Pardi !
Jim
Pardi !
Jim
Trouvé à vil prix le Lucky Starr de Fernando Fernandez, un dessinateur que je trouve très talentueux mais guère narratif : en gros, j’aime bien regarder ses dessins, mais pas trop lire ses BD.
Là, il s’agit d’une aventure de science-fiction (j’aime bien) et dessinée au trait (j’aime bien aussi), donc j’ai tenté. C’est très sympathique (une enquête sur une planète aquatique autour de sabotages inexpliqués et de l’accusation d’un homme apparemment irréprochable et incorruptible), construit comme un récit policier avec des indices disposés au fil du récit…
… mais c’est vraiment de la SF à papa. C’est sorti en 1991 chez Vaisseau d’argent, et il me semble que ça a été publié en Espagne peu de temps avant, et pourtant, on a l’impression de lire une aventure de SF des années 1950, pataugeant dans les clichés pulps ou sous l’ombre de Dan Dare. On retrouve un héros à la mâchoire carrée, flanquée d’un faire-valoir plus jeune, qui navigue en (presque) solitaire dans les eaux noires du cosmos, résolvant des enquêtes pour le compte de gens hauts placés auprès de qui sa réputation l’a précédé. L’univers est béatement futuriste, teinté de ce naïf colonialisme spatial qui voit l’espèce humaine (blanche) répandre la sainte parole de l’entreprise parmi les étoiles.
L’enquête est intéressante, mais le héros en ressort sublimé, rendu intelligent surtout par le fait qu’autour de lui, les autres ne comprennent rien. Et si la fin propose une vision plus ouverte, l’ensemble donne l’impression que l’auteur a plusieurs convois de retard. En 1991, la SF s’était déjà émancipée de tous ces poncifs.
Jim
à moins que cet album ne soit à prendre au second degré….
Comme je ne le connais pas, c’est juste une suggestion.
ginevra
Je n’ai pas l’impression.
La parodie, la satire ou le pastiche m’échappent un peu, là.
Jim
Je suis en train de lire Est-Ouest, un recueil de souvenirs de Pierre Christin sous forme de bande dessinée illustrée par Philippe Aymond.
Le titre explicite l’enjeu narratif du récit, à savoir raconter l’exploration de l’Amérique et du bloc soviétique par le scénariste. Mais au-delà des considérations sociales ou politiques, l’album est avant tout un retour sur le passé de l’auteur, et en creux un portrait d’un scénariste qui n’avait jamais prévu de le devenir.
On comprend donc à quelles sources Christin s’est abreuvé pour certains de ses récits, notamment bien entendu Partie de chasse avec Bilal et autres galeries de portraits socio-politiques. C’est aussi l’évocation d’années de galères (plus ou moins relatives : mention spéciale à ses déboires avec les voitures américaines achetées à crédit) et, de loin en loin, la constitution d’une carrière, avec des rencontres intéressantes (Mézières son vieux copain, Giraud, Juillard…).
C’est plutôt chouette, avec un regard observateur, mais la forme est en soi assez plate, prenant le parti de l’image commentée. Plus que jamais, on sent l’écrivain derrière les planches, l’analyste littéraire. En parcourant les planches, je me faisais la réflexion suivante : le travail de Christin consiste à raconter une histoire, comme une sorte de romancier, et si la forme s’envole et propose des explorations, c’est sans doute dû aux plus inspirés de ses collaborateurs (Mézières, Bilal…)
Et j’en viens à trouver une explication à la raison pour laquelle je n’ai jamais réussi à ressentir envers son travail la fascination que des amis lecteurs ont manifestée, et que j’ai pu ressentir pour d’autres scénaristes (Van Hamme, par exemple) : je n’ai pas souvent vu chez Christin une recherche palpable de la forme (alors, je n’ai pas tout lu, hein, je suis sans doute passé à côté de quelque chose…), comme si la forme était secondaire, inféodée au fond. C’est pour cela qu’il reste pour moi un grand auteur, mais pas un grand scénariste.
