TEX MAXI (Collectif)

Discutez de Tex maxi

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Tiens, j’ai acheté un Tex Maxi hier, à trois euros. Il s’agit d’Alaska, une histoire écrite par Mauro Boselli, dans son style rentre-dedans habituel (c’est un peu le Chuck Dixon de Bonelli, Mauro !!!).

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Je n’ai fait que le parcourir pour l’instant, et mes trois mots d’italien ne m’ont pas permis d’en savoir beaucoup. En revanche, j’ai été frappé par le style du dessinateur, Angel Lito Fernández. Il dessine plutôt bien, c’est détaillé, bien matiéré, avec des ombres et des modelés travaillés. Mais on sent une influence un peu mangaïsante, notamment dans les visages, qui tranche avec le réalisme très contrasté auquel les lecteurs (enfin, surtout moi apparemment) sont habitués. En gros, c’est un peu aux antipodes d’Ortiz, quoi.
J’aime bien, mais c’est surprenant pour Tex.

Jim

En Italie, les Tex Maxi sont des numéros hors série bien dodus, plus épais que les mensuels, et confiés à des équipes d’auteurs composées au gré de l’intuition de Sergio Bonelli (là où les Speciale sont bâtis autour d’un dessinateur à la renommée internationale, puisqu’on y trouve des gens comme Victor De La Fuente, José Ortiz, Jordi Bernet, Goran Parlov, Colin Wilson, Alfonso Font, Ivo Milazzo, Manfred Sommer ou encore… Joe Kubert ! le scénariste et le sujet étant un peu secondaires dans l’affaire).
Soit dit en passant, j’ai un peu du mal à comprendre la numérotation des Maxi dont j’ai la version italienne. Dans les textes d’introduction (que mes trois semaines de cours à la fac et mon unique séjour à Rome et Milan il y a presque vingt ans me permettent de déchiffrer avec lenteur), Sergio Bonelli explique que le premier Maxi, intitulé Oklahoma!, a été confié au tandem Berardi (scénariste et co-créateur de Ken Parker) / Letteri, et qu’il aura fallu attendre six ans pour avoir le deuxième, Il Cacciatore di fossili, cette fois-ci aux mains de l’équipe Antonio Segura et José Ortiz. Mais bizarrement, ces tomes portent la numérotation interne (en deuxième de couverture) « 12bis » et « 13bis ». Il va donc falloir que je me penche sur l’histoire de cette collection, à moins que quelqu’un n’en sache plus que moi sur le forum, ce qui n’étonnera personne.

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Bref. La quatorzième livraison de cette collection porte le titre La Belva umana, titre rendu en français par La Bête humaine, chez Clair de Lune. Rien à voir avec le film de Jean Renoir en 1938 où Jean Gabin incarne un conducteur de locomotive. Si le récit de Tito Faraci s’inspire de quelque chose, c’est plutôt des Chasses du Comte Zaroff, prototype du récit de chasse à l’homme qui aura marqué l’imaginaire.

Le scénariste Tito Faraci n’a pas toujours bonne presse. Personnellement, j’ai lu quelques productions Disney de sa plume, la rencontre entre Daredevil et Captain America dessinée par Claudio Villa pour le marché italien, ainsi que Spider-Man : Le Secret du verre, qu’il a écrit pour Giorgio Cavazzano dans la collection « Transatlantique » de Panini. Et dans tous les cas, à défaut de récits débordant d’originalité, j’ai pu lire des histoires limpides et construites avec soin.

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C’est encore le cas ici : tout commence par l’évocation d’une mission de Tex dans le passé, le Ranger du Texas devant arrêter un ravisseur sadique, qu’il finit par descendre. Ce dernier est en fait le fils d’un riche propriétaire qui exerce sur son entourage un pouvoir tyrannique. Et le vieux despote ordonne à des mercenaires de capturer Tex Willer. Le captif est alors emmené sur une île où il est retenu, mais parvient à s’évader, dans des circonstances qui paraissent bientôt suspectes au défenseur de la loi : c’était trop facile. Et pour cause : le riche parvenu cherche avant tout à s’offrir une chasse mémorable avant de porter le coup de grâce à l’homme qui lui a pris son fils.

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Rien que de très classique, mais Faraci complique la narration en ajoutant un élément étranger à l’affaire, un autre détenu, un Noir prénommé Samuel, que Willer a tenté d’arrêter il y a des années, et qui avait été accusé d’avoir tué un Blanc avant que le Ranger ne le sauve de la vindicte des hommes du Klan. Willer et Samuel s’enfuient donc, traversant les forêts en direction du « marais mort » dont personne ne revient, estimant qu’ils y trouveront de quoi riposter. Effectivement, ils y trouveront des alliés. En chemin, leur marche est ponctuée de flash-backs éclairant l’histoire de Samuel, dont le contenu, qui prouve l’innocence du personnage, est révélé aux lecteurs mais pas à Tex. Dans le même temps, d’autres flash-backs sont consacrés à leur ennemi ce qui, à défaut de le rendre sympathique, lui donne quelque épaisseur. Ces séquences du passé se croisent sans se télescoper, le tout étant très facile d’accès et permettant de dévoiler la vérité par petits morceaux. La construction est réussie.

