TARZAN CHEZ LES SINGES (Scott Sidney)

REALISATEUR

Scott Sidney

SCENARISTE

Fred Miller et Lois Weber, d’après le roman de Edgar Rice Burroughs

DISTRIBUTION

Elmo Lincoln, Enid Markey, True Boardman, Gordon Griffith…

INFOS

Long métrage américain
Titre original : Tarzan of the Apes
Genre : action/aventures
Année de production : 1918

Après une pré-publication en magazine en 1912, la première aventure de Tarzan, Tarzan of the apes (connu, entre autres, sous le titre Tarzan, le seigneur de la jungle en V.F.) fut publiée sous forme de roman en 1914. Si la critique ne fut pas toujours tendre avec la création de Edgar Rice Burroughs, le succès populaire poussa l’écrivain à se rapprocher de divers studios afin de leur proposer une adaptation cinématographique de son univers.

Ayant échoué dans ses tentatives de participer à la production afin de garder un contrôle sur son oeuvre, Burroughs finit par vendre les droits de ses romans à la National Film Corporation en 1916, contre une coquette somme (un record pour l’époque à ce qu’il paraît).

Tarzan of the apes, qui suit fidèlement la trame des premiers chapitres du roman (enfin, à ce qu’on dit bien sûr puisque pour ma part, je connais principalement le héros par ses déclinaisons cinématographiques et télévisuelles), fut tourné en 1917 dans les marais de Louisiane qui servirent de substitut à la jungle africaine. La réalisatrice française Alice Guy fut un temps envisagé pour mettre en scène ce premier Tarzan, mais suite à son refus les producteurs firent appel à Scott Sidney, metteur en scène aussi peu connu que prolifique puisqu’on lui doit 120 courts (beaucoup) et longs (nettement moins) métrages en seulement 13 ans de carrière.

Le choix de Elmo Lincoln pour interpréter Tarzan fut la principale déception de Edgar Rice Burroughs, lui qui avait toujours imaginé son héros plus élancé et athlétique. Elmo Lincoln était plus trapu, avec un large poitrail qu’il avait déjà eu l’occasion de faire valoir lors de ses apparitions dans les films de D.W. Griffith (Naissance d’une Nation, Intolérance…). Mais si Elmo Lincoln est rentré dans l’histoire pour avoir été le premier interprète de Tarzan (il remplaca au pied levé Stellan Windrow, appelé sous les drapeaux la même année), c’est oublier le petit Gordon Griffith, qui campe avec aplomb le jeune Tarzan pendant le second acte du film, avec un jeu moins outré que ses confrères adultes (on le sait, la sobriété n’était pas le point fort des comédiens du temps du muet).

Selon différentes sources, la durée de Tarzan chez les Singes avoisinait à l’origine les 3 heures. Mais comme ce fut souvent le cas à l’époque, la pelloche ne résista pas longtemps aux coups de ciseaux des censeurs…et dans cette première partie du XXème siècle, chaque grande ville américaine avait son propre comité de censure. De nos jours, il ne reste donc que des versions tronquées, dont la durée avoisine les 60/70 minutes selon les copies.
Sur celle que j’ai vue, il y a pas mal de coupes visibles, mais elles n’affectent finalement pas tant que ça la lisibilité du récit (à deux ou trois exceptions près).

ElmoLincoln_Tarzan

Une histoire découpée en 3 actes et qui est maintenant bien connue : le voyage vers l’Afrique des époux Greystoke, leur abandon sur une côte tropicale après une mutinerie, la naissance de leur enfant qui sera élevé par les singes après leur mort; la jeunesse du petit Tarzan, sa découverte des hommes, et aussi de la puissance des armes, un couteau retrouvé dans la cabane où sont morts ses vrais parents va faire de lui un adversaire redoutable pour les animaux de la Jungle; le Tarzan adulte, devenu auprès des populations indigènes une véritable légende et sa première expérience de l’amour, quand une expédition venue d’Angleterre se mettra sur la piste des Greystoke…une expédition dont fait partie une certaine Jane Porter…

Les bases du mythe donc…le récit est aussi classique que bien huilé, les scènes d’action sont efficaces (même si Elmo Lincoln manquait vraiment de souplesse) et si certains éléments sont assez cheap (comme les costumes des singes…et le gorille qu’affronte le jeune Tarzan dans son « rite de passage » est vraiment mangé aux mites), il faut bien entendu les remettre dans le contexte de l’époque.

