TETSUO THE IRON MAN (Shinya Tsukamoto)

[quote]REALISATEUR

Shinya Tsukamoto

SCENARISTES

Shinya Tsukamoto

DISTRIBUTION

Tomoro Taguchi, Renji Ishibashi, Naomasa Musaka…

INFOS

Long métrage japonais
Genre : cyberpunk / épouvante
Durée: 1h07
Année de production : 1988

SYNOPSIS

A strange man known only as the “metal fetishist”, who seems to have an insane compulsion to stick scrap metal into his body, is hit and possibly killed by a Japanese “salaryman”, out for a drive with his girlfriend. The salaryman then notices that he is being slowly overtaken by some kind of disease that is turning his body into scrap metal, and that his nemesis is not in fact dead but is somehow masterminding and guiding his rage and frustration-fueled transformation.

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1988, déjà !!!

Jim

Voilà un film très important pour moi.
Je l’ai vu à un moment particulier de ma vie de spectateur de films, c’est un des quelques titres qui ont considérablement boosté mon intérêt pour le cinéma.
Tsukamoto est ce mec étrange, très doux et modeste en interview, qui a su trouver avec trois bouts de ficelles et deux machines à laver en pièces détachées le moyen de déchaîner les possibilités purement cinétiques du genre…
Imprégné des travaux de Scorcese (surtout “Taxi Driver”) mais aussi Cronenberg (difficile de ne pas penser au génial “Videodrome”), Tsukamoto appartient à cette fameuse génération super 8 japonaise, à laquelle appartient aussi Kiyoshi Kurosawa (“Shokuzai”, “Real”). Il bricole dès l’adolescence des films étranges qui doivent autant à la culture populaire japonaise qu’aux travaux d’avant-garde d’un Epstein dans les années 20. En parallèle, il travaille également au théâtre et monte une compagnie improbable appelée le “Kaiju Theater”, où il importe le genre kaiju eiga sur les planches…!
Cette influence reste prégnante sur “Tetsuo” mais aussi sur quelques travaux antérieurs, malheureusement invisibles du fait de la naïveté d’un Tsukamoto qui n’a pas pris soin d’acquérir les droits de la musique qu’il a utilisé.

Sur “Tetsuo”, Tsukamoto n’a pas un rond, et fait quasiment tout : réalisation, décors, scénario, jeu, maquillages, effets spéciaux, montage…Tsukamoto est partout et va même jusqu’à dessiner lui-même les affiches, dans une conception du cinéma artisanale et irrésistiblement sympathique, et en même temps porteuse d’une forte impression d’avoir affaire à un auteur total, comme un auteur de BD qui ferait tout du script au lettrage.

“Tetsuo” est un renvoi évident au mythique enfant-mutant du fameux “Akira” de Katsuhiro Otomo ; Tsukamoto partage avec son compatriote l’obsession de l’environnement urbain vu comme un champ de ruines impactant jusqu’à la biologie de ses occupants. Le scénario de “Tetsuo” est famélique (le film narre l’histoire d’un salary-man japonais anonyme et terne qui mute en un monstre d’acier suite à une collision en voiture), mais thématiquement vertigineux. Développant une étonnante relation amour / haine à la capitale japonaise, comme dans ses autres grands films “Tokyo Fist” (“Requiem for a Dream” et “Fight Club”, qui l’ont pompé, en un seul film) et “Bullet Ballet”, peut-être le plus beau Tsukamoto, le japonais décrit un enfer urbain et cinématique total, d’une puissance étourdissante, avec des moyens ridicules.
Tsukamoto a réussi ce tour de force en réfléchissant de manière approfondie sur une esthétique de la décharge et de l’hybridation, accouchant de merveilles au niveau des maquillages et des costumes, “Tetsuo” demeurant quasiment la seule et en tout cas la plus éclatante représentation à l’écran du feeling cyberpunk. Il injecte dans son étrange narration (plus une accumulation de scènes hallucinées décousues que véritable intrigue qui se déploie) une réflexion sur la douleur physique et la sexualité qui semble d’un point de vue occidental éminemment japonaise (la douleur comme un pis-aller pour se sentir vivant, c’est cet aspect qu’un “Fight Club” emprunte à Tsukamoto justement). Ou comment la technique affecte les humains directement, impactant leur chair comme chez Ballard ou Burroughs.

C’est du point de vue formel que Tsukamoto épate principalement, portant le montage à un point d’ébullition jamais vu auparavant, que les maëstros du video-clip limités dans leurs effets par la durée qu’ils travaillent ne peuvent que rêver effleurer. Travaillant la stroboscopie comme epu de cinéaste avant lui, réinventant carrément le principe de la stop motion poussée dans ses retranchements, le cinéaste japonais parvient de manière troublante à réenvisager le concept technique initial du cinéma, consistant à produire du mouvement à partir d’images fixes. La sensation de vitesse procurée par les images de Tsukamoto enchaînées à un rythme ahurissant me semble bouleversante car elle touche à l’émerveillement le plus primitif dont est capable le cinéma. Pour moi, ce film marque une étape importante et encore indépassée de la conception du montage en termes de dynamique, après Orson Welles et ses plans presque subliminaux, après les premiers Scorcese au début des 70’s , puis les apports du premier “Star Wars”, ou ensuite la maximisation de ces effets par Tsui Hark pour son légendaire “Zu”.
Si Tsukamoto n’est pas un cinéaste sans descendance (on peut penser au moins à Jan Kounen et à Darren Aronofsky), aucun de ses disciples ne parvient à susciter les mêmes sensations. Il reste ce cinéaste singulier dont les films se reconnaissent instantanément tout en ne ressemblant à rien de connu.

Je recommande chaudement, vous l’aurez compris. :wink:
Un film cher à mon coeur, qui mêle miraculeusement le malaise instillé par des thématiques lourdes et complexes et un émerveillement plastique d’une grande pureté, le tout pour le budget fraises tagada d’une production Michael Bay. J’ai beaucoup montré ce film, et je profite de l’occasion offerte par Benoît pour reparler avec émotion de cet immense film, qui agace, dégoûte ou fascine, mais ne laisse PERSONNE indemne.

Tu donnes envie. Mais ce n’est pas sur la TNT que je vais trouver ça …

Ha ha !! Non, y’a peu de chances. Il existe en DVD en “double programme” avec sa suite, avec des présentations excellentes du grand Jean-Pierre Dionnet, complétées par des interviews avec Tsukamoto en personne. Aux dernières nouvelles, c’est assez facilement dégotable car réédité à quelques reprises.

Je ne suis pas certain que ce soit encore réédité (ça date de 2002), car ça devient difficile de trouver ce double dvd neuf à un prix décent. Mais en farfouillant dans des boutiques ou des fnacs, il doit être possible de le dégoter. Sinon, pour les anglophones, l’éditeur Third window films a édité un blu-ray des deux volets, avec un master haute définition travaillé par Tsukamoto lui-même, ce qui est également le cas pour les blu-ray de Tokyo fist et Bullet ballet.

Il n’en demeure pas moins que le double dvd de studio canal est aussi très intéressant et vaut vraiment le coup pour les présentations de Jean-Pierre Dionnet, très instructives et qui contextualisent bien les choses. C’est quelqu’un qui m’aura vraiment fait découvrir des cinéastes d’orient incontournables, comme Shinya Tsukamoto, Takeshi Kitano ou Johnnie To.

Il me semble l’avoir souvent vu en rayons au fil des années, effectivement. Si le DVD date effectivement de 2002 (déjà 12 ans !), je crois qu’il y a eu différents retirages ultérieurs. Maintenant, le marché a été tellement bousculé ces dernières années que la donne a sûrement changé…

Oui, Dionnet a fait un travail de “passeur” remarquable, que ce soit à Canal avec Cinéma de Quartier ou son spin-off Quartier Interdit (où je crois bien avoir découvert Tsukamoto), sur cette collection Studio Canal, ou celle appelée Asian Star, et si je connaissais déjà Kitano ou Tsui Hark, c’est à travers son travail que j’ai pu approfondir leurs filmos respectives, et aussi découvrir d’autres auteurs comme Johnnie To, Kim Ki-Duk ou Lee Chang-Dong.

