VOR t.1-2 (Jérôme Pierrat / Vincent Burmeister)

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Je ne sais pas grand-chose des deux auteurs du diptyque Vor, sortie en 2014-2015. Jérôme Pierrat est journaliste, spécialiste des questions de crime organisé, et a participé à l’écriture de Braquo. Vincent Burmeister est un dessinateur allemand ayant illustré des aventures de Perry Rhodan. Autant de références qui ne me mènent pas loin. Reste donc ce récit de mafia russe en deux tomes, assez musclé, parfois un peu confus dans l’enchaînement des péripéties, mais plutôt bien caractérisé.

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L’histoire commence à la libération de Tariel, jeune géorgien de trente ans qui vient d’en passer huit derrière les barreaux. Il est bien décidé à gagner ses galons de « vor », un titre qui le placerait assez haut dans la hiérarchie de la mafia de l’ex-Union soviétique. Il va bientôt pouvoir prouver son talent en reprenant en main des gangs disparates sans foi ni loi opérant notamment en France. C’est ainsi qu’on lui confie une équipe de tchétchènes afin d’entamer le nettoyage, et qu’il se heurte à une organisation rivale mais dépendant des mêmes autorités. Dans la foulée, son ami d’enfance fera les frais des tensions qui émerge, et Tariel tombera amoureux de Milana, la sœur d’Abdul, chef de la bande tchétchène citée plus haut.

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Le dessin de Burmeister est assez dynamique, à mon avis inspiré des comics, avec un encrage fort et un traitement des visages qui navigue dans les eaux que fréquente aujourd’hui un Chris Samnee. Plus près de chez nous, je vois dans son dessin un peu de Christian Rossi, beaucoup de François Boucq, sans doute un peu aussi de Paul Gillon. Ses couleurs, en revanche, me font penser aux coloris aquarellés d’un Alec Severin, et je trouve l’association de son trait nerveux et des couleurs trop douces assez maladroite. Il n’empêche que l’illustrateur parvient à bien retranscrire l’émergence des sentiments amoureux dans le monde de brutes épaisses et calculatrices que le scénario décrit. Les premiers regards échangés entre Tariel et Milana sont l’occasion de séquences plutôt bien troussées, et renforcent une caractérisation qui est le point fort de ce premier tome.

Jim

Tandis que les pontes de la mafia russe (et assimilés) tentent d’instaurer une paix fragile entre les gangs, Tariel apprend qu’il va devenir papa et la nouvelle nourrit son ambition.

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Tel est le moteur narratif de ce second tome, qui voit le jeune ambitieux monter dans la hiérarchie, gagner en puissance, en pratiquant des méthodes de racket assez musclées, qui ne sont pas du goût de tous. Au point finalement que le conseil décidera de mettre sa tête à prix.

Si l’ensemble se lit assez bien, on pourra reprocher quelques facilités au scénario (la grosse référence au Parrain, si elle est bien amenée et nourrit la caractérisation, porte de gros sabots ferrés) là où l’enchaînement des péripéties aurait pu être moins précipité, et au dessin une certaine difficulté à bien distinguer les personnages, ce qui fait qu’on a du mal à s’y attacher et que les retournements de situation et les trahisons sont peut-être un peu rapides, là aussi. Le style de Burmeister semble afficher quelques influences américaines (allant vers un Paul Smith ou un Chris Samnee) et la couleur se marie nettement mieux avec le trait.

Un diptyque sympathique, qui a sans doute pour défaut de ne jamais prendre le temps de souffler et de clarifier une situation en constante tension.

Jim