BATMAN : LE CULTE (Jim Starlin / Bernie Wrightson)

Jim rencontre Blacky alors il est fan de ces anglicismes.

Tu penses qu’on ne se connait po ?

C’est comme les cross-overs et la continuité Marvel : un reboot et paf, « together again for the first time » !!!

:wink:

Jim

Ahah ça doit être ça !

Je ne sais pas si vous vous êtes rencontré, j’en sais rien. Mais je t’ai déjà vu et Jim aussi. :mrgreen:

Content de voir que tu as aimé, en tout cas.

Jim

J’ai relu grâce à Urban ce récit que j’avais plus ou moins survolé en v.o. il y a quelques années. Une fois n’est pas coutume (votre serviteur confessant ordinairement un biais « littéraire »), c’est surtout l’aspect graphique dû au grand Bernie Wrightson que j’en avais retenu. Après relecture, il se confirme pour moi que le scénario est plus… oubliable.

Même si ce n’est pas forcément le meilleur travail de Wrightson, celui-ci (bien aidé, mentionnons-le au passage, par les couleurs un peu, hum, « hors normes » de Bill Wray) s’y entend pour donner une atmosphère toute cauchemardesque à ce récit. Certaines pages et double-pages sont particulièrement marquantes (« Bienvenue en enfer… bienvenue en enfer… bienvenue en enfer… » :frowning: ), mais globalement Wrightson, même hors des « moments de bravoure » graphiques, imprime à tout le récit une ambiance lourde et oppressante entre deux éclats expressionnistes, une association qui sied évidemment fort bien à une histoire du Chevalier noir.

Côté scénario, il se trouve que je n’ai jamais été un grand fan des talents de conteur de Jim Starlin. À tout prendre, ce Culte reste néanmoins parmi les choses que j’apprécie le plus parmi les quelques titres (forcément pas hyper nombreux non plus, pas la force des choses) que j’ai lus de lui. J’y trouve pas mal d’idées intéressantes, mais hélas je trouve aussi… à redire sur l’exécution. :confused:

S’il n’y a rien à redire dans l’absolu au choix de montrer un Batman mis en position de faiblesse, je trouve Le Culte un peu lourd sur la question avec un Batou tout de même un peu « facilement » (pour les standards super-héroïques, s’entend) brisé et endoctriné, et surtout qui semble passer la majorité du temps à geindre. Même quand il reprend du poil de la bête dans le dernier quart du récit (par le biais d’une scène sur laquelle je pourrais écrire un paragraphe entier, mais passons), c’est encore un Batman fort diminué qui nous est donné à voir - qui, pour atteindre son objectif, laisse par exemple une femme se faire longuement lyncher sans prendre le risque de lui venir en aide.

En face, d’autre part, Starlin construit un antagoniste sur des prémices originales et *a priori *fort intéressantes. Malheureusement, à force de vouloir arroser large (on comprend pourquoi à la lecture de la préface, ceci dit), le scénariste rend, à mon sens, le personnage par trop inconsistant : c’est un illuminé mais un manipulateur hypocrite mais un immortel *mais *un simple escroc *mais *il veut quand même une mort de martyr… Ces amalgames contradictoires diluent en un simple portrait composite des gens-que-n’aime-pas-Jim-Starlin le potentiel de ce Savonarole des bas-fonds.

Restent tout de même quelques idées assez fortes comme la canalisation du désir de revanche des marginaux et autres SDF et la « prise de la ville » de Gotham qui semble annoncer en raccourci No Man’s Land, plus la critique du discours médiatique avec les cases / écrans de télé empruntées directement à Miller, si je ne m’abuse. (Soit dit en passant, j’en viens tout de même brusquement à me demander combien de maires de Gotham se sont faits buter au fil des ans. Tu parles d’un poste à risque !)

Le traitement graphique de Wrightson emporte le tout même s’il est plus à l’aise dans les sous-terrains infernaux et macabres que dans la grosse scène d’action à base de véhicules démesurés. Mais à mon sens c’est surtout à lui plus qu’à Starlin qu’on doit le caractère marquant du titre, dans la mesure où il parvient à exprimer par son dessin la force de choses que le scénariste, trop souvent, ne fait qu’esquisser de façon un peu brouillonne.

Je l’ai déjà exprimé plusieurs fois, mais je suis assez fan de la production du monsieur. Que ce soit les grands classiques des années 1970 (ses Captain Marvel et Warlock), ses épopées personnelles (Gilgamesh II, je l’ai relu il y a quelque temps, j’ai beaucoup aimé, et je trouve dommage que les différents volets de Breed ne soient pas tellement connus) et même certaines de ses histoires plus commerciales (Infinity Gauntlet et ses suites…). J’aime beaucoup son dessin des débuts, et j’ai toujours une grande admiration pour sa narration. Même Metamorphosis Odyssey, que je trouve inachevé, m’emballe.

Je pense que la force du truc, c’est que c’est Batman. S’il s’agissait de Booster Gold, l’endoctrinement n’aurait pas cette force d’évocation. Or, là, on parle du gars le plus inflexible et le plus résistant qui soit. Celui qui ne plie jamais.
Au demeurant, le récit commence in medias res, donc on n’a pas une idée précise de la longueur et de la dureté du traitement qu’il subit. De plus, à la fin du récit, il est clair qu’il est encore fragile, qu’il ne s’en est pas remis. C’est pour cela, me semble-t-il, que les moments de faiblesse, et pour parler clairement de lâcheté, auxquels on assiste sont percutants. Parce que Batman ne s’en sort pas réellement. Pas dans les pages du récit, en tout cas.

C’est d’ailleurs selon moi la seule faiblesse du récit : ça aurait été chouette d’intégrer la faiblesse du héros dans la continuité, dans les séries régulières.
Je n’ai pas regardé les dates, donc je ne suis pas sûr de ce que j’avance, mais il me semble que Starlin était sur la série Batman à l’époque. Il n’est pas resté longtemps, et il a été occupé par « Death in the Family ». Ce qui ne laisse pas beaucoup de place à la reconstruction. Mais ça aurait été passionnant, je crois, de voir un personnage dans son processus de reconquête de soi.
Au demeurant, c’est quelque chose qu’on voit rarement. On voit bien plus souvent la chute du héros. Mais le rebond qui permet de sortir la tête de l’eau fait souvent l’objet d’ellipse rapides. Voir comment il remonte la pente peut également être porteur de tensions.

C’est un truc que j’aime bien : d’une part on comprend que malgré sa longévité, c’est un être vide, qui a mis des décennies à savoir quoi faire de sa vie (il est donc à la fois grandiose et nul). Et d’autre part, il n’est pas facile de démêler le vrai du faux, même les rapports de police manquent d’information, si bien que le personnage est entouré de mystère et d’incohérence. Ça le rend insaisissable et dangereux.

Complètement : j’ai toujours pensé que The Cult pouvait se lire comme une sorte de « companion book » du Dark Knight. Les deux auteurs se connaissant, ça ne me semble pas tellement étonnant.

Jim

C’est vrai que c’est rare. Je crois que le seul exemple qui me vient en tête c’est Tony Stark

Tout depend…
Je pense aussi à Stark suite à l’alcoolisme mais on peut penser à Steve Rogers quand il perd son titre pour Walker. Il y a la lentre remontée du personnage vers son estime, ses droits…
On peut penser à Thor periode simonson suite a ses blessures, quand il perd pas mal lui aussi le moral et remonte petit à petit quand il voit Loki lutter…
Les FF ou Alpha Flight lors de leur séparation dans les 70’s/80’s… Panther avec McGregor…
Je ne sais plus qui nous parlait du Doc Strange de Gillis …
c est aussi des epoques où l auteur a le temps, peut gerer le long terme…

Il y a le Doc Strange de Gillis ou le Black Panther de McGregor, en effet, mais je citerais aussi le DD de Nocenti ; à bien des égards, son run consiste à montrer comment Daredevil remonte la pente après le « Born Again » de Miller.

Moi.
Et ouais, Tony Stark : la longue période Fraction est aussi une reconstruction.
Je réfléchissais à la période Nocenti sur Daredevil, ouais : y a de ça, même si ça s’accompagne aussi d’une redéfinition du personnage.
Quoi qu’il en soit, c’est toujours passionnant, je trouve, ces périodes de reconstruction.

Et au final, Starlin n’est pas resté longtemps sur Batman. À peine vingt numéros, je dirais.

Jim

Pas aussi simple :slight_smile:
D abord DD est en legere phase de reconstruction suite à Miller puis il y a la rechute (je relisais recemment eces episodes reedités en epic) avec Typhoid… et la reconstructions commence avec la discussion avec Mephisto… et se finit au retour à NY (je lisais reccement le caméo de DD dans Streets of Poison)

Et puis DD c’est limite si le yoyo n’est pas inscrit dans son ADN :mrgreen:

(pour le Thor de Simonson c’est assez court quand même non ?)

Sinon je pensais à Alias même si Bendis truque le procédé d’entrée de jeu je trouve.

Nocenti a fait ça aussi avec Spidey, pour une durée plutôt courte, pendant l’arc « Life in the Mad Dog Ward ».

C’est le meilleur Maniaco dépressif des supers héros.

(Le meilleur tout court, d’ailleurs)

De Matteis, lui pour lui faire remonter la pente avait choisi du coup de le faire passer par la case du pétage de plomb/dissociation de la personnalité.

(Il nous fallait au moins ça pour nous débarrasser de son armure pourrie)

D’ailleurs, j’aime beaucoup ces épisodes signés De Matteis, perso.

Il y a un livre qui évoque de manière brillante ce passage.

Jim

Ha !
Un livre familier, en ce qui me concerne, et le meilleur de la collec’, sans vouloir faire injure aux autres (vu que cette collection était en soi un miracle).

Dit-il en se disant « putain merde, ça va se voir que je l’ai pas lu… c’est dans quelle page qu’il parle de ces foutus épisodes, ce con ? »
(insérer feuilletage rapide dudit ouvrage)

:wink:

Jim