Jim
Je viens de découvrir Les aventures de Mister Hyde - Un beau petit diable, un recueil de strips à l’italienne, mais dont la couvertures est maquettées à la verticale, avec la reliure en haut, dans la collection « Sens Dessus Dessous » de l’éditeur Vaisseau d’argent.
Il s’agit d’une succession de petits strips à l’humour noir, parfois un peu morbide, mais jamais trop provocateur (enfin, pas bien souvent), e l’auteur espagnol Alfons Figueras, dont j’avoue ne pas connaître grand-chose. Les strips et le style de l’auteur me disent vaguement quelque chose, j’ai dû lire ça quelque part, mais je ne connaissais pas ce recueil.
Les gags sont muets, à la manière d’un Aragonès (il y a un esprit un peu MAD dans ces strips, il faut le reconnaître), et mettent en scène un bonhomme méchant, mais décontracté, qui cherche à se divertir et à s’amuser. La courte préface de Christian Godard insiste sur le personnage et sur sa place dans la bande dessinée, mais n’évoque pas l’auteur, ce que je trouve un peu dommage.
L’ensemble me paraît un brin inoffensif, mais c’est sympa. Comme souvent avec les strips, il faut picorer, et ne pas tout lire d’une traite. L’objet, en tout cas, est tout à fait séduisant et inattendu.
Jim
Ah, j’ai déjà eu ça, je ne sais plus sur quoi.
À moi aussi. Mais je ne saurais dire si j’ai lu ça dans une parution en français ou en anglais (et le fait que ce soit muet n’aide pas à m’en souvenir).
Probablement quelques strips dans une revue périodique.
Tori.
La première version des idées noires de Franquin ? ![]()
Cet été, j’ai trouvé le premier tome de Noël et Marie, la série écrite par Jean Ollivier et François Corteggiani et dessinée par Jean-Yves Mitton dans Pif. Je dis « premier », mais j’ai longtemps été persuadé qu’il n’y avait qu’un seul tome : en réalité, il y en a trois, tous sortis en 1989, année du bicentenaire de la Révolution.
L’histoire suit deux enfants du Morvan qui perdent leurs parents (le père de Noël meurt dans l’incendie de sa maison, celui de Marie est envoyé aux galères) et prennent la route afin de fuir leur destin de pauvre. Nous sommes en décembre 1788, c’est la misère et la famine partout et, au fil de leur voyage, on apprend via les dialogues que la grogne est générale. Ils vont jusqu’à Paris pour tenter de faire gracier le père de Marie, et se retrouvent mêlés aux événements conduisant à la prise de la Bastille.
C’est plutôt sympa à lire, bien entendu assez orienté (c’est pas dans cette série qu’on trouvera un militaire ou un curé gentil), et sacrément rythmé : l’album reprend les épisodes parus en feuilleton dans le magazine, à pagination variable (les numéros sont indiqués dans les intercases), au gré desquels Noël et Marie rencontre différentes personnes sur leur parcours, parfois des pillards, parfois des gens de peu qui leur prêtent assistance. Mitton travaille dans un style détaillé et semi-réaliste, les deux enfants étant dessinés dans une version plus réaliste que les personnages secondaires. Mais au fil des épisodes, le trait se simplifie, sans doute pour aller plus vite, et les personnages sont plus caricaturaux, avec de gros nez expressifs (mention spéciale à l’oncle Étienne qui m’évoque fortement au Gepetto de Disney).
C’est plaisant à lire, un peu répétitif dans la partie voyage, mais bien dynamique et bien caractérisé dans la partie parisienne. Mitton donne plus de maturité à ses personnages au fil de l’album, sans doute pour montrer que les épreuves font grandir les enfants. D’après les couvertures des deux autres tomes, dont l’action s’étale jusqu’à 1792, Noël et Marie continuent à grandir.
Jim
Ce Barney est décidément un excellent conseiller. Ça en devient agaçant. Pour ma part, je n’aurais pas misé un picaillon sur cet album de Pablo Velarde, dont la couverture ne me parlait pas trop et dont le style en noir & blanc, presque comique, crée un décalage surprenant, mais je me suis souvenu de son conseil en farfouinant chez Noz, et bien m’en a pris.
Donc, Rodrigo est un jeune journaliste compétent et ambitieux mais qui se retrouve chargé des petites annonces. L’une d’elles l’informe subrepticement de la mort de son père à qui il ne parlait plus depuis de nombreuses années puisqu’il lui reprochait d’avoir été un farouche défenseur du régime franquiste. Quelques années plus tard, alors qu’il est monté en grade dans la rédaction et que ses articles lui ont valu prix et récompenses, il découvre le visage de son père dans le cadre d’une exposition liée aux archives retrouvées d’un photographe. Il remonte la piste et découvre que, peut-être, le père qu’il connaissait avait caché une vie secrète, celle d’un homme ayant exfiltré, et donc sauvé, des opposants au régime.
On assiste donc à une plongée dans l’histoire dramatique de l’Espagne qui correspond à une exploration des secrets de famille et des souvenirs d’enfance. C’est assez prenant, et Rodrigo est un personnage attachant, accroché à ses choix moraux plus qu’à ses souvenirs d’enfance. Mais bien entendu, l’album s’intitule Épilogue, et c’est donc dans l’épilogue qu’il faut chercher l’impact véritable du récit, et c’est une sacrée claque.
Le tout servi par un dessin semi-réaliste soigné, dans cette sorte de pseudo-ligne claire parcourue d’aplats comme les Espagnols ont su l’inventer (l’album est une sorte de bichromie permanente afin de mélanger le présent de la narration et les remontées du passé), et un chapitrage percutant.
Barney l’a donc « beaucoup conseillé ». Je fais pareil.
Jim
Il vous en pris.
Il paraît qu’il était plutôt bon dans le métier
Quelle tristesse qu’il soit parti pour une autre carrière.
Jim
Je me félicite de ne pas avoir le temps d’aller chez Noz.
Ça doit être vrai vu que mon ex-patronne m’en veut toujours d’être parti
Tout ça pour mener une carrière d’agitateur gauchiste.
Ah bravo !
Jim
Vers la fin de sa carrière, Victor De La Fuente a illustré plusieurs albums appartenant à une veine religieuse (évocations historiques, hagiographies…), et Un sourire dans la grotte fait clairement partie de cette veine.
L’album retrace la vie de la gamine qui deviendra Sainte Bernadette de Lourdes, débutant avant son enfance et se terminant après sa canonisation : l’album date de 1990 et raconte l’édification des différents lieux de culte et la visite de Jean-Paul II à Lourdes. Si le propos est clairement hagiographique, le récit ne fait pas l’économie des doutes et des moqueries du vivant de Bernadette.
La narration est assez plate, illustrant des anecdotes mise bout à bout sans réel souci de fluidité. Les personnages secondaires existent peu, alors qu’ils auraient constituer un liant au sein des scènes voire d’une scène à l’autre. En gros, les défauts des bandes dessinées historiques qui s’attachent à la réalité documentée en oubliant la dramaturgie.
Reste le dessin brillant et expressif de De La Fuente, totalement virtuose, mais qui fatalement ne trouve pas dans le projet de quoi s’épanouir totalement. C’est beau, c’est maîtrisé, c’est expressif, c’est aussi un peu plat. Mais quel brio, quel sens de la composition, quel naturel dans les gestes et les attitudes.
Jim
Voilà, j’ai trouvé le deuxième tome. C’est bien, ça, de dénicher les albums dans l’ordre de la collection, pour quelqu’un qui, comme moi, n’a de mémoire que le modèle déficient.
Le tome est sous-titré « La patrie en danger 1789/1792 ». Nous retrouvons donc notre jeune couple (pas encore engagé dans une idylle, mais le premier baiser aura lieu dans ce tome) juste après la prise de la Bastille. Ils ont un peu grandi, Mitton se charge de les faire mûrir, mais ils ont toujours l’indignation facile et trouve cette fois un cadre légal et républicain à l’expression de la colère. La série continue sur sa lancée, avec le portrait facile d’une société divisée entre les nantis exploiteurs et les ouvriers animés d’idéaux d’égalité. Le trait est souvent forcé, les troupes royalistes ou les aristocrates étant fréquemment représentés sous l’emprise de l’alcool.
Et je suis détrompé par cet album qui, s’il donne des rôles conséquents à des « froquards » malveillants attendant l’arrivée des Autrichiens, propose un personnage de moine à la morale exigeante qui met un terme à un népotisme envahissant. Oh, seulement quelques cases, mais ça atteste d’un glissement de la série, qui cherche à rendre son discours un poil moins manichéen. Dans le même ordre d’idée, à l’occasion d’un épisode mettant en scène une voleuse de pain bohémienne, Noël fait la leçon à un boulanger bien gras, en écho à quelques chapitres consacrés au trafic ou à la confiscation des denrées alimentaires. Comme le constatent les deux jeunes héros, les bourgeois ont repris le rôle des nobles.
Dans l’ensemble, la série suit les événements historiques (la popularité de Robespierre, la déclaration de guerre…) et s’arrête où moment où Noël veut s’enrôler (mais il est refusé, trop jeune, à la grande joie de Marie). Les chapitres sont assez courts mais certains, plus copieux, sont l’occasion de récits plus ambitieux et marquants, par exemple la tentative d’assassinat contre Robespierre. Mitton, quant à lui, a stabilisé son style, traitant les deux héros dans un style plus réaliste que celui qu’il utilise pour les autres personnages, lorgnant parfois franchement vers la caricature. À quelques occasions, souvent des séquences nocturnes, il renoue avec une encre plus chargée et des drapés plus appuyés. En tout cas, il rend la lecture agréable, fluide et lumineuse, les couleurs de Marie-Paule Alluard étant pour beaucoup dans tout cela.
Bon, maintenant, il ne me reste plus qu’à dégotter le troisième et dernier tome !
Jim
J’ai lu tout récemment Ombres sur la Place Rouge, un polar moscovite par Roberto Dal Pra’ et Giancarlo Alessandrini, publié chez Bagheera en 1992.
C’est assez classique : la mort d’une soubrette d’hôtel, que beaucoup pensent accidentelle ce qui arrangerait bien les affaires de tout le monde, suscite l’intérêt d’un inspecteur qui va fouiner là où sa hiérarchie lui a fait comprendre de ne pas regarder. Dans cette Russie fraîchement post-soviétique qui a du mal à s’extirper du mensonge et ne profite pas encore de l’opulence, les mauvaises habitudes ne se perdent pas.
Le récit met progressivement au jour un scandale sexuel, un trafic de drogue et des secrets que l’on enfouit à coup de pistolets. C’est assez classique, même si l’ambiance russe donne une touche d’exotisme.
La production aurait pu être meilleure : le lettrage est un peu rapidement expédiée, la traduction n’est pas retouchée pour s’adapter à la taille des bulles, et je ne suis pas sûr que la translittération soit correcte. Le véritable point fort de l’album, c’est le travail d’Alessandrini, qui opère dans un registre plus réaliste que d’ordinaire (par exemple sur Martin Mystère, pour situer), comme une sorte de Risso sans ombre, dans une veine presque moebiusienne. Et ça lui réussit carrément, l’ensemble est très beau et très bien raconté.
Jim
Bon, pas vraiment un album de BD, plutôt un bouquin jeunesse signé Massimiliano Frezzato, celui des Gardiens du Maser. Je ne suis pas très fan de son dessin, peut-être trop pictural et trop démonstratif à mon goût. Raison pour laquelle j’ai été surpris de découvrir Pas d’chance le chat.
Il s’agit d’une mésaventure féline construite autour d’illustrations (pages de droite) accompagnés de petits textes en vers (pages de gauche). L’histoire d’un chaton qui vit sur les toits et qui, à trop vouloir suivre un petit papillon blanc, se casse la figure.
Il atterrit dans une tasse à café, sème le chaos dans la rue en fuyant, traverse un bus, rencontre des chiens…
L’ensemble est d’une expressivité extraordinaire et affiche un sens du mouvement et de la vitesse assez hallucinant.
Vraiment impressionnant (en plus d’être drôle et touchant).
Jim