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On pourra sans doute reprocher au script, cependant, de ne pas avoir poussé l’idée à fond, et de n’avoir jamais réellement mis en danger le héros : le principe de la chasse à l’homme est ici transformé en guerilla de harcèlement, Tex devenant le saboteur de la machine bien huilée de son adversaire. Le Ranger s’en sort en gros sans une égratignure, là où un tel postulat aurait justifié de le voir en chemise déchirée avec une dernière balle dans le chargeur, aux abois. Occasion manquée, même si le récit est d’une facture plus que recommandable.

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Ce sentiment d’absence de danger est amplifié par le fait que Roberto Diso, dont je ne connais pas le travail par ailleurs, représente un Tex comploteur au sourire sardonique. On se doute que le vieux briscard en a vu d’autres, mais tout de même, cette absence d’inquiétude sur les traits du héros n’est sans doute pas le meilleur moyen de matérialiser le danger alentour.

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Le trait de Diso est assez étonnant. Classique, un peu raide, visant l’efficacité plus que la beauté du trait, il m’évoque un peu un Franco Oneta, dessinateur de Zembla, qui serait encré par Dick Giordano ou Steve Mitchell. Il y a de chouettes cases, mais on n’est pas dans le registre virtuose d’un De La Fuente ou d’un Font, ni dans l’élégance d’un Villa. En revanche, sa narration est parfaitement maîtrisée.

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Le récit, dont les tenants et les aboutissants se dévoilent petit à petit avec aisance, manque sans doute d’un enjeu palpable, d’une tension qui aurait servi le propos afin de propulser l’intrigue vers le haut du panier. Mais Faraci profite de son ample pagination pour faire vivre le tandem que constituent Tex et son allié de fortune.

L’édition française souffre des mêmes problèmes orthographiques que les autres tomes de Clair de Lune. Et en termes d’accompagnement éditorial, il n’y a que la page d’introduction de l’édition originale, les Maxi étant bien moins bavard que les Speciale (ce qui me semble bien dommage, cela dit).

Jim

Sur plusieurs séries Bonelli, j’ai quand même pas mal de parutions italophones. En texeries diverses, j’ai plein de numéros de la période qui correspond, en gros, à la fin des traductions Semic et un peu de la suite, j’ai deux Speciale (dont le Kubert) et trois Maxi (deux par Segura et Ortiz et celui que j’ai cité plus haut). Alors bien sûr, j’ai parcouru en diagonale et feuilleté certains d’entre eux, prenant vaguement connaissance du contenu, du sujet de l’intrigue, piochant ici et là une information, mais je n’avais jamais pris le temps d’en lire en entier (en revanche, j’ai lu quelques épisodes de Julia, une très bonne série gravitant autour des enquêtes d’une profileuse empruntant ses traits à la sublime Audrey Hepburn). Bref, je savais depuis longtemps que je pouvais lire un épisode (et chez Bonelli, un épisode, c’est une grosse centaine de pages), mais ma fainéantise naturelle m’avait fait repousser ce moment. Et puis, comme je suis dans une phase bonellienne, après avoir lu quelques tomes chez Clair de Lune, j’ai décidé de m’emparer des deux tomes de Segura et Ortiz et de me lancer : au moins, s’il y a des fautes d’orthographe, je ne les verrai pas.
:wink:

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Et donc, j’ai attaqué L’Oro del Sud. N’ayant jamais vraiment appris l’italien (je ne compte pas mes trois semaines en première année de fac, parce que la prof était jolie, mais tellement chiante que j’ai pas tenu une quatrième semaine) ni de nombreuses occasions de le baragouiner (à part un voyage à Rome et Milan, mes potes italiens parlant souvent mieux le français que moi leur langue), j’ai mis quatre soirs à déchiffrer l’ensemble des 266 pages du Maxi. Alors oui, quelques mots m’ont échappé, quelques subtilités de caractérisation me sont passées au-dessus de la tête, quelques répliques sont restées obscures (parce que bon, mon dico français / italien, je ne l’ai pas sur ma table de chevet), c’est un peu comme regarder un film sous-titré où tous les acteurs ont des accents à accrocher un manteau dessus : on comprend globalement mais quelques finesses passent à travers les mailles. Mais la sensation est franchement agréable, celle de plonger dans un texte (ouais, c’est des BD, avec des bulles écrites bien souvent au présent et des dessins pour aider, c’est pas un prodige de l’esprit qui s’envole, non plus…) qui d’extérieur peut paraître abscons et, à force de nager dans le contexte, d’apprendre des mots, des tournures, tout une musique qui, à un certain moment, porte l’acte de lecture.

