ÉVOLUTION DU MARCHÉ COMICS

Ces derniers temps, je trouve ça vraiment abusé de voir une nouvelle série indé à chaque mois… J’ai du mal à comprendre le concept… Inonder le marché ?

Bah tu vois, tu n’as aucun mal à comprendre le concept.

Jim

Bah oué mais je ne comprends pas pourquoi ><. Du moins ça ne stabilise pas un marché et l’effet kiss cool, ça augmente le prix des licences…

Je crois que c’est l’inverse : ils se sont battus pour récupérer des licences qui leur ont coûté un bras (peut-être pas celle-ci en particulier, hein…), alors il faut absolument récupérer du pognon rapidement. Et l’autre enjeu consiste à occuper de la place sur les rayonnages, sous le prétexte invérifiable que si cette place n’est pas occupée par eux, elle le sera par la concurrence. Nous, les lecteurs, nous assistons donc à une course à l’échalote dont nous profitons dans un premier temps, puisqu’il y a davantage de trucs à se mettre sous la dent. Mais dans un second temps, effectivement, les risques de lassitude, de trop-plein et de budget dépassé sont grands. Mais cette analyse peut s’appliquer à tout le reste de l’édition BD, voire de l’édition tout court.

Jim

Tu veux que maintenant, y en a tellement, qu’il faut trier les torchons et les serviettes ? Pinaise, dire qu’il y a pas si longtemps que ça (bon, dix ans peut être), j’achetais tout, tous les mois !

Oh, je pense que le gros de la production VF est de qualité, et que tout le monde peut y trouver son compte. Copperhead me tente depuis longtemps, par exemple, mais je n’ai pas encore eu le temps d’attaquer la VO.
Cela étant dit, si tout le monde peut trouver des choses qui lui plaisent, comme tu le soulignes, les gens ne vont pas tout suivre, tout acheter, voire simplement tout voir. Et fatalement il