ZONE 10 (Christos Gage / Chris Samnee)

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La critique par damss est disponible sur le site

Je viens de lire ce récit, que j’avais depuis quelque temps sur la pile.

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C’est pas mal. Ça démarre fort, puis il y a quelques dizaines de pages un peu lentes, qui servent à mettre en place les enjeux et et à maintenir un certain doute sur le héros (sa santé mentale d’abord, son rôle dans l’affaire ensuite). Christos Gage livre un récit d’enquête plutôt rythmé, même si ça manque un brin de surprises, voire de recul.

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Sur un sujet proche des préoccupations de Warren Ellis (la science, la mutilation, le rapport au corps, les perceptions, la quête d’une surhumanité), il livre un récit assez banal. Les péripéties sont bien, les personnages sympathiques, mais il manque de relief, et peut-être d’ironie ou de cynisme. Ils sont tous sérieusement ancrés dans leur rôle.

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Samnee, lui, livre un boulot très cool. Encore un peu à la recherche de son style, livrant parfois des cases maladroites, aux personnages posant plus que de raison, il crée tout de même une belle ambiance claire-obscure.

Jim

J’avais écrit ça, il y a fort, fort longtemps :

L’inspecteur Adam Kamen galère sur l’enquête concernant le tueur coupeur de tête, appelé Henry VIII par la presse, jusqu’au jour où une sévère blessure reçue suite à une bagarre avec un fou furieux va lui ouvrir d’étranges horizons sur cette affaire.

De ce 3ème album de la nouvelle collection Delcourt orientée polar, on ne peut pas dire qu’il se trouve au mauvais endroit chez l’éditeur. Christos N. Gage livre un récit complet (issu de Vertigo Crime) dans la pure tradition de ce genre, au point qu’on se demande encore pourquoi Hollywood n’a pas mis le grappin dessus. La construction de l’intrigue est classique (avec les retournements de situation de rigueur), la caractérisation des personnages l’est tout autant, que ce soit pour le psychopathe ou pour le héros. Bien évidemment, celui-ci est aussi un peu perturbé psychologiquement, mais l’auteur y va plus finement, apportant les éléments au fur et à mesure, le pathos devenant moins marqué et moins forcé, privilégiant plus le développement de l’affaire, surtout que les personnages secondaires nourrissent également le récit et qu’il faut bien aussi leur donner un peu de corps (avec efficacité, mais c’est peut être parce qu’ils ne sont pas non plus d’une grande originalité). Cependant, la somme de tout cela fonctionne bien et l’album devient rapidement un bon divertissement dont il est difficile de décrocher avant la dernière page.

Il faut dire aussi que la partie graphique est assurée par Chris Samnee, l’artiste du moment qui ne cesse de progresser et de faire évoluer son style. Même si les deux sont en noir et blanc, on sent véritablement une différence avec ses pages dans Capote in Kansas. Il détaille plus et travaille beaucoup avec la lumière pour jouer avec des contrastes, rendant tout cela très vivant. Un dessinateur à suivre.

Avis : un polar solide, bien raconté, magistralement illustré, qui nécessiterait peut être de nous surprendre un peu plus. Mais ce qui est sûr, c’est que vous ne verrez plus votre perceuse de la même façon !

Pour ma part, d’après ce que j’en disais le 10 avril 2017, j’ai dû attendre la soixante-quinzième page pour accrocher [Pour en savoir +]. Il faut savoir, parfois, être tenace !

Oui, j’allais dire que j’ai commencé à trouver que ça bouger entre les pages 80 et 100, mais d’une je n’avais pas le bouquin à portée de main au moment de taper ces lignes, de deux la “lenteur” qui a précédé sert d’assise aux moments qui remuent vraiment. Donc, d’un point de vue rythme, c’est plutôt sympa. Mais le résultat n’est pas aussi ambitieux que ce qu’il annonce, il ne dépasse pas le stade de bon polar, selon moi.

Jim