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Le tandem Segura et Ortiz, on le connaît en France pour des séries comme le post-apo Hombre, le polar carcéral Morgan, ou Burton & Cyb, et donc pour une ambiance assez provoc et politiquement incorrect, avec une violence ricanante qui teinte les récits souvent vifs et nerveux. Les retrouver sur Tex est un plaisir, parce que Segura sait manier l’action et la caractérisation et qu’Ortiz, fortement influencé par Joe Kubert, n’a pas son pareil pour faire le portrait de pouilleux malfaisants mais parfois glorieux. En revanche, l’exercice les conduit à mener des récits au long cours à la dynamique différente des feuilletons auxquels ils nous ont habitués, souvent constitués d’histoires courtes à chute. Là, ils sont partis sur deux grosses centaines de planches, mais le tome est chapitré et on sent bien que les auteurs pensent le récit comme autant d’actes qui se succèdent, et qu’ils écrivent comme des histoires courtes dans une trame plus vaste. Le résultat fonctionne très bien.

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Le récit commence (après une scène « pré-générique » mettant en scène les membres du Ku-Klux-Klan fomentant un potentiel retour) alors que Tex Willer et Kit Carson convoient des prisonniers jusqu’à un pénitencier où sont incarcérés des rebelles sudistes. Et alors que les deux Rangers sont à table avec le capitaine du fort, les anciens adversaires font sauter l’armurerie. En plein repas, ce qui choque profondément Carson ! Fusillade, bagarre… Et quand la poussière retombe, la plupart des prisonniers sont ramenés en cellule, sauf une poignée. Willer, Carson et un soldat qui connaît bien les prisonniers prennent les évadés en chasse. La traque conduit poursuivis et poursuivants vers une zone marécageuse. Chez les évadés, des tensions se font jour, entre notamment Buchanan qui veut récupérer un trésor devant servir à réarmer les troupes du sud et Portman qui, en simple voleur cupide, envisage de flinguer ses alliés et de récupérer tous les lingots pour lui. Et après une centaine de pages, on découvre qu’en fait, le trésor, le fameux « or du sud », a été planqué dans un navire blindé qui a été ravitaillé en charbon et en munitions à la fin de la guerre (marquant la défaite du sud).

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La course-poursuite prend un nouveau tour, les évadés évoluant sur un fleuve sauvage à bord d’un navire impossible à couler et les Rangers qui les traquent sur la rive, d’abord à cheval puis sur une draisine sans freins. C’est d’ailleurs à des moments comme ça qu’on sent poindre le mauvais esprit de Segura, qui plonge les deux héros dans des tracas où ils frôlent le ridicule. Il n’hésite pas à les salir, en les plongeant dans des sables mouvants ou en les suspendant comme des saucisses à un pont de bois. J’ai l’impression aussi qu’il en fait des tonnes dans les dialogues, en surjouant les chamailleries entre les deux Rangers, ce qui lui permet de détourner les codes très rigides de la série (chez Nizzi, par exemple, Tex n’est jamais blessé ni sali, c’est le James West local : Segura, quant à lui, multiplie les petites vannes de Tex à l’égard de Carson, et inversement, et n’hésite pas à plonger les deux justiciers dans la boue dès qu’il peut) sans pour autant trahir le cahier des charges qu’il doit respecter.

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La longue poursuite qu’est L’Oro del Sud est savamment rythmée et permet de croiser des figures assez attendues chez Segura : des bandits, des déserteurs tournant aux pillards, voire des vachers devenus fous par l’appât du gain et la perspective de devenir riche et s’emparant des lingots qui traînent, voilà autant de variations sur le thème du voyou crasseux et sans classe dont ses personnages font en général leur ordinaire. A contrario, il prend soin de donner à Buchanan une certaine allure, un véritable charisme et des doutes : au cours de l’histoire, ce dernier se demande si son idéal ne le conduit pas à déraper, et en vient à regretter certaines de ses actions. Et les dernières paroles de Tex, dans la planche ultime, rend hommage à l’engagement d’un combattant dont le seul tort est d’avoir choisi le mauvais camp.

Remarquons que, à la fin du récit, Tex fait une entorse à la loi qu’il défend d’ordinaire si âprement. Estimant qu’il n’avait pas connaissance de l’existence de l’or, et donc que celui-ci ne fait pas partie de sa mission, il le laisse en possession d’anciens esclaves et s’en va, le corps du dernier rebelle en travers de son cheval. Dans le cœur de Tex, il y a quelques variables d’ajustement qui me semble en partie provenir du goût de Segura pour une justice moins rigide que la loi.

Jim