Lesquelles, Jim?
Les comics ne sont plus lus par des enfants? ![]()
Lesquelles, Jim?
Les comics ne sont plus lus par des enfants? ![]()
On pourrait aussi penser qu’ils les découvrent ado et les délaissent adultes, quand ils commencent à fonder un foyer et à se consacrer à d’autres choses (et à consacrer leur budget à d’autres priorités, surtout).
Tori.
Entre autres.
Il y a un paradoxe : chaque génération a fait venir des fans hardcore qui restent et qui continuent à lire, donc le remplacement du lectorat, c’est en partie faux. Parallèlement à cela, il y a eu un vieillissement du lectorat, sensible visiblement à partir de la fin des années 1960, mais l’arrivée d’enfants parmi les lecteurs a suffisamment renouvelé le truc jusque dans les années 1980 voire début 1990. Date à laquelle effectivement, le lectorat plus mûr a été moins renouvelé (c’est en partie dû au changement de réseau de distribution). Donc là, on est sur un lectorat plus âgé et fidèle, donc attaché à la continuité (donc peu enclin à accepter les reboots aveuglément), mais il n’est pas assez nombreux et donc les éditeurs secouent le cocotier régulièrement (et tentent de raccrocher avec les versions audiovisuelles afin de séduire un lecteur extérieur), pensant renouveler le cheptel. Ce qui conduit à prendre des décisions éditoriales qui fâchent le cœur de cible sans parvenir à séduire durablement le nouveau venu.
Rajoutons à cela que ça se concrétise par des raisonnements biaisés (d’autant qu’on a maintenant douze quinze ans, voire vingt ans d’expérience sur l’influence des produits hors BD sur le contenu des BD, il serait temps, là aussi, de changer de logiciel) : les éditeurs continuent à penser que la continuité est une gêne, mais s’évertuent à l’annuler pour en recréer une autre, ce qui, le temps passant, ne fait que repousser le problème. Ces atermoiements conduisent à la logique idiote de la renumérotation, qui est l’expression du paradoxe évoqué plus haut : ça fâche les vieux lecteurs (en plus de les perdre) et ça n’attire qu’une frange marginale du public. Tout en se privant, d’un point de vue éditorial, du bagage historique représenté par une numérotation élevée.
À ce sujet, je discutais avec un bouquiniste, à Caen, qui me faisait part du raisonnement suivant : le lecteur qui découvre Batman Trucmuche au numéro 12, s’il est séduit, il se dira « tiens, je vais essayer de trouver Batman Trucmuche 1 à 11, pour compléter ». Là où le petit Lainé, en découvrant Strange #136 en 1981, a tout de suite conscience que sa complétite aiguë le conduira plus loin. Dès lors, toujours d’après ce vendeur d’occasions, le fan n’est pas sollicité pour compléter très loin. Donc baisse des ventes en matière de vieux numéros, une tendance confirmé par un comic shop parisien. Ce ne sont que deux sons de cloche, mais je crois qu’ils chantent la même histoire.
Quand Julius Schwartz décide de confier à Barry Allen son propre titre, il reprend la numérotation de l’ancienne série Flash, qui « débute » donc au numéro 105. Le raisonnement de Schwartz, c’était de se dire que le lecteur de passage aura sans doute davantage confiance en un titre dont la numérotation donne l’impression qu’il est pérenne, qu’en un numéro 1. Même chose pour la relance d’All Star Comics vers 1975, qui reprend au 58. Désormais, la logique est inversée, les éditeurs songeant bien souvent que les lecteurs peuvent être rassurés par un numéro 1 que par une grosse numérotation qui semble promettre un historique compliqué. Même si les séries canoniques dépassant les 750 ou les 1000 semblent contredire cette logique : on verra s’ils durent sous cette forme.
La dernière limite selon moi à ce raisonnement, c’est que souvent, ce sont des déclarations lapidaires qui ne tiennent pas compte de l’évolution du marché. Quand Len Wein proposait son raisonnement, le réseau de points de vente était en gros le même depuis des décennies et fonctionnait d’une manière plus ou moins stable. Mais aujourd’hui, tant outre-Atlantique qu’ici, les choses ont changé. Le fait que les comics de super-héros n’y soient plus accessibles en kiosque impose une vraie réflexion sur le renouvellement du lectorat. Si le lectorat ne se renouvelle pas par le biais d’une découverte fortuite au point presse, qui est le lecteur ? Un vieux lecteur ? Il risque de voir venir les auteurs qui recyclent des histoires. Ou alors un lecteur qui consommait autre chose (des livres, du franco-belge, des jeux vidéo…) ? Lui, on peut lui refiler des histoires déjà vues déjà faites. Mais tout cela peint un tableau complexe, plus riche et disparate que le seul réseau des kiosques des années 1970. Il me semble qu’il faudrait donc affiner l’argument.
Jim
Ils n’en ont plus les moyens…
Et c’est pire aux États-Unis, d’ailleurs… Là où un numéro coûtait quelque cents, puis quelques dizaines de cents, il a rapidement augmenté… C’était environ deux dollars il y a vingt ans, on est plus proche des cinq actuellement. Clairement, ce n’est pas le truc que le gamin va s’acheter avec ses petites pièces…
Tori.
N’y a-t-il pas aussi un changement des gens ?
Je vois sur beaucoup de réseaux sociaux que beaucoup veulent « tout savoir », "tout comprendre, « tout lire » avant de se lancer.
Le goût de l’aventure, du risque, de se lancer, me semble un peu passé, aussi. D’où le besoin des éditeurs de « rassurer » avec des #1 : « hey, regardez, ça sera simple ».
Deux de mes premières BD, c’était Les 7 boules de cristal et On a marché sur la Lune… Donc deux morceaux de diptyques !
L’un dont j’ai mis très longtemps avant de connaître la suite (ça avait sacrément fait travailler mon imagination, dans tous les sens… J’en ai imaginé, des histoires différentes pour Le temple du Soleil !), et l’autre dont je n’avais pas le début… que j’ai découvert encore plus tard, mais ça ne m’a jamais gêné dans mon plaisir de lecture.
C’est le problème de beaucoup d’adultes : ils perdent la capacité d’imagination qu’ils avaient étant enfants (quand on ne la leur bride pas dès l’enfance, d’ailleurs).
Bon, on est aussi dans l’ère du « je veux tout, tout de suite et sans rien débourser »…
Tori.
Je trouve que les nombreux accès à des contenus adulte pour les enfants bride leur imagination, de même que l’immédiateté de notre société.
La continuité n’est pas un poids avec un bon scénariste. J’ai commencé pendant onslaught, assez rapidement j’ai kiffé les avengers grâce à Busiek qui faisait référence à pleins d’éléments du passé. Et plutôt que de me perdre ça m’a rendu curieux et donné envie d’aller explorer ce passé.
Voilà.
Jim
Je viens de lire Three Jokers … Voilà … c’est fait.
Le Hors sujet!!!
On parle de choses sérieuses, Monsieur! 
Si je dis que je l’ai lu une fois mais pas trois, ça a un quelconque impact sur le sérieux du sujet ? Non oups !
Damned ! Je me suis fait prendre !
Bonjour à toutes et tous, quelques années maintenant que je vous lis avec intérêt. Je regrette par ailleurs le départ Artemus Dada.
Ceci étant j’inscris mon premier message pour tenter une petite explication (sans doute déjà évoquée) du « l’ère du je veux tout, tout de suite et sans rien débourser ».
La bande dessinée me paraît bien plus chère que que dans mes plus jeunes années.
Si j’aurais adoré tenter des découvertes, aujourd’hui je ne peux plus. Mon budget bd est tel que je ne peux même pas me permettre d’en acheter des neuves. Alors tenter des découvertes en nouveautés ? Impossible.
Je m’en suis remis à vos discussions pour essayer de trouver des personnes dont les goûts bd/comics/mangas me sont proches (caractérisation des personnages, crédibilité de la situation, intelligence du propos, etc…) pour cibler un peu plus mes achats et réduire le risque de déceptions, encore une fois, pour des raisons purement financières.
Désolé pour le hors-sujet.
H.
Tu t’excuses juste pour Blackie, là ?
Parce que sinon, le hors sujet, c’est un sport ici ! ![]()
Oui, loin de moi l’envie de me faire griffer par un chat.
Avec la bande de bavards qui traînent dans le coin, tu trouveras ton bonheur, je n’en doute pas…
Jim
Au plaisir d’échanger avec vous.
Ah oui? Ah bah mince alors.
Artemus Dada est parti suite à une discussion sur « Heroes in Crisis » :
C’est effectivement très dommage…
Je l’ai également appris suite à ce sujet…
Il était déjà parti une première fois (suite à un message de ma part, je crois bien), et avait fini par revenir… Espérons que ce sera à nouveau le cas : ses avis sont en général intéressants et argumentés.
Tori.