WOLF CREEK 2 (Greg McLean)

C’est de nouveau la saison de la chasse aux touristes pour Mick Taylor, le serial-killer de l’Outback, dans cette suite du premier film du réalisateur australien Greg Mclean (Solitaire).

[quote]DATE DE SORTIE PREVUE

20 février 2014 (Australie)
Indéterminée (France)

REALISATEUR

Greg McLean

SCENARISTES

Greg McLean & Aaron Sterns

DISTRIBUTION

John Jarratt, Ryan Corr, Shannon Ashlyn…

INFOS

Long métrage australien
Genre : thriller/horreur
Année de production : 2013[/quote]

J’avais bien aimé le premier volet, intense et très noir (quoique traînant un peu la patte niveau rythme), porté par un excellent acteur.
Mais franchement, vu les échos élogieux qui l’avaient précédé, j’en attendais plus : si la réalisation est de haute tenue, le scénar’ ne sortait pas franchement des sentiers battus, et j’ai l’impression que le cinéma d’horreur crève de ne pas se renouveler à ce niveau-là et de ressasser les mêmes figures rebattues.
Regardez à ce titre tous ces “direct-to-video” interchangeables qui sortent chaque semaine et vous aurez une idée du niveau de forme du genre…

Je suis du même avis…j’avais également aimé Solitaire (très bon suspense, excellente utilisation des décors naturels, un gros croco impressionnant) tout en regrettant son manque d’originalité. Là, j’ai l’impression qu’on se dirige vers une suite/remake du premier Wolf Creek. C’est un peu dommage parce que je trouve que Mclean a du talent…mais le cinéma d’horreur australien (et pas que l’australien d’ailleurs, comme tu l’as souligné, le cinoche d’horreur peine à se renouveler, malgré quelques bonnes pelloches venant surtout d’Espagne) a perdu de la gniaque des années 70 et 80.

J’ai loupé “Solitaire” parce qu’à ce moment, j’en avais soupé des films de croco : je découvrais “Le Crocodile de la Mort” de Hooper (en fait un faux film de croco), et je m’étais tapé “Black Water”, j’avais ma dose.
Mais ce que tu dis sur l’utilisation des décors naturels est probablement très juste, en tout cas je trouve que c’est une des qualités du premier “Wolf Creek” que d’en user avec beaucoup de discernement. De bons repérages, c’est aussi ce genre de talent qui fait les grands cinéastes…

Pour ce qui est de la production horrifique en général, la gniaque est perdue j’en ai peur, en même temps que le sous-texte politique qui animait souvent les grand auteurs du genre comme Hooper, Romero, Craven et les autres.
Je désespère de tomber sur la petite perle originale qui sort du lot (j’en vois, mais ce sont des films des années 70 que je découvre en ce moment et pas des films qui font l’actualité). Je me suis mordu les doigts par exemple d’avoir loupé un “Berberian Sound Studio” de Peter Strickland, qui semble justement sortir des sentiers battus. Pas grave, je vais me rattraper à l’automne avec la sortie DVD.

En ce qui concerne les décors naturels, je trouve aussi que Wolf Creek et Solitaire en font une utilisation assez similaire (si je me souviens bien, puisque j’ai vu Wolf Creek il y a 3/4 ans). De l’immensité (avec des paysages encore plus majestueux pour le film de croco), vue avec l’oeil de l’étranger dans un pays étranger (et à chaque fois les personnages principaux sont des touristes), le décor se resserre petit à petit lorsque la menace se précise, ce qui accentue la sensation de danger, pour finir dans un espace plus réduit, à savoir la tanière du monstre (et là, on passe en studio, tout du moins pour Solitaire). J’aime bien cette sensation progressive d’enfermement…et c’est à chaque fois très bien rendu à l’écran…
Reste qu’à chaque fois, comme tu le soulignes, le scénario ne sort pas des terrains balisés du genre…

La bande-annonce :

Sur les conseils insistants de l’ami Sylvain, je me suis enfin décidé à zyeuter la suite des aventures de ce bon vieux Mick Taylor, le boucher de l’Outback.
J’ai envie de me faire la série télé homonyme (sorte de “Wolf Creek 3”, en quelque sorte, dont les échos ici sont très flatteurs), il était donc temps que je comble cette lacune.
Le film est conforme à sa réputation : il me semble supérieur au premier volet ; j’ai en tout cas trouvé l’exercice de style assez formidable.

Le premier film avait établi le dispositif : dans la foulée de Leatherface et ses copains, Mick Taylor est un serial-killer redneck, qui symbolise les pulsions les plus noires des autochtones des contrées les plus reculées. Sorte de parangon d’un conservatisme absolu teinté de chauvinisme bas du front, il semble se vivre comme une sorte de système de sécurité de son pays, l’Australie. McLean, dans l’imparfait mais très tenu volet précédent, avait trouvé un bon équilibre entre un arrimage très ferme du personnage dans une sorte de “matérialité” (le perso est très terre-à-terre d’une certaine manière) et ce qu’il faut d’abstraction dans certains plans pour l’iconiser et révéler le sous-texte derrière ; Mick Taylor est un loup, comme sa pilosité l’exprime fort judicieusement…