Elmo Lincoln incarna à nouveau Tarzan à deux reprises, dans le long métrage La Romance de Tarzan (qu’on dit perdu), et dans un serial en 1921, avant de laisser sa place. Il fut le premier (enfin, techniquement le deuxième) d’une impressionnante liste d’acteurs dont Alexander Skarsgard sera le prochain représentant.

Sympa ce retour sur les Tarzan muets, j’ai vu ce film il y a pas mal de temps lors d’une “Théma” sur Arte en troisième partie de soirée mais j’avoue que je ne m’en souviens plus.

Tarzan, tout comme Zorro (celui de Douglas Fairbanks dans un premier temps) d’ailleurs, doit beaucoup (selon moi) de sa renommé au cinéma.
Sans le 7ème Art il n’aurait peut-être pas traversé le siècle comme il l’a fait.

Ceci dit si je peux me permettre, je ne crois que l’on puisse parler de “pré-publication” dans le cadre des pulp magazines.
Il s’agissait de publications à part entière et cela n’entraînait pas ipso facto une parution en roman.

En tout cas merci pour cet article.

[quote]Ceci dit si je peux me permettre, je ne crois que l’on puisse parler de “pré-publication” dans le cadre des pulp magazines.
Il s’agissait de publications à part entière et cela n’entraînait pas ipso facto une parution en roman.[/quote]

C’est pas faux…mais je pense que le terme peut tout de même s’appliquer à ce cas précis…

[quote]Tarzan, tout comme Zorro (celui de Douglas Fairbanks dans un premier temps) d’ailleurs, doit beaucoup (selon moi) de sa renommé au cinéma.
Sans le 7ème Art il n’aurait peut-être pas traversé le siècle comme il l’a fait. [/quote]

Je suis bien d’accord. Ca s’est un peu calmé ces dernière années (en attendant le film de David Yates qui sortira en 2016), mais il fut un temps où il ne se passait pas une année sans que le personnage ne vive des aventures sur le petit ou le grand écran…

[quote=“Le Doc”]

[quote]Ceci dit si je peux me permettre, je ne crois que l’on puisse parler de “pré-publication” dans le cadre des pulp magazines.
Il s’agissait de publications à part entière et cela n’entraînait pas ipso facto une parution en roman.[/quote]

C’est pas faux…mais je pense que le terme peut tout de même s’appliquer à ce cas précis…

…] [/quote]

J’ai hésité à faire ce commentaire, c’est toujours délicat de “ramener sa science”, mais il se trouve que les pulp magazines, Tarzan et Burroughs sont des sujets qui me passionnent et sur lesquels j’ai fais pas mal de recherches et sur lesquels d’ailleurs que continue d’en faire.

Et il se trouve que les pulps et les romans c’est un peu comme les comic strips et les comic books.

Par exemple on ne peut pas dire que Flash Gordon, Calvin and Hobbes ou Hägar the Horrible (alias Hägar Dünor) ont été pré-publiés dans les journaux avant une publication en recueils.
S’il s’agit de BD dans les deux cas, comic strips et comic books sont deux mondes “étrangers” l’un à l’autre.
Comme les pulp magazines et les romans.

Ensuite dans ce cas précis justement, Burroughs voulait surtout gagner sa vie (il a d’ailleurs écrit ce qui deviendra La Princesse de Mars sous un pseudonyme dans un premier temps), écrire était l’une des nombreuses tentatives qu’il entreprenait.
Donc envisager le succès, et écrire des romans n’étaient pas des idées qu’il avait en tête (du moins de ce que j’ai lu sur lui).

Cela dit c’est ton article. :wink: