[quote=« Guy Gardner »]
Tu parles de déconstruction établie précédemment, mais non, j’appelle ça des changements de points de vue, on a orienté la saga Bond ailleurs, mais en préservant globalement son identité, la période Dalton va plus loin dans la retenue amorcé après le trop délirant Moonraker et on veut faire de Bond le tueur froid qu’il peut être dans les bouquins, mais ça a toujours la patte Bond, au final.
(…)
Dans Goldeneye, oui, il y a ce procédé la qui est mis en jeu au début du film qui sert d’une part à tourner la page sur la guerre froide qui avait largement alimenter la saga et aussi a replacer Bond qui avait eu une longue absence sur les écrans, on nous fait croire qu’il est dépassé, [/quote]
Goldeneye est le premier film de la saga officielle a énoncer un point de vue sur le personnage. C’était déjà en germe dans Permis de Tuer (et à ce titre, je trouve que Permis de Tuer et Goldeneye, malgré le changement d’acteur et les années qui les séparent, composent un réel diptyque dont le sujet c’est les travers et les limites du MI-6…), mais c’était dans l’action, pas tellement dans les dialogues. Goldeneye comprend des dialogues qui définissent littéralement Bond.
C’est le premier film à faire ça (on ne comptera pas les scènes à visée humoristiques des Diamants sont éternels, par exemple, qui tendent à ridiculiser Bond et à en faire une brute de terrain, ce qu’il est, en définitive : là, c’est plus de la caractérisation de personnage que du point de vue), le premier film à avoir un point de vue sur le personnage, et à ne pas l’accepter tel qu’il est, comme argent comptant.
(En fait, le premier film Bond à amener un discours sur le personnage Bond, c’est l’apocryphe, Jamais plus jamais, qui pour le coup montre un espion vieillissant et pas réellement intéressé par sa mission. Mais bon, son statut de métrage pirate facilitait, à l’époque, ce genre de commentaires. Aujourd’hui, alors qu’on télescope tout et qu’on fait des commentaires dessus parce que c’est « post-moderne » et parce que c’est cool, c’est monnaie courante).
Et donc, pour en revenir à Goldeneye, c’est le premier film à avoir un point de vue presque externe au personnage. C’est lié autant au fait que le Mur de Berlin était tombé qu’au fait que les Broccoli sortaient d’années de guerre juridique. La vision du personnage ne pouvait en être que moins naïve.
[quote=« Guy Gardner »]sauf que, il revient bien et au final, on n’efface pas tout les codes de la série, déconstruire Bond, pour le ramener, c’est le postulat, pas le film.
Dans Skyfall, on pourrait dire que l’on a aussi ce schéma la, sauf que la promesse de revoir Bond, elle est pour les épisodes suivant, c’est de l’expectative.[/quote]
Dans la période Dalton/Brosnan, on est en plein dans la continuité. Avec la période Craig, on est dans un reboot. Mais pas un reboot franc, clair, net, tranché. Un reboot qui s’inscrit dans la continuité (même M, par exemple, mais également l’Aston Martin de Skyfall, qui induit que la continuité précédente n’est pas effacée : c’est pas aussi tranché que le reboot de Star Trek, mais ça procède d’une logique fort voisine…). Là encore, c’est un peu ce qu’on disait au post précédent : les vieux fans qui connaissent bien savent que c’est un reboot. Les spectateurs moins avertis, non. Et je crois que pour les deux catégories de spectateurs, les films fonctionnent. Les entrées semblent suffisantes, sinon, ils n’auraient pas procédé ainsi, et auraient déjà changé le braquet.
Et donc, dans cette perspective de reboot, on trouve un James Bond qui n’est pas encore l’espion majestueux que l’on connaît. Il est en construction. Et il passe par des étapes qui vont constituer la combinatoire classique (dont il me semble que c’est Umberto Eco qui avait évoqué le truc) : Felix Leiter, le cocktail Martini, les gadgets, les smokings, Q, Moneypenny, et jusqu’aux jeux de mots pourris.
Alors oui, trois films à se construire. Mais ma foi, pourquoi pas. Personnellement, j’ai rien contre. Pour moi, c’est trois bons films d’action, trois bons Bond (avec un creux de la vague au milieu, mais ça va, hein, c’est pas un gouffre…).
