UNDERWATER (William Eubank)

DATE DE SORTIE FRANCAISE

8 janvier 2020

REALISATEUR

William Eubank

SCENARISTES

Brian Duffield et Adam Cozad

DISTRIBUTION

Kristen Stewart, Vincent Cassel, T.J. Miller, Jessica Henwick…

INFOS

Long métrage américain
Genre : action/drame/suspense
Année de production : 2019

SYNOPSIS

Une équipe de chercheurs sous-marins doit se mettre à l’abri après qu’un tremblement de terre ait dévasté leur laboratoire souterrain…

Kristen Stewart vient de récupérer la légendaire blessure « à la Tom Cruise », et ça lui va plutôt bien.

Jim

J’ai envie de dire oui, mais je ne suis pas sur de vouloir voir un abysse mixé avec Alien.

Pourtant, on en a déjà vu, des comme ça, ça s’appelle M.A.L. ou Leviathan. Et en général, c’est marrant.

Jim

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c’est vrai, mais j’hésite comme toujours.

La prudence te perdra.

Jim

Jolie affiche.

Jim

Plus on en voit, plus ça ressemble à un « Alien sous l’eau ».

jim

« 20.000 lieux sous les mers : à la recherche d’un dentiste »

Hé bien c’est plein de qualités, cette petite chose-là.
Alors en préambule, précisons que le film ne fait pas l’économie de certains raccourcis faciles propres au genre (surtout vers la fin, vous comprendrez quand vous y serez). Mais clairement, les scénaristes sont bien conscients de cela et en tirent un certain miel.

Bon, l’action commence sur les chapeaux de roue. En gros, au bout de cinq minutes, ça démarre. Et on est dans le film catastrophe, avec son lot de survivants, de parcours à définir, de tactique désespérée. Contrairement à la grammaire habituelle de ce sous-genre, qui veut d’ordinaire que l’on prenne le temps de connaître les personnages, leurs goûts, leurs failles, leurs marottes, avant de les précipiter dans le grand bain de l’aventure, le film choisit de faire l’inverse : on commence sur la catastrophe, qui est vue à la fois de l’intérieur et de l’extérieur du bâtiment (ce qui donne aussi une idée de l’échelle, ce qui est utile pour la suite), et c’est seulement à partir de ce moment que l’on commence à avoir des informations sur les personnages, à commencer par leurs prénoms ou leur fonction dans l’organigramme. à moins de dix minutes de métrage, on est déjà dans le registre des coursives détruites où pendouillent des câbles disparates, dans l’avancée furtive à la lueur de lampes de poche.
Parallèlement, le récit prend le soin de définir les personnages en tant que professionnels. Comme le soulignait Nikolavitch en commentant l’une des alièneries récentes de Ridley Scott, Hollywood a perdu l’habitude d’écrire intelligemment les professionnels. Là, Duffield et Cozad ne perdent pas cette dimension de vue. Nora est ingénieure en mécanique et à ce titre elle sait débrancher ou rebrancher des disjoncteurs actionnant portes ou ascenseurs. Plus loin, Emily précise qu’elle n’est pas plongeuse, qu’elle ne sait pas. Au-delà de la simple définition des rôles de chacun, cette vision des personnages favorise aussi des relations riches entre les membres du groupe de survivants, des petits gestes qui donnent de l’épaisseur à l’ensemble, de la cohésion. Chaque personnage gagne en épaisseur au contact des autres et peu à peu le spectateur apprend à connaître tout le monde.
Les dialogues, très fonctionnels, sont parfois à plusieurs détentes. Quand Emily se vexe devant la remarque machiste du plongeur, cela permet de définir deux personnages à la fois, tout en donnant des informations sur qui fait quoi. Le dialogue autour de la réplique « quatorze ans » ne sert pas seulement à laisser glisser l’idée du délire des profondeurs, mais également à rajouter des détails autour d’Emily, une fille fragile, sans doute hantée par son enfance, et visiblement pas taillée pour ce qui lui arrive.
Tel est le menu de la première demi-heure, en quelque sorte le « premier acte ». Le deuxième est constitué d’une fuite en avant des protagonistes, qui établissent un plan d’évacuation. Où bien sûr tout ne se déroule pas comme prévu. Dérapages, dysfonctionnements, sacrifices, glissades, tout y est. Mais c’est plutôt bien joué. Remarquons aussi que le scénario tire profit de l’immensité du lieu, une station sous-marine de forage : quand Nora et deux autres rescapés retrouvent le commandant, il s’est passé des choses entre-temps (notamment l’évacuation de survivants), l’histoire n’a pas attendu l’arrivée des personnages et des spectateurs pour avancer.
Bien entendu, ce deuxième acte est l’occasion d’ajouter une nouvelle menace. La véritable menace. Là, il est d’ailleurs dommage que les bandes annonces aient à ce point insisté sur ce qui grouille dans l’ombre, loin de la lumière des projecteurs. Parce que l’équilibre du film repose sur le glissement d’un genre à l’autre, sur le fait d’inviter le spectateur à regarder un film catastrophe pour finalement l’entraîner sur un autre terrain.
Reste un troisième acte, qui plonge définitivement le métrage dans la catégorie « film de monstre ». Partie durant laquelle il faut reconnaître que les bestioles sont assez réussies, avec une anatomie intéressante, bien plus que les chiens déguisés en Broods de La Grande muraille.