Je connaissais aussi Kitano pour l’avoir vu dans Battle royale et j’avais vu son Zatoichi au cinéma, mais comme je n’étais pas encore très mûre à ce moment-là, je n’avais pas vraiment pu apprécier le film à sa juste valeur, et c’est plus tard que j’en suis venu à m’intéresser à sa filmographie. Pour Tsukamoto, je crois que c’est une interview d’Andreas dans le défunt magazine Pavillon rouge publié par Delcourt qui avait attisé ma curiosité pour Tetsuo: l’auteur avouait que sa seule et unique tentative de visionner le film l’avait profondément marqué au point de ne pas pouvoir aller jusqu’au bout, et de ne pas oser réitérer l’expérience. Je croyais ne pas connaître Lee Chang-Dong, mais je m’aperçois que j’ai vu Secret sunshine en salle.

Lee Chang-Dong, je l’ai connu avec “Peppermint Candy”, et j’ai été soufflé par son “Poetry”, qui avait été consacré à Cannes il n’y a pas bien longtemps.
Pour l’anecdote (pas si anecdotique), il fut aussi ministre de la Culture en Corée du Sud et en partie responsable du boom incroyable de cette cinématographie à la fin des années 90 (depuis un peu retombé, mais demeurent quelques cinéastes de premier plan quand même), avec la mise en place d’un système de quotas qui favorisent la production locale. En gros, les films étrangers ont droit de cité, bien sûr, mais les exploitants et les distributeurs sont tenus de garder à l’affiche pour un temps minimum les productions du cru, ce qui favorisent leur expansion…

Puisque tu parles du caractère extrême de l’expérience “Tetsuo” (diable, même Andreas est impressionné…), il faut dire un mot sur le travail également très impressionnant de son Bernard Herrmann à lui, le rocker expérimental Chu Ishikawa, qui illustre de manière idéale (et éprouvante) le délire visuel de Tsukamoto. Entre musique industrielle, rock abrasif et white-noise musclée, sa “partition” est un vrai bijou. Il a également beaucoup travaillé avec Miike, mais aussi sur beaucoup d’autres films de Tsukamoto. Même si j’aime aussi le reste, j’avoue que c’est surtout son travail sur les “Tetsuo” qui emportent mon adhésion…
Pour en avoir une idée, c’est par là :

[quote=“Photonik”]Lee Chang-Dong, je l’ai connu avec “Peppermint Candy”, et j’ai été soufflé par son “Poetry”, qui avait été consacré à Cannes il n’y a pas bien longtemps.
Pour l’anecdote (pas si anecdotique), il fut aussi ministre de la Culture en Corée du Sud et en partie responsable du boom incroyable de cette cinématographie à la fin des années 90 (depuis un peu retombé, mais demeurent quelques cinéastes de premier plan quand même), avec la mise en place d’un système de quotas qui favorisent la production locale. En gros, les films étrangers ont droit de cité, bien sûr, mais les exploitants et les distributeurs sont tenus de garder à l’affiche pour un temps minimum les productions du cru, ce qui favorisent leur expansion…[/quote]

Ce système a d’ailleurs été abrogé il y a quelques années, il me semble. L’acteur Choi Min-Sik (Old boy), qui craignait une baisse drastique de la production locale au profit de l’exploitation de films en provenance des Etats-Unis, était venu à Cannes manifester pour le maintien des quotas l’année où The host de Bong Joon-Ho était présenté au festival.

Rien que sur le premier film, c’était au moins aussi expérimental que les images qu’elles accompagnaient. Je crois que c’est Tsukamoto qui parlait de couvercles de poubelles métalliques utilisés pour obtenir des sons de percussion ou d’autres choses assez improbables.