1941-2021 : BON ANNIVERSAIRE WONDER WOMAN !

Mes réserves (dans les deux cas, et sans doute dans plein d’autres qui ne me viennent pas à l’esprit) tiennent surtout au fait qu’ils ont mis en place leur théorie dans un cadre particulier. Si on change de cadre, il faut sans doute adapter la théorie, comme on ajuste un vêtement en sur-mesure. Sans invalider la théorie de bout en bout, il faut la contextualiser.
Mais au moins, ça offre un cadre de pensée, un patron, pour rester dans la métaphore couturière.

L’un n’empêche pas l’autre, mais se fixer sur la structure finit par faire oublier que le temps passe, que le contexte change et que l’histoire exerce ses droits.

L’exemple que tu donnes est un changement de sens en passant d’une langue à l’autre par le biais d’un faux-ami, d’une mauvaise traduction (alors qu’au départ, l’expression désigne des « films sectes »).

Dans le cas de Schatz, je crois surtout que la difficulté consiste à le lire hors du cadre qu’il a lui-même fixé (la Hollywood des studios…). Bon, c’est ce que je fais avec entrain, oui oui je sais.
:wink:
Cela me rappelle les reproches adressés à Christian Chelebourg à propos de son ouvrage Écofictions. Il a pris la précaution de cerner son sujet en le délimitant avec précision (dans le temps, dans l’espace géographique et culturel aussi), afin d’en tirer une grille de lecture. Dans l’émission Mauvais Genres qui lui est consacrée, les commentateurs, dont Jean-Baptiste Thoret, cherchent à élargir le corpus, ce qui les conduit à vouloir invalider la grille de lecture. Leur démarche est un brin forcée et agaçante (parce que cela revient à affronter l’interlocuteur sur un terrain qui n’est pas le sien), mais ça pose les limites de l’exercice : quand on définit d’un côté le champ d’étude et de l’autre les outils, si l’on modifie le premier, il faut aussi adapter les seconds.

Je voyais l’épure comme un nettoyage, une élimination des scories, un rabotage des aspérités afin d’obtenir une forme plus pure, « streamlined ».
Et je pense que l’approche de Roy Thomas ne correspond pas à ça : j’y vois du rajout de scories plus que de l’élimination.

J’en suis pas sûr, vraiment.
Surtout dans un genre où la continuité est si importante. On finit par avoir un matériau de plus en plus gros que l’on doit ranger.

L’analyse a davantage besoin de « sortir » du matériau, de prendre en compte l’influence des autres genres, le contexte culturel, le bagage des auteurs, les couches de signifiant dont s’enrichissent les personnages (toutes ces « connotations politiques » dont se chargent des héros comme Superman ou Captain America…).
De toute façon, l’analyse n’est pas concernée par le processus de maturation dont parle Schatz. Le corpus, selon ce dernier, évolue vers une sorte de conscience de lui-même. Donc le corpus peut se nourrir du corpus pour exister : un Ouroboros. L’analyse, elle, est extérieure, elle n’est pas dans le même processus. Elle peut dès lors se complexifier.

Jim