Bien conscient d’évoluer dans un bac à sable où d’autres ont déjà construit de jolies châteaux (Alien, Abyss, M.A.L., Leviathan et quelques autres), le film décide de faire des citations. Le plan d’ouverture sur les couloirs où les néons vacille n’est pas sans rappeler la caméra évoluant dans le Nostromo vide du début d’Alien. Les renvois au chef-d’œuvre de Ridley Scott ne s’arrêtent pas à ça : la carcasse de la bestiole jetée sur le plan de travail, le regard de l’héroïne dans le coin du casque… Les réunions de l’équipe autour d’un plan de la base rappellent les conseils de guerre dans l’Aliens de Cameron. Et ce ne sont que les plus voyants.
La caméra s’attarde sur les acteurs. Il y a vraiment de chouettes cadrages sur les visages, éclairés de manière évocatrice. Kristen Stewart est magnifiée, le rôle d’héroïne d’action lui colle bien (et la cicatrice au nez « à la Tom Cruise » lui va à ravir), et il y a des plans formidables sur la trogne burinée de Cassel.

Après, le film n’est pas exempt de défauts. Les dialogues, très opérationnels, très fonctionnels, manquent peut-être un peu de répliques amusantes ou percutantes (à la question « sur une échelle de un à dix… », je me serais attendu à entendre une réponse genre « onze », par exemple).
De même, si la gestion de l’espace est plutôt bien vue, celle du temps est plus fluctuante. Certains plans, assez jolis au demeurant, insistent sur la solitude et l’épuisement de Nora, mais ils sont réalisés d’une manière d’ordinaire dévolue au passage du temps, au calme après la tempête. Ce qui nous éloigne du sentiment d’urgence qui devrait pourtant encore animer le film.

Mais cela reste selon moi des défauts mineurs. Le film offre un spectacle assez rocambolesque, de belles images, un mystère oppressant. Le noir des profondeurs permet de renouer avec des trucages où les choses sont à peine perçues, comme du temps où les moyens techniques ne permettaient pas de tout montrer. L’ensemble génère une forme d’élégance classique, que même les explosions au ralenti (procédé qui m’ennuie bien souvent) ne viennent pas ruiner les effets.
Le propos du film s’inscrit dans la logique de la « last girl », dans une gestion qui là encore évoquera Alien. Mais le scénario se paie le luxe de pousser le bouchon plus loin.
Vraiment, pas mal du tout. Sur un terrain aussi balisé, l’équipe parvient à tirer son épingle du jeu.

Jim

Ouaip, bonne petite série B. Le genre de film qui sait aller au delà de ses défauts pour proposer un spectacle efficace, entre film catastrophe qui ne perd pas de temps pour faire démarrer l’action (la présentation des personnages se faisant cette fois après la première explosion) et film de monstres dans un environnement qui permet de jouer souvent sur la perception. Oui, c’est bourré d’influences, de renvois à Alien et à la multitude de sous-Alien qui ont suivi, mais quand c’est bien fichu et prenant pendant 90 minutes, ce n’est pas le genre de chose qui me gêne…