Fidèle à la tradition du cinéma de genre qui veut qu’une séquelle se doive d’être “bigger, faster, stronger, louder” et j’en passe, le cinéaste fait pour cet opus le choix couillu mais payant de changer de braquet. C’est loin d’être le simple remake déguisé que l’on pouvait craindre.
Totalement surprenant, le film se paye le luxe de ruptures gonflées, comme ce changement de personnage principal en cours de film (un peu comme ce qui se passe avec Marion Crane dans “Psychose”), ose les scènes d’action électriques et les courses-poursuite tendues (le camion qui dévale, c’est une séquence qui a de la gueule, ça), et se permet même des superpositions et des ruptures de ton saugrenues sur le papier mais qui marchent ; “Le Beau Danube Bleu” et la version anglo-saxonne de “Le Lion est mort ce soir” (!!!) viennent se caler sur des scènes qui ne s’y prêtaient pas vraiment.
Globalement, le film est très grisant : le premier volet prenait bien 45 minutes pour planter une solide exposition, celui-là peut s’en passe et fonce à l’essentiel, comme en atteste la très brutale et jouissive scène d’ouverture.

McLean s’autorise par là-dessus quelques clins d’oeil cinéphiliques bienvenus et adéquats, avec la séquence façon “Duel” de Spielberg, ou ces probables renvois à un véritable trésor national du cinéma australien, le traumatisant “Réveil dans la Terreur/Wake in Fright” (ces véhicules bardés de feux de route, ces kangourous…). Au niveau du sous-texte, le métrage est remarquablement riche, largement plus que le slasher lambda : Mick Taylor devient successivement au fil des séquences le serpent qui s’introduit dans le Paradis originel, l’incarnation de la sauvagerie ambiante (qui semble d’ailleurs toucher les autres personnages, et même détraquer les appareils technologiques comme la radio, le téléphone), ou celle du prédateur ultime, le loup qui se cache derrière l’hymne rock “Born to be wild” (tu l’as dit) qui résonne au début du film, morceau fameux de…Steppenwolf. Tout ça est fort cohérent.
Le film est peut-être aussi, de manière plus secrète, une sorte d’éloge subversif et tordu du nomadisme ; Mick Taylor le dit lui-même : dans l’outback, l’erreur c’est d’oublier qu’il ne faut jamais s’arrêter. Se sédentariser est synonyme de mort, comme une séquence au début du troisième acte l’exprime très clairement.

Le tout n’est pas sans défauts : je ne suis pas fana du genre “torture porn” avec lequel le final du film, glauque au possible, flirte allègrement (même si McLean en profite quand même pour bâtir un impeccable crescendo). Je trouve aussi que le réalisateur-scénariste frôle parfois la limite quand il abuse des poses et des punchlines de son “héros” (un défaut que n’avait pas le premier volet), comme atteint du syndrome Freddy Krueger ; il arrive quand même à se freiner avant le point de non-retour.
Mais à part ça, c’est quand même remarquablement interprété et shooté (quelle photo !!), avec des plans magnifiques qui exploitent la photogénie du décor, et quelques chouettes idées de mise en scène par là-dessus (comme ces nuages qui obscurcissent le ciel quand les randonneurs s’approchent de Mick Taylor : classique mais redoutable, et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres).

Un excellent film d’horreur, bien hargneux et brutal (ce qui est finalement très raccord avec son sujet) sans être dénué d’humour, et d’une facture absolument irréprochable.

Ça, c’est fait. :slight_smile:

Ouaip !! J’ai plus qu’à m’attaquer au show télé ; vu les retours que vous en avez fait avec Artie, j’attends ça de pied ferme.

Ah ouais, un petit détail : je déplorais plus haut l’excès de punchlines qui tuent, mais y’en a quand même qui claquent bien, bien envoyées par un John Jarrat jubilatoire. La décence la plus élémentaire m’oblige à utiliser la balise spoiler… :wink:

“Faut faire gaffe avec les feux de camp mal éteints, les buissons par ici sont plus secs que la chatte d’une nonne.”

:mrgreen:

Sacré Mick !!

Petite soirée détente après une semaine haute en couleur, j’ai eu le temps de me mater Wolf Creek, premier du nom. Ce sympathique film d’horreur souffre de quelques parasites, la faute, j’imagine, à un budget limité, symptomatique dans sa longue mise en place. Le film reste cependant assez surprenant sur bien des points. Notamment lorsqu’il s’agit du rôle du héros principal qui s’échange, tour à tour, entre les trois victimes.

Je ne sais pas bien quoi penser du slogan affiché “ce film est tiré de faits réels” n’étant pas particulièrement un admirateur de l’exercice de la reconstitution (à quelques exceptions près, surtout lorsque l’auteur se défait de la soi-disant réalité comme ici), mais force est de constater que le film, outre qu’il n’est pas particulièrement choquant, fait son petit effet. Au point d’intriguer sur les prochaines chasses du tueur australien.

Là où je me suis fait eu, c’est que j’imaginais le tueur comme un sociopathe monolithique. Surprise, il s’agit d’un véritable bouseux ; ce qui le rend bien plus dangereux qu’une quelconque créature dénuée de tout sentiment.

J’ai cru comprendre que le deuxième volet de Wolf Creek est plus surprenant que l’original et c’est tant mieux parce qu’il devrait suivre dès demain dans ma liste des trucs à regarder.

Wolf Creek - la série dès la semaine prochaine ? C’est bien possible.

Fonce.
Ça vaut le coup d’œil.