UGAKI t.1-2 (Robert Gigi)

Discutez de Ugaki

J’ai récemment trouvé les deux tomes de la série Ugaki, par Robert Gigi. Dans le désordre, en fait : le second puis le premier. J’aime bien le trait de Robert Gigi, un style académique à l’encrage un peu buissonneux, dans la mouvance d’un Gérald Forton ou d’un Dan Spiegle. Pas à la hauteur d’un Carlo Marcello, mais c’est agréable à regarder.

La déception est de taille. Le récit, qui nous permet de suivre un samouraï sans maître allant de rencontre en rencontre et de mission en mission, sans réel but, est décousu, sans enjeu et avec guère de suspense. On peut éventuellement deviner une volonté de contourner les attentes narratives liées à un récit de quête en créant une absence de quête via un personnage qui ne sait pas où aller, mais ça ne fonctionne pas tellement, ne parvenant qu’à désamorcer toute tension.

L’album cherche un ton, aussi : la première aventure, mêlant rêve, vampire et renard, lorgne vers le fantastique, avant que le déroulé des péripéties cède la place à une prophétie qui annonce les chapitres suivants (sans que ça n’éveille une quelconque réflexion sur le héros), jusqu’à la rencontre avec des insurgés chrétiens, rattachant l’intrigue à la révolte de Shimabara (qui a marqué la fin de l’influence chrétienne sur l’archipel du Japon, si j’ai bien compris…). On passe donc du conte fantastique à l’évocation historique, ce qui contribue à donner à l’album cette impression de collage et de montage où des pièces qui ne vont pas ensemble s’entrechoquent.

Rajoutons à cela que l’ensemble est bien bavard, que les dialogues sont parasités par de nombreux renvois à des notes de bas de case et que l’enchaînement des cases n’est pas toujours fluide, les séquences s’articulant de manière très sèche avec un sens de lecture pas toujours bien affiné.

Bref, c’est très joli, mais c’est une tannée à lire. J’appréhende beaucoup ma découverte du deuxième tome.

Jim

Le deuxième tome s’en sort un peu mieux, offrant une certaine unité de ton et d’action. Ugaki rencontre un autre guerrier qui le défie. Les deux adversaires développent une amitié respectueuse (ou un respect amical) et reçoivent bientôt une mission singulière : convoyer une vieille femme. L’enfant du guerrier étant pris en otage, ils acceptent, et s’ensuivent diverses révélations dans un écheveau de traîtrises diverses.

L’intrigue se greffe sur le propos du premier tome, jouant sur les répercussions de l’influence chrétienne au Japon. La reconstitution est généreuse, un peu trop encombrante parfois, Gigi s’ingéniant à entasser les évocations de coutumes ou d’objets et les notes de bas de case.

Graphiquement, c’est également un peu meilleur, avec un trait qui se synthétise sur la fin du tome et des compositions un peu plus narratives, même si on a encore des cases entassées dans le désordre où l’auteur doit placer des flèches afin d’indiquer le sens de lecture. Dans l’ensemble, c’est pas mal, même si les ressorts sont parfois inutilement complexes et si, somme toute, on reste assez détaché des personnages qui ne sont pas réellement vivants.

Comme le premier tome, celui-ci a fait l’objet d’une réédition chez Bagheera au début des années 1990.

Jim