Et c’est vrai que, selon les dessinateurs, John Probe a parfois des faux airs d’Alain Delon.
On l’a dit plus haut, les histoires sont dans un premier temps assez répétitives, et s’inscrivent dans la logique de la Guerre Froide : Probe doit arrêter des agresseurs de l’Est, protéger des diplomates, exfiltrer des savants, intervenir pour maintenir le pouvoir en place dans des nations alliées… Rien de bien subversif ni de très novateur.
De temps en temps, on a droit à quelques notes différentes, comme l’inquiétude que Probe manifeste face à la carcasse de voiture qu’il ramène à ses services dans « Operation Death-Drive! » ou la moquerie des Américains dont l’homme augmenté vainc sans trop de problème le tank dernier cri dans « The Laser Hound ». À ce sujet, la série dispense un rapport ambivalent à la technologie, parfois négative et hostile même si elle est à l’origine du héros.
Il faudra attendre une bonne douzaine d’épisodes pour que la série commence à explorer d’autres genres, faisant apparaître des savants fous, des yétis, voire des soucoupes volantes. Un élargissement des intrigues qui permet d’éloigner ce petit univers assez étriqué des obsessions teintées d’espionnite de l’époque.
On remarquera deux épisodes liés au Japon où l’intrigue fait preuve d’un peu plus d’humanité qu’à l’accoutumée. Dans « Corporal Tanaka », John Probe rencontre un soldat japonais qui ne sait pas que la guerre est finie, et témoigne d’une pitié à laquelle il ne nous a pas habitués. Dans « Tokyo », le héros rencontre un combattant nippon qui devient son allié, au cours d’un voyage qui ressemble à un dépliant touristique l’emmenant du dojo au train à grande vitesse.
Graphiquement, c’est assez inégal, mais les illustrateurs sollicités, qu’il s’agisse de piliers de la rédaction ou de dessinateurs hispaniques, savent comment réaliser des pages en noir & blanc, avec une inventive économie de moyens.
L’un des plus beaux épisodes, « Terror Train », réserve une petite surprise puisqu’il est dessiné par Pierre Frisano, un illustrateur appartenant à une célèbre famille de dessinateurs (inutile d’épiloguer, j’imagine).
Son magnifique travail de lumières et de modelés, tout en hachures, donne une texture incroyable à cet épisode qui ne se démarque pas tellement du tout-venant : une prise d’otage que John Probe résout en fonçant dans le tas. Mais quelles planches.
Je n’ai pas trouvé le tome 2, ça viendra peut-être. Quoi qu’il en soit, M.A.C.H. 1, série fondatrice du magazine, ne marquera pas l’histoire de la revue, manquant sans doute du ton insolent que les grandes figures du sommaire, Judge Dredd au premier chef, ont imposé au fil du temps. La valse des scénaristes qui remplacent Pat Mills assez vite et des dessinateurs qui illustrent des histoires sans impact n’aidera pas à imposer une série qui n’a pas trouvé sa voie, par rapport aux précédentes revues du scénariste.