Virage nord

Une petite ville française, passionnée par son club de foot, est bouleversée par le meurtre d’un supporter dans les tribunes, pendant un match. Alexandra Perrucci, une fille du pays, revient pour enquêter au coeur de sa ville, de sa famille, et de leur passion dévorante pour le ballon rond.

[quote]CREATRICES

Virginie Sauveur, Raphaëlle Roudaut, Clara Bourreau

REALISATRICE

Virginie Sauveur

SCENARISTES

Virginie Sauveur, Raphaëlle Roudaut, Clara Bourreau, Arnaud Louvet

DISTRIBUTION

Judith Davis, Nina Meurisse, Nicolas Cazalé…

INFOS

Série française
Année de production : 2015
Genre : Drame
Format : 3x52 mn[/quote]

Tout ce que je déteste dans une production française : une caméra statique, des acteurs à la voix monocorde, trois gros mots à la minute (sans doute le seul artifice que les dialoguistes ont trouvé pour rendre le langage naturel), une platitude affichée, une image sale… J’ai tenu trois minutes, puis j’ai éteint.

Jim

Bon, j’ai décidé de redonner sa chance à la série, et je m’aperçois que j’ai été un peu dur. Un peu seulement.

Dans l’ensemble, le style ne se démarque pas tellement d’Engrenages : les images sont semblables, y a des trucs de mise en scène identiques (les filature en bagnole sont désormais toute filmées pareil, dans les fictions françaises, d’Engrenages à Braquo), le placement de la musique est similaire. Si vous aimez Engrenages, ça devrait vous plaire.
Reste que pas mal d’acteurs marmonnent ou bouffent leurs mots, et que la prise de son est assez mauvaise (enfin, assez française, quoi). Alors je sais pas ce qu’il faut faire : changer les micros, demander aux acteurs d’articuler… Mais ce que je constate, c’est que j’ai souvent plus de mal à comprendre ce qui se dit dans des séries tournées dans ma langue natale que dans des séries dans des langues étrangères. Et là, je me dis que ça ne vient pas de mes oreilles.

L’intrigue est un peu cousue de fil blanc (corruption qui dégénère dans le milieu sportif) et manque de révélations (la mise en scène du coup de feu final est pas mal, tout de même, ménage un peu de surprise : on est à cinq minutes de la fin, il était temps). Le saupoudrage d’histoires sentimentales (enfin, surtout d’histoires de cul) rend l’ensemble assez indigeste, d’une part parce que ça détourne le récit de son prétexte polar (signe que l’intrigue n’est pas intéressante) et d’autre part parce que ça met en valeur le ramassis de clichés sur lesquels l’histoire est bâtie. L’héroïne est un cliché sur pattes à elle toute seule : femme forte cachant ses blessures sous une allure revêche, qui entretient un ressentiment vis-à-vis de sa région natale et des reproches sur un père absent, une sœur qui, pour bien signifier la différence d’avec une héroïne qui “fait un métier d’homme”, occupe une profession dévolue dans l’imaginaire à la femme, à savoir infirmière… Tout cela est navrant de banalité. Et en plus, on n’en fait pas grand-chose, au demeurant. C’est ni subtil ni engagé dans un processus d’évolution. Les personnages sont ce qu’ils sont, point.
Le fait que les deux fliquettes pourraient se rapprocher, on n’en fait pas grand-chose. Le fait que la misère sexuelle des personnages pourrait faire écho aux magouilles sordides dont on fait commerce en arrière-salle, on n’en fait rien. Plein de personnages font un peu doublon, plein d’acteurs se ressemblent, si bien que les outils destinés à créer une galerie vaste ne sont pas utilisés.

L’enquête elle-même est truquée dès le départ : la fliquette de Paris comprend tout mieux que tout le monde. Il lui suffit de jeter un œil sur un écran pour dénicher le détail que les autres (des provinciaux, pensez donc : ces gens-là sont bêtes) sont incapables de repérer. Elle trouve tout, elle fait tout, alors qu’elle est hors procédure. Là encore, on ne fait pas grand-chose de ces tensions potentielles.
Donc c’est pas mirobolant, pas passionnant, mais la caméra est plus subtile que ce que je croyais lors de mon premier contact. On sent une vague influence Broadchurch, dans la volonté de mettre en scène le commissariat, la côte, certaines rues tristes, les arrière-cours des zones résidentielles…

Seul superbe trouvaille, le surgissement de rêveries par le truchement de personnages qui ne sont pas là, mais qui apparaissent à l’écran, incarnant les souvenirs, les regrets ou les fantasmes d’autres protagonistes. C’est une manière élégante de renforcer la caractérisation, de marquer les enjeux, de placer les personnages sur l’échiquier. C’est pas énorme, mais ça apporte une touche assez subtile.

Jim