VERS L'AUTRE RIVE (Kiyoshi Kurosawa)

[quote]DATE DE SORTIE FRANCAISE

30 septembre 2015

REALISATEUR

Kiyoshi Kurosawa

SCENARISTES

Kiyoshi Kurosawa et Takashi Ujita, d’après le roman de Kazumi Yumoto

DISTRIBUTION

Tadanobu Asano, Eri Fukatsu…

INFOS

Long métrage japonais
Genre : drame
Titre original : Kishibe no tabi
Année de production : 2015

SYNOPSIS

Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu’il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s’est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?
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Les premiers visuels :

Le premier teaser :

Comme pour son petit camarde Paul Verhoeven, il semble que les prochains films de Kurosawa se feront en France. C’est tout à l’honneur des producteurs impliqués et du CNC…
Le cinéaste prétend qu’il est devenu quasi impossible au Japon pour lui, désormais, de monter des projets correctement dotés selon ses critères. Et pourtant il est pas gourmand.

Celui-ci est donc le dernier projet nippon du maître avant un bon moment. Pour l’occasion le bougre revisite le genre qui a fait sa gloire (ou y a fortement contribué en tout cas), à savoir le kwaidan-eiga (film de fantômes japonais), ici en mode “lo-fi” semble-t-il.

La bande-annonce :

La nouvelle bande-annonce :

Suite à l’échec de Tokyo Sonata au Japon, Kiyoshi Kurosawa a connu un petit passage à vide pendant quelques années avant qu’on lui propose de tourner la série Shokuzai pour la télévision japonaise. Pour ce cinéaste familier des environnements urbains tokyoïtes, Shokuzai fut l’occasion de filmer des petites villes de campagne et d’y prendre goût au point de réitérer l’expérience, notamment pour Vers l’autre rive. Dans son nouveau long-métrage, Kurosawa revient au film de fantôme qui a fait sa renommée avec une démarche singulière. Si ses précédentes incursions dans le fantastique se faisaient par le biais du film d’épouvante, Kurosawa change son fusil d’épaule avec Vers l’autre rive, adaptation du roman de Kazumi Yumoto, qui le voit s’attaquer avec bonheur au road movie.

Mizuki enseigne le piano à Tokyo et vit seule depuis le décès de son mari Yusuke survenu trois ans auparavant. Un soir, Yusuke revient à la maison comme s’il n’était jamais parti et entraine Mizuki dans un voyage à travers le Japon pour trouver la paix avant de s’en aller vers l’autre monde. Il n’est plus question de dissonance entre le monde des vivants et des revenants dans l’approche de Kurosawa, mais au contraire de retrouver l’harmonie et la sérénité. La première apparition de Yusuke donne d’ailleurs la note d’intention qui sera au cœur du film : partir en voyage à la rencontre des personnes, qu’elles soient vivantes ou mortes, qui ont aidé Yusuke à trouver le chemin du retour. A l’instar de Mizuki, on ne craint plus le surgissement des fantômes à l’écran, on guette avec anxiété le moment où ils disparaîtront. Par ce subtil basculement, Kiyoshi Kurosawa continue son auscultation du couple, l’un de ses thèmes de prédilection, et profite du cadre offert par l’histoire pour creuser la question du deuil et des regrets, qui était déjà en germe dans la dernière partie de Shokuzai mais l’approche du réalisateur se fait ici plus lumineuse et bucolique.

Kurosawa travaille plus que jamais l’épure de sa mise en scène pour être au plus près des intentions du scénario. Comme à son habitude, le réalisateur fait parler son goût pour emballer les séquences sans interruption, la caméra posée pour capter les personnages et se déplaçant avec parcimonie pour suivre leurs déambulations. Les apparitions de Yusuke sont finement suggérées par de discrets mouvements de la caméra pour attirer l’attention du spectateur sur un élément de décor anodin, comme le mouvement d’un rideau qui se reflète sur un écran de télévision avant qu’un changement de plan ne vienne faire irruption en même temps que Yusuke. Et c’est sur cette astuce également que repose la disparition des fantômes, présents avec les vivants au sein de la même séquence avant qu’un changement de plan ne les voit disparaître du cadre. Ce qui est l’occasion pour Kurosawa de proposer des moments parmi les plus touchants de sa filmographie, comme cette leçon de piano muette d’une rare intensité émotionnelle qui survient au milieu du film, où les larmes et les sourires se substituent aux dialogues pour montrer la paix retrouvée chez les protagonistes. Le film comporte son lot de très belles scènes, dont ce cours que Yusuke dispense à l’ensemble d’un village, d’abord filmé en plan large avant que la caméra ne se concentre sur Mizuki et Yusuke, quand le cours de physique de celui-ci se meut en une tentative d’expliquer le sens de la vie à son auditoire. Le cadre finit par se fixer sur Yusuke, au cours d’un bref instant qui s’adresse aussi bien aux autres personnages qu’au spectateur : la vacuité n’est pas dénuée de sens. L’existence est composée de petits riens qui font le sel de la vie, ce qui infuse tout au long du film jusqu’au dénouement doux amer.

A tout juste soixante ans, Kiyoshi Kurosawa signe peut-être l’un de ses films les plus émouvants.