DÉLIVRE-NOUS DU MAL (Scott Derrickson)

[quote]DATE DE SORTIE PREVUE

2 juillet 2014 (USA)
3 septembre 2014 (France)

REALISATEUR

Scott Derrickson (L’exorcisme d’Emily Rose, Sinister…)

SCENARISTES

Scott Derrickson et Paul Harris Boardman

DISTRIBUTION

Eric Bana, Edgar Ramirez, Olivia Munn, Sean Harris, Joel McHale…

INFOS

Long métrage américain
Genre : thriller/horreur
Titre original : Deliver us from evil
Année de production : 2014

SYNOPSIS

La violence et la noirceur, le sergent Ralph Sarchie connaît bien. Flic dans le Bronx, il est chaque jour témoin du pire de la nature humaine. Ce qu’il endure a même fini par affecter sa relation avec sa femme, Jen, et leur petite fille, Christina. Pourtant, rien ne l’avait préparé à l’affaire que lui et son partenaire Butler vont découvrir. Dépassé, Sarchie va devoir s’allier à un prêtre renégat dont la foi a souvent vacillé, qui tente de le convaincre que les horribles événements qui se multiplient sont liés à des possessions démoniaques… Ensemble, le policier et le prêtre accumulent les preuves que le Mal est à l’œuvre, et Sarchie est forcé de remettre en cause tout ce en quoi il a toujours cru pour combattre les puissances occultes qui menacent la ville et sa famille…[/quote]

La bande-annonce :

Espèrons qu’il sorte aussi en France, ça pourrait être un bon plan ciné.

La nouvelle bande-annonce :

http://www.cine-sanctuary.com/public/sanctuary/img/affiches/affiches_2/Delivre-Nous-du-Mal-Affiche-France.jpg

La première bande-annonce, par son format pas syncopé, presque court métrage, est très frappante. Derrickson a un sens évident de l’image, que ce soit l’objet mal éclairé, le reflet sur l’écran, le cut exagéré, l’image rapportée (dans son film précédent, il adore les écrans de télé…).
Il sait y faire, quoi.

Jim

Sans nul doute, Derrickson est un technicien compétent : mouvements d’appareil classieux sans être ostentatoires, photographie qui claque, ambiance pluvieuse post-“Seven” maîtrisée… Le film en jette visuellement, c’est indéniable.
Pour le reste, c’est un des pires films que j’ai vu en salles depuis fort longtemps (malgré la concurrence -non négligeable- de “Annabelle” !!).

Derrickson s’empêtre dans une histoire de possession à dormir debout, à base d’invocation en latin (qui font plus penser au François Rollin de “Kaamelott” qu’autre chose, mais bon) et de “possédés” très agressifs, la preuve ils sont très moches et ils bavent beaucoup.
Si le début du film (notamment du fait de la réalisation) intrigue et aligne quelques bonnes idées, comme la séquence du zoo (pas con), le tout s’enfonce rapidement dans la médiocrité avec des persos caricaturaux au possible (celui incarné par le pourtant bon Eric Bana, qui joue le rôle essoré du flic-abîmé-par-son-job-parce-qu’il-en-a-trop-vu : pitié) ou à l’inverse totalement improbables (j’aime bien le charismatique Edgar Ramirez, mais si lui il est curé moi je suis gogo-dancer).
Il y a d’autres acteurs intéressants au casting comme Joel Mc Hale (hilarant dans la série “Community”, et plutôt bon ici en sidekick bourrin et bas de front mais sympa au fond), mais il se fait dégager vite fait quand le perso de Ramirez entre en scène

et se fait même démastiquer comme un malpropre dans l’indifférence générale lors d’une scène assez glauque…

L’intrigue, quant à elle, est d’une linéarité et d’une indigence rare. Vraiment. On attend un retournement, un truc, quelque chose, mais non, rien ne se passe, et le film se déroule exactement de la manière dont on l’imagine passée l’exposition. Pas forcément un problème en soi, sauf si ce que l’on imagine c’est un truc pourri qu’un gamin de cinquième vaguement fan de Marilyn Manson pourrait pondre. Assez hallucinant de laisser passer un script aussi bateau à ce niveau, quand même.

Comme dans la moitié de sa filmo, le climax du film est une séance d’exorcisme pas piquée des hannetons : toujours aussi bien shootée, la scène évoque malheureusement plus le Leslie Nielsen de “Y a-t-il un exorciste pour sauver le monde ?” que le William Friedkin de la grande époque, hélas. Effets comiques involontaires garantis comme sur le reste du film d’ailleurs, où à deux trois vannes “volontaires” près, l’absence totale (j’insiste : totale) de second degré vient teinter le film, en plus de cette drôlerie, d’un parfum vaguement puant.
En effet, le film ne raconte rien d’autre que l’histoire d’une conversion (un athée qui revient vers l’Eglise) : pourquoi pas. Je suis pas contre par principe (il y a des films “mystiques”, comme ceux de Dreyer ou de Bresson, qui m’ont ému aux larmes). Là où c’est plus problématique, c’est la conception incroyablement rétrograde de la religion vue par Derrickson : si l’on en croit le destin du sidekick, c’est “convertis-toi ou meurs”, par exemple. Quant à la motivation du héros “converti”, c’est la peur, la terreur, tout simplement. Drôle de vision du message de Jésus, pour ce que j’en ai compris. Derrickson a une vision assez terrifiante de la foi, je trouve : plus Sainte-Inquisition que François Ier, quoi.
Tout ça fait très peur dans la perspective du “Doctor Strange” à venir, malheureusement.

En gros, tu nous dis qu’il filme très bien, mais qu’il raconte des trucs nuls ?

Je partage cet avis. Je dirais même que les trucs nuls sont parfois des trucs douteux.

Après, moi, ça fait un bout de temps que je suis inquiet pour le Doctor Strange. En revanche, je me dis qu’il serait pas mal pour un Hellblazer. Mais bon, dans le cas de Derrickson, je crois que ce qu’il lui faut, c’est un bon scénario solide.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]En gros, tu nous dis qu’il filme très bien, mais qu’il raconte des trucs nuls ?

Jim[/quote]

C’est tout à fait ça.

Ouais, pour un “Hellblazer”, ce type d’imagerie conviendrait tout à fait.
Pour ce qui est des scripts de Derrickson, il faudrait effectivement lui en mettre un bon entre les mains (et lui interdire de le retoucher…!) et voir ce que ça donne.

Alors je ne serai pas aussi tranché et radical que notre expert ès images qui bougent, mais je partage son avis : c’est un film qui aligne des images impressionnantes et qui sait manipuler les impressions de son spectateur, mais il met tout ce talent pour une histoire d’une grande platitude au final.
Pourtant, la montée est pas mal.
On commence par une scène lointaine, dans un pays en guerre (c’est un classique de l’horreur, ça : le thème du mal importé d’ailleurs, associé ici à l’idée d’une horreur psychologique rapportée avec les traumatismes et la difficulté de réinsertion : à la croisée entre l’Exorciste II et Voyage au bout de l’enfer, quoi…), on continue par un enchaînement de scènes horrifiques en milieu urbain, avec une enquête apparemment décousue où les pièces du puzzle s’assemblent lentement, dessinant un paysage de plus en plus angoissant.
Parallèlement, on suit le héros dans sa vie de famille, permettant de l’intégrer dans une vie citadine où il n’est qu’une victime potentielle de plus. Ce qui là aussi fait monter la tension.
Jusqu’au moment où la menace approche son univers personnel.
Et puis, à un moment, l’enquête porte ses fruits, les enjeux se déplacent, le flic et le curé sont face au mal et puis…
Pouf, c’est en gros fini.
Alors Derrickson connaît sa grammaire, hein. Il sait utiliser des images d’un type différent (on renoue avec l’image rapportée, le témoignage vidéo qui faisait l’heur d’un de ses films précédents, on passe par un grain d’image différent, un peu surexposé, pour les souvenirs, on conclut sur un ralenti muet pour l’émotion finale…), il a un sens de l’économie de moyens qui fonctionne très bien, mais l’intrigue fait plouf.
Après, on retrouve la fameuse ambiguïté qui traîne dans tous ses films, à savoir si la foi est néfaste (elle est en partie dénoncée) ou salutaire (elle est présentée sinon comme une arme, du moins comme un refuge à l’homme qui a peur). Au point que cette ambiguïté, on a du mal à savoir si elle est voulue de la part de Derrickson, ou si elle sert de paravent à un discours qu’il a du mal à assumer. Vante-t-il les mérites d’une religiosité bâtie sur la peur de l’inexplicable, ou critique-t-il cet opium du peuple ? Ce n’est pas plus clair que dans ses films précédents.
Un discours mou associé à une intrigue pas tenue, ça fait quand même beaucoup.

Jim