Tiens, sans parler d’influence, parce qu’il y a sûrement concomitance et qu’en plus, je ne sais pas si on peut comparer, mais dans ce 1959, y a des cases qui m’ont fait penser à du Dillon.
Et quand je lisais American Flagg (mais y a une scène dans 1959 qui le rappelle), je me disais que le trait de Chaykin se prêtait aux scènes sado-masochisme, avec ses traits, et tout ça … sans savoir réellement pourquoi.
Et puis je me suis souvenu du style graphique d’Erich Von Götha, et je me demandais si on pouvait y voir un rapprochement de style graphique.
Bah disons que c’est énorme : c’est une exploration des formes narratives (ne serait-ce que les écrans télé), c’est un fleuron des indés de l’époque (quasiment plus important que Nexus, et plus important assurément que Grimjack, Badger, Jon Sable, Grendel ou Dreadstar), c’est une réflexion sur la figure du héros (comme Nexus ou Grendel), c’est une vision futuriste assez visionnaire (ne serait-ce que la raison du chômage de Reuben Flagg, ça résonne incroyablement avec ce qu’on voit aujourd’hui), c’est une série au long cours (cinquante épisode pour la première série, douze pour la seconde), ce qui demeure assez rare à l’époque, et c’est l’affirmation d’une tonalité qui tranche (même Nexus reste assez classique à ce niveau).
Là encore, quel grand public ? Si c’est le grand public français, non. Blackhawk n’a jamais été traduit, Shadow a été un peu massacré dans sa VF, Black Kiss est arrivé des décennies en retard, sans parler de son Twilight avec Garcia-Lopez, ou d’autres choses…
Du grand public américain, c’est autre chose. Chaykin, malgré ses incursions irrégulières chez DC et Marvel (aucune série au long cours à part Star Wars) était assez populaire pour lancer une série chez un indé en 1983. Il a récupéré plein de projets à haute visibilité chez DC, publiés en prestige format ce qui n’était pas accordé à n’importe qui à l’époque. C’était une vedette.
Et tout le monde reconnaît son apport.
La carrière de Chaykin est à l’image du Manhunter de Simonson (son vieux pote). Complètement essentiel et pivot dans l’histoire des comics américains, complètement célébré par le public américain, complètement méconnu (et traduit tardivement) en France.
Chaykin n’est peut-être plus aussi connu aujourd’hui (et je pense qu’il s’en fout), mais dans les années 1980, il comptait parmi les gens que tout le monde regardait, dont tout le monde attendait les nouveaux boulots (avec, là encore, Alan Moore, Frank Miller, Walt Simonson, sans doute John Byrne, et quelques autres…).
Il s’est passé deux choses, pour lui : il est parti vers la télévision (notamment la série télé Flash, et d’autres choses dont j’ai un peu oublié le nom…), réduisant son activité BD, ce qui a fait passer une nouvelle génération devant lui (montée en puissance d’un Mike Mignola, d’un Art Adams), et d’autre part, il y a eu la vague anglaise, qui a commencé à occuper du terrain, notamment sur le mainstream mais pas que (les Anglais ont plus ou moins défini l’ambition éditoriale de Vertigo). Et quand il est revenu de son escapade à la télé, il n’avait plus son aura d’avant. Donc il a commencé notamment comme seul scénariste (je conseille son album sur Barnum), avant de revenir au dessin également.
Bendis est venu le chercher pour certaines de ses histoires. Je crois que ce n’est pas rien.
Il me semble que, dans son légendaire texte sur son séjour en Amérique, quand Alan Moore raconte sa rencontre avec Miller, il évoque aussi Chaykin. Je crois me souvenir qu’il le tenait en grande estime (d’ailleurs, Moore a écrit des back-ups pour American Flagg!).
Chaykin a une bonne grosse culture graphique, donc bon, pourquoi pas.
Non américain forcément. En france il est inconnu ou presque et c’est pas méchant ou faux que de le dire, c’est juste que trop peu de ces titres ont été publié.
Ok. Par contre la fin de ce que tu dis semble montrer qu’il a perdu en aura au fur et à mesure du temps ?
Sans First, le renouveau de DC en 1987 n’aurait pas la même tronche.
Et First a été un exemple pour Dark Horse, aussi.
J’ai le souvenir d’une pub avec un mec debout à côté de sa voiture. Viper, ou Vesper, un truc du genre.
Oui, mais sans doute comme Mike Baron. Voire comme Walt Simonson, qui après Orion n’a plus occupé la même place (et dont le retour via Ragnarok me semble moins spectaculaire que celui de Chaykin, qui livre avec Hey Kids! Comics une œuvre phare et qui s’est montré généreux en productions diverses ces dernières années. Ou Starlin, qui se fait rare et n’a jamais retrouvé son statut. Ou Byrne, qui a connu une lente descente.
Je pense.
Cette génération d’auteurs (dont Frank Miller serait une sorte de « benjamin ») est désormais rangé dans l’étagère des légendes vivantes, je dirais.
Mais sans doute plus fructueuse dans son cas, ne serait-ce que par son importance dans les franchises Law & Order.
Ahhh Epting le mec qui débute chez First, se perd chez Marvel, part chez Crossgen revient comme si c’était un nouvel auteur. Les indé, lui ont toujours fait du bien.
Oui et seul lui et Cheung rentre grandis de l’expérience. Land n’a pas bougé. Brandon Peterson disparait plus ou moins et est loin de ce qu’il était sur les X-Men, Ben Lai que je sache n’est jamais réapparut, Middleton a failli exploser, mais sa lenteur l’a tué.
Crossgen à permis par contre la découverte de Steve Mc Niven et Andrea Di Vitto qui semble avoir disparut maintenant ? Doc ?
Parce que, comme tu le dis, il a été davantage traduit. Qu’il est associé durablement à des personnages phares et à des péripéties pivots d’un point de vue historique (la mort de Gwen, rien que ça).
Mais si on se limite aux scénaristes, vu la taille de son corpus et le nombre de grosses licences qu’il a touchées, il me semble moins important que Gerber (qui introduit la conscience socio-politique chez les super-héros), que McGregor (qui anime de manière crédible un personnage noir qui n’est pas en carton), voire que Starlin (qui parle de la mort), Claremont (pas besoin d’expliquer pourquoi) ou Wolfman (New Teen Titans). Conway a sans doute écrit cinq ou dix fois plus d’épisodes de Batman qu’Englehart, et pourtant sa prestation est moins importante, parce que c’est chez Englehart qu’on a l’une des relations amoureuses les plus importantes dans la vie de Bruce, la remise en selle de plusieurs vilains, l’orientation vers le monde politique de Gotham via Rupert Thorne (l’idée qui fera vivre Conway et Moench pendant des années), etc etc etc.
J’aime en général beaucoup Conway, j’ai toujours plaisir à le lire (un peu moins à le traduire : qu’est-ce qu’il est bavard), mais je crois que c’est un bon faiseur avec une grande générosité, un petit frère de Roy Thomas.
Starlin ne dessine plus beaucoup (je me demande si c’est lié à sa machine à soda qui lui a explosé au visage), Byrne ça fait quoi, dix ans qu’il n’a plus publié un truc dessiné (ses derniers trucs, c’était des romans-photos Star Trek, et ça date déjà…). Y a bien que Simonson qui fait son Ragnarok. Et Chaykin.
Moi, j’aimerais que tous ces vieux schnocks continuent, en fassent autant que Simonson. Je serai au rendez-vous comme je le suis pour Chaykin. Même si j’ai conscience que, graphiquement, ce n’est plus le Chaykin qui m’a impressionné à la fin des années 1980 et au début des années 1990 (et ouais, il a un goût de chiottes en matière de couleurs), son énergie et sa générosité, ainsi que son regard sur l’histoire éditoriale, me séduisent encore et me dont dire qu’il a encore des choses à offrir au marché actuel.
Alors dans l’absolu, oui : il a été transformé. Et ça a aussi fonctionné pour Eaton, pour Pelletier, pour Cheung qui s’épanouit totalement, pour quelques autres. Mais le truc, c’est que si son dessin est devenu techniquement meilleur, il est aussi devenu complètement froid. Sur Avengers (bon, certes, il avait Palmer à l’encrage, ça aide), c’était vivant, y avait des traits de vitesse, ça bougeait… Quand il est revenu, par exemple sur Captain America, c’était très froid, comme une succession d’illustrations.
Ah je dirais pas ça. Mais je suis assez client de son trait, ainsi que de ses expériences informatiques.