UN PETIT LIVRE OUBLIÉ SUR UN BANC t.1-2 (Jim / Mig)

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Connu pour ses albums d’humour qui parle de couple, de sexe et d’amour, Thierry Terrasson, alias Jim (et parfois Téhy) a connu un changement de carrière à l’occasion de la publication d’Une nuit à Rome, sorte d’hommage aux relations amoureuses et au temps qui passe, en 2004. Depuis lors, l’auteur, qui s’est entouré de certains des plus épatants dessinateurs de la génération qui monte (Mig, Grelin, Tefenkgi…) a continué à explorer chez Bamboo le petit monde des trentenaires, entre adolescence regrettée et maturité inquiète.

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Constituant une sorte de genre à soi, cette chronique d’une génération semble avoir rencontré son public, même si, personnellement, je ne suis pas toujours intéressé par les atermoiements de ces grands enfants au poil qui pousse, incapables d’assumer pleinement leur âge et leur nostalgie. Mais force est de reconnaître que Jim a construit une esthétique propre, à base de couleurs douces et d’une narration calme, un brin décompressée et d’une lisibilité à toute épreuve.

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Et au milieu sa production, l’auteur signe, avec le dessinateur Mig, un diptyque assez intéressant, Un petit livre oublié sur un banc, qui apporte une certaine fraîcheur au nouveau filon qu’il creuse désormais depuis quelques années. Tout part d’une mode, née dans les années 2000 (et apparemment éphémère, même si je soupçonne qu’elle puisse continuer à survivre de nos jours, même si on n’en parle plus tellement), le “book crossing”, consistant à laisser un livre sur un lieu public dans l’intention et l’espoir que quelqu’un vienne le découvrir, le lire, l’adopter ou peut-être le relâcher à nouveau dans la nature, afin de faciliter une certaine circulation des écrits. C’est l’aventure que vit Camélia, jolie jeune femme qui découvre un ouvrage où un mot a été laissé sur une page, et qui entame une relation épistolaire avec l’auteur.

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Déguisant son récit sous les atours de la chronique de mœurs, Jim lance alors Camélia dans une quête de l’auteur qui chamboule son petit monde bien ordonné, et notamment le couple qu’elle constitue avec Hervé. Le récit propose une donc une alternative à la formule habituelle. Déjà, le personnage centrale n’est pas un trentenaire, mais UNE trentenaire, ce qui change la perspective, et pas qu’un peu. D’ailleurs, pour le coup, Jim reprend son archétype préféré et l’éclaire sous un jour qui ne le met pas en valeur, par le biais du personnage de Hervé, loin d’être aussi volontaire que Camélia.

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Le récit constitue également une jolie métaphore sur le métier d’écrivain et de créateur. Et pour le coup, ces derniers, par le biais de deux personnages d’écrivains, en prennent également pour leur grade (l’un d’eux s’exprime par citations d’auteurs célèbres, c’est assez frappant). Mais au-delà de ça, Un petit livre oublié sur un banc parle du mystère de la création (ici, littéraire), de ce qui se cache derrière le plaisir de lecture et au cœur de la rencontre entre un auteur et un lecteur. À ce titre, un personnage apparaît dans le second volet, qui donne une couleur nouvelle aux actes d’écriture et de lecture, toute de douceur et de tendresse.

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Quant au dessin de Mig, il subit ici une envolée qui peut surprendre les lecteurs de ses prestations précédentes, par exemple les séries Sam Lawry ou Le Messager. Plus léger, plus lumineux, d’une grande élégance et mettant en scène des personnages naturels et souples, son trait est un véritable bonheur pour l’œil.

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Bref, l’ensemble compose une jolie petite surprise, qu’il est toujours temps de retrouver puisque l’éditeur n’a pas manqué de faire paraître une intégrale, que ce petit conte mérite bien.

Jim