DEUX MILLE MANIAQUES (Herschell Gordon Lewis)

Horreur
Long métrage américain
Ecrit et réalisé par Herschell Gordon Lewis
Avec Connie Mason, Thomas Wood, Jeffrey Allen…
Titre original : Two Thousands Maniacs !
Année de production : 1964

Décédé en 2016, Herschell Gordon Lewis fut l’un des pionniers du cinéma d’exploitation américain. Il a débuté avec ce qui était alors appelé des nudies cuties, des comédies érotiques qui se contentaient juste de montrer des corps nus en prenant comme décors réguliers des camps de nudistes. Lorsque ce marché particulier a fini par décliner, HGL et son associé David F. Friedman ont décidé de faire de l’argent en repoussant d’autres limites avec une série de films d’horreur explicites qui allaient éclabousser l’écran avec ce que les grands studios ne pouvaient alors montrer à cause de la censure.

Avec Blood Feast en 1963, Lewis et Friedman se sont auto-proclamés les inventeurs du gore au cinéma. Ce qui peut être sujet à caution : il y avait déjà eu des films avec des scènes que l’on peut qualifier de gores auparavant, comme l’oeil fendu par un rasoir dans Un Chien Andalou de Buñuel et l’opération chirurgicale des Yeux sans visage de George Franju. Mais Blood Feast reste le premier long métrage à avoir été vendu sur la promesse de voir des démembrements et de la tripaille dégoulinante sur grand écran et en couleurs cette fois-ci histoire de renforcer l’efficacité des scènes chocs.

S’il était précurseur dans son domaine, HGL était avant tout un cinéaste médiocre. Blood Feast est un navet atrocement réalisé qui tourne souvent au comique involontaire à tous les niveaux (répliques débiles, acteurs amateurs, barbaque venant de l’étal d’un boucher…). On est (très) loin du tétanisant La Nuit des Morts Vivants sorti cinq ans plus tard et qui n’avait pas besoin de la couleur pour coller le spectateur à son siège. Mais Blood Feast a récolté beaucoup d’argent dans les drive-in et les petites salles où il a été projeté, ce qui lancé Lewis et Friedman sur la nouvelle étape de leur carrière…

HGL a souvent dit que 2000 Maniaques était son film préféré parmi ceux qu’il a réalisé. Et l’idée en soi n’est pas mauvaise. Lewis a livré avec cette production bouclée en deux semaines l’une des premières entrées du sous-genre de l’hicksploitation, ces films de rednecks (de la comédie à l’horreur en passant par le polar) qui prennent pour cadre l’Amérique rurale et l’opposition entre les gens de la ville (souvent du Nord) et les campagnards montrés comme rustres et violents (et venant régulièrement du Sud histoire d’alimenter les vieilles rancunes). Dans 2000 Maniaques, six automobilistes de passage sont invités par les habitants d’un trou paumé à la célébration du centenaire de leur ville. Sauf que les festivités consistent à se faire massacrer par ces dégénérés…

HGL entretient un décalage entre le portrait exagéré de ploucs rigolards et le caractère ignoble de leurs actes. Le problème est que tous les défauts de Blood Feast sont encore présents : l’interprétation est au ras des pâquerettes (seul le maire et ses deux administrés les plus sadiques s’en sortent tant ils en font des caisses de manière cartoonesque), le rythme est inexistant, Lewis ne parvient pas à entretenir le suspense (et à cadrer ses plans de façon correcte) et les scènes de gore qui tâche (au nombre de quatre) n’ont aucun impact vu l’absence de moyens pour les effets spéciaux.

2000 Maniaques se traîne donc péniblement vers son final et son twist pompé sur celui du Brigadoon de Vincente Minelli qui le fait basculer dans le fantastique. Mais même là, Herschell Gordon Lewis fait traîner un peu trop les explications avant une ultime scène un brin amusante et presque surréaliste…

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