Comédie dramatique
Long métrage américain
Ecrit par Lawrence Kasdan et Barbara Benedek
Réalisé par Lawrence Kasdan
Avec Tom Berenger, Glenn Close, Jeff Goldblum, William Hurt, Kevin Kline, Mary Kay Place, Meg Tilly et Jobeth Williams
Sortie le 30/09/83 (USA) et le 07/03/84 (France)
Sept anciens élèves de l’Université du Michigan, que la vie avait éloignés, se réunissent, le temps d’un week-end, pour les obsèques de l’un d’entre eux, Alex, qui s’est suicidé.
Deuxième film réalisé par Lawrence Kasdan, The Big Chill est un bijou dans la filmographie d’un réalisateur également connu pour pour son travail de scénariste sur L’Empire contre-attaque, Les aventuriers de l’Arche perdue, Le retour du Jedi ou bien encore Bodyguard. Ce fameux « grand frisson » (traduction littérale mise de coté chez au profit d’un curieux Les copains d’abord) est celui qui lui a parcouru l’échine suite à des remarques et opinions émises par des jeunes cadres de studio pendant la production et le tournage de Body Heat/La fièvre au corps, son premier film.
Une question se posa alors à lui : Comment sa génération avec des idées et des rêves marqués peut-elle vivre à une époque où ceux-ci semblent perdus et où eux-mêmes semblent l’être ? De ce questionnement, Lawrence Kasdan et Barbara Benedek imagine un scénario décrivant les retrouvailles d’un groupe d’ami à l’occasion de la mort de l’un d’entre eux.
Lawrence Kasdan et ses acteurs
Bien que le sujet soit universel et intemporel, The Big Chill s’inscrit dans une époque précise qui en fait sa force et décuple réflexions et questionnements des protagonistes. En effet, étudiants dans les années 60 et militants pour un monde meilleur, ces jeunes idéalistes ont cédés la place à des adultes aisés devenus chef d’entreprise, médecins, journalistes, acteurs ou avocat avec tout ce que cela suppose de compromissions dans cet ère, jamais nommé, qu’on connait aujourd’hui sous celle des années Reagan. La mort de leur ami va alors être l’occasion de faire face à celle-ci, de se demander si tout cela en vaut la peine et de savoir comment continuer.
En faisant d’Alex un personnage invisible et à la motivation jamais connue, le film donne à ses protagonistes l’occasion d’en faire un miroir dans lequel chacun projette ses doutes, peurs et pensées. Dans The Big Chill, le vide est lui aussi un protagoniste. C’est la culpabilité des ces personnes qui se reprochent leurs éloignements d’un groupe qui représentait tout pour eux à une époque, et d’une personne dont ils ignoraient, au font, la puissance de son mal-être.
Décrit ainsi, The Big Chill pourrait passer pour un drame véritablement plombant. C’est tout l’inverse. Le film de Kasdan est un véritable baume au cœur qui aide à guérir les blessures car durant tout ce week-end duquel se déroule le film, c’est bien ce vide qui va être combler par ces amis qui se retrouve.
Projet peu supporté initialement par le studio, Kasdan fera de ses conditions de production une force. Désireux d’un faible nombre de jours de tournage, Columbia Pictures accepte toutefois un nombre exceptionnel de jours de répétition. C’est trois à quatre semaines durant lequel les acteurs et actrices travailleront et vivrons constamment ensemble créant de fait l’alchimie de groupe nécessaire à la crédibilité du film.
De fait l’aisance physique transparait dans chaque scène du film et l’espace individuel et de groupe (Kasdan désirait que son casting soit toujours présent même lors du tournage de scènes avec un ou deux personnages) raconte bien plus que les dialogues au demeurant de grandes qualités
Forcément, si la grande qualité du film découle d’un script soigné et d’une préproduction rigoureuse, elle est également le fruit d’un brillant casting. Chose d’autant plus inestimable à l’époque où les ensemble cast n’étaient pas trop en odeur de sainteté à Hollywood. Un casting composé de comédiens et comédiennes solides, ayant quelques films à leurs actifs, globalement peu connu jusque là mais dont beaucoup allaient devenir mondialement célèbres (le succès du film aux USA n’y étant d’ailleurs pas pour rien) :
Tom Berenger (Sam Weber), Glenn Close (Sarah Cooper), Jeff Goldblum (Michael Gold), William Hurt (Nick Carlton), Kevin Kline (Harold Cooper), Mary Kay Place (Meg Jones) et Jobeth Williams (Karen Bowens) composent le groupe d’ami auquel se joint Meg Tilly incarnant Chloé, la petite amie d’un Alex dont la figure hante tout le film. Pour ce dernier, Kasdan avait tourné une scène (un flashback montrant un diner de Thanksgiving du groupe dans les années 60) qu’il coupa au montage, faisant disparaître l’acteur du film, un certain Kevin Costner.
Dernier protagoniste mais non des moindres : la musique. Entièrement composée de chansons des années 60, elle illustre à la fois la nostalgie nécessaire du groupe dans ce moment dramatique, les moments de joie (la fameuse scène du diner sur Ain’t Too Proud to Beg) ou bien encore leur alchimie unique et qui se passe de parole (leurs sourires entendues quand arrivent les premières notes de You Can’t Always Get What You Want des Rolling Stones lors des funérailles)
The Big Chill est de ces films qui arrivent à nous faire rire d’un drame. Tel cet humour qui peut sortir de notre bouche tel un réflexe de défense (« I know this is hard but it’s all beautiful. Sarah : " Yeah we put on a great funeral here. », Michael : « Yeah, maybe I’ll have mine here. », « We give first priority to people who kill themselves in one of our bathrooms. »…« That was a terrible thing to say… I don’t know why I said that »). C’est la maladresse opportuniste de Michael, c’est la défiance face à l’autorité de Nick ou sa franchise (« The last time I spoke with Alex, we had a fight. I yelled at him. » Nick : « That’s probably why he killed himself »), c’est les retrouvailles de Karen et Sam qui n’ont jamais pu s’avouer vraiment leurs amours (« So how’s your life? », « How’s yours? », « Not so great. », « Ohhh, we’re telling the truth. »), c’est Chloé faisant son deuil à sa manière et observant d’un œil extérieur cette génération se posant beaucoup de question. C’est des multiples scénettes drôle, vannes et remarques qui fusent entres ces gens qui s’aiment. C’est enfin Meg qui veut un enfant et dont le désir sera comblé lors d’un acte d’amour aussi beau que surprenant.
(et qui, apparemment, fit beaucoup parler à son époque)
Des acteurs magnifiques, une écriture parfaite et une réalisation superbe du début à la fin. S’il y a une chose qui me fascine à chaque fois que je vois ce film (c’est à dire une fois par an) c’est toutes les émotions et les liens qui passent à travers les regards et les petits gestes sur laquelle la caméra ne s’attardent pas. Kasdan avait d’ailleurs fourni un deuxième script à ses acteurs dans lequel était raconté tout ce que faisaient leurs personnages en dehors des scènes tournées.
Ainsi dans la dernière scène du film, je reste toujours bouleversé quand, alors que tous les personnages sont présent et parlent, on aperçoit dans un coin Nick veinant poser ses mains sur les épaules de Sam. En quelques secondes et un regard, les deux se reconcilie sous nos yeux tandis que d’autres scénettes se déroulent aux même moments.
The Big Chill c’est enfin un des plus beau et des plus grand film sur cette incroyable force qu’est l’amitié dans tous ses aspects. Le mètre-étalon duquel tous ceux qui suivront devront se comparer.