[quote=« Guy Gardner »]
Quand j’entends pas mal de gens affirmer qu’ils n’aiment pas les James Bond, mais qu’ils aiment cela, je crois que ça confirme cette impression que j’ai de ne pas être devant ce qu’on peut attendre de la franchise.[/quote]
Oui, mais ça, c’est quelque chose qu’on finisse tous par ressentir sur des héros / licences / franchises / univers qu’on aime. Moi, le Batman qui fait courir tout le monde au cinéma ou ailleurs, ce psychopathe à la voix éraillée qui s’habille tout en noir, il m’emmerde. Pour moi, c’est pas Batman. Parce que pour moi, Batman c’est un enquêteur en costume bleu nuit. C’est les planches de Don Newton. C’est les scripts de Conway ou de Moench. C’est une atmosphère de whodunnit teintée de pulps. Sauf que justement, « mon » Batman n’est pas « le » Batman, qui est plus complexe, plus universel et plus protéiforme.
J’imagine que James Bond, c’est un peu pareil.
Et la séance de torture sur la chaise percée (dans Quantum of Solace ou dans Casino Royale, je ne sais plus), directement empruntée au roman Vivre et laisser mourir (qui contenait aussi la scène du requin du film Permis de Tuer, c’est dire le sadisme tranquille et souriant des bouquins de Fleming…), est quand même un signe clair que la production et les scénaristes veulent renouer avec les bases littéraires du personnage, à savoir une brute épaisse, un combattant endurant, un tough guy qui encaisse aussi violent qu’il assène.
(Et j’y repense : Quantum of Solace s’ouvre sur une poursuite en voiture, au volant de quoi ? D’une Aston Martin ! Pas celle des années 1960, mais un modèle sportif noir récent. Le message est clair : c’est le même Bond, mais il évolue avec son époque. De même qu’il change d’arme, il change de modèle de voiture. Mais pas de marque. James sera toujours James.)
Mais il est clair que dans nos années 2000, John McClane, Jack Bauer et Jason Bourne sont passés par là. L’humour dandy à la Roger Moore ne fonctionne plus. Déjà chez Dalton, on sentait le côté salissant des missions. Et là, avec Skyfall, Bond est vraiment en mode McClane. Mais même James T. Kirk est sous l’influence de McClane. Les choses changent, les héros évoluent avec le contexte. Batman a changé aussi, pour reprendre un exemple banal…
Que Bond soit sévèrement « bourné », moi, personnellement, j’ai rien contre.
[quote=« Guy Gardner »]
Euh, non, pas du tout, vu que c’est abordé assez rapidement, le fond de la question c’est plus le complexe d’œdipe non résolu du méchant.[/quote]
Mais c’est particulièrement lié. M dit que les orphelins font les meilleurs agents. Et que le méchant était l’un des meilleurs agents. Il a un parcours similaire à Bond, recruté de la même manière.
Autre exemple, la véritable raison du retour de Bond procède de la même logique : sans son boulot, sans son permis de tuer, sans M, sans son parent de substitution, il n’est rien, il n’a ni but ni vie.
Lui aussi souffre du même complexe, il fait un transfert. Somme toute parce que sa vie se réduit à une fonction, celle du tueur assermenté. Sans ça, il n’est rien. Abandonné à l’ennemi ou abattu par ses propres services, s’il s’en sort, il ne sait plus quoi faire, à part focaliser sur l’illusion que le MI-6 a créée autour de lui.
C’est le versant psychologique d’une structure narrative classique dans les récits d’action (guerre, espionnage, thriller…) contemporains (et occidentaux, j’aurais tendance à rajouter) : on fabrique une machine à tuer, puis on l’abandonne ou on s’en débarrasse, et là, c’est le drame. De Rambo à Jason Bourne (en passant par Jack Bauer, Bruce Banner et plein d’autres…), c’est toujours la même chanson. Sauf que là, la dimension psychologique permet de mettre en avant le bourrage de crâne des services secrets, et le recrutement qui joue sur des cordes affectives.
Et ça, je trouve ça vraiment intéressant.
Jim