Je suis d’accord avec toi : le principe du Batman « dans notre monde » ne tient pas, et The Dark Knight est un sommet inégalé parce que, finalement, Nolan se détache de son concept de récit réaliste en faisant de ses personnages des concepts (le chaos, l’ordre sans attache, la recherche imparfaite et schizophrène de justice équitable).
Je suis, fondamentalement, un fan de la fin du film, où Batman accepte de ne pas être un héros mais un concept, une légende, une rumeur, un croque-mitaine. Lui qui se voulait apaisé, lui qui se voulait héroïque et glorieux, il accepte d’être le héros de l’ombre, le sacrifié, le martyr en devenant, aux yeux de tous, le monstre.
C’est fort, très fort, et c’est le geste désespéré qui vient de tout perdre et qui décide de dépasser son statut d’homme pour devenir une légende.
Et c’est là, où dès le début, The Dark Knight Rises ne fonctionne pas et « ruine » la fin de The Dark Knight : en partant du principe que Bruce a arrêté juste après le précédent, que sa blessure vient de sa minuscule chute et qu’il rumine dans son coin depuis huit ans, ça vide la fin de The Dark Knight de tout sens. L’intérêt d’une légende, d’un croque-mitaine est qu’il est une présence qui rôde, qui n’apparaît pas tout le temps mais qui peut frapper n’importe quand ; en le faisant totalement disparaître, Nolan a fait de sa légende un criminel qui se cache, honteux, après que les autres aient découvert ses « crimes » (et, finalement, pourquoi les gosses et d’autres attendent son retour si tout le monde le voit comme un criminel ? bref).
Après, si je suis vraiment déçu du dernier (que je viens de revoir), j’ai une petite affection pour Batman Begins. Totalement imparfait, rempli de défauts et d’occasions manquées, mais c’est le film qui a remis le personnage dans un « droit chemin » après Batman & Robin. Il a livré une vision forte du personnage, qui se bat par conviction et qui, surtout, ne tue pas (ce que je reproche essentiellement aux Burton : le désintérêt de Batman pour la vie de ses ennemis, qu’il n’hésite pas à laisser mourir sans problème… cf les hommes du Pingouin au début du 2 qui explosent joyeusement sans qu’il réagisse). Et puis c’est rempli de répliques un peu bateau, mais qui fonctionnent bien avec le personnage.
Sinon, oui, la vision de Burton est plus pertinente que celle de Nolan, à mon avis, car il fait totalement de Batman une légende, un croque-mitaine. Au point que le personnage n’est, finalement, que passif, secondaire dans des intrigues qui font la part belle aux méchants…