Je ressors très touché et ému de ce numéro. Avant la lecture, je pensais débuter ce retour par un « Et voici le retour du héros ! » en évoquant Phil Jimenez qui revient sur Donna Troy pour un numéro spécial, après avoir oeuvré sur elle précédemment ; mais cette lecture me fait aller au-delà de cette punchline jolie mais inadaptée à cette lecture.
C’est fort. C’est beau. C’est sobre. C’est complet. C’est cohérent. C’est émouvant. C’est mature, et juste, et tendre, et déchirant, et inspirant.
En plusieurs pages, Phil Jimenez (IMPECCABLE aux dessins, avec un rendu certes moins « puissant » qu’avant mais avec une fluidité des traits et une beauté et une douceur et une tendresse absolue) livre un scénario qui m’a marqué, sûrement parce qu’il parle à des éléments de moi-même sur le deuil, la perte, l’impératif que l’on s’impose à être parfait pour que les autres vous aiment, et sur l’avancée malgré les drames, les pertes, les déceptions, les rendez-vous manqués, les coches loupés.
C’est beau, purée. Phil Jimenez livre un récit fort, rempli de flashbacks qui retracent et rappellent et coordonnent les origines de Donna Troy et des Teen Titans (en zappant les Titans de l’espace, auxquels je n’avais rien compris dans la mini-série sur Donna aux environs d’Infinite Crisis), mais surtout qui actent l’historique des Teen Titans et de leur fonctionnement familial et de l’attachement de Donna à eux (bon sang, cette écriture du lien Donna & Dick !). Et tout ça alors que Donna est en voyage pour rencontrer son père biologique, qui avait abandonné femme et enfant jadis, avant que Donna soit sauvée du feu par Diana et adoptée par d’autres pour être amenée ensuite à Themyscira. Tout est fluide, simple, sobre, efficace, et la découverte de la vérité sur le père est terrible mais intense : il est décédé un mois avant, c’est son mari qui a envoyé les lettres que le père n’a jamais osées envoyer, lui l’élève star du lycée qui a mis une fille enceinte en espérant que ça le « soignerait » de son homosexualité puis qui a fui pour la vivre ailleurs. Le père est devenu pompier en hommage à l’incendie qui a menacé sa fille, et il semble même que Donna ait désormais une demi-soeur revêche via son beau-père très sympathique. Cela permet à Jimenez de parler du deuil, de la perte, des occasions manquées donc, et enfin d’enchaîner sur le cas de Robert, le fils décédé de Donna, avec des aveux d’elle sur ses fautes, ses torts, ses doutes. Et l’ensemble finit sur Donna qui ose tenter de rencontrer quelqu’un, en imaginant (via les suppositions de son beau-père) un au-delà où sa mère biologique joue avec Robert et où ils « accueillent » son père biologique, enfin pardonné et aimant.
Purée, c’est beau, c’est fort. Je le vois sûrement plus « beau et puissant » que ça peut l’être pour d’autres, mais je suis très, très touché et ému et marqué.
Je lis des comics pour ce genre de moment, et j’espère que d’autres ici auront envie de lire celui-ci et l’aimeront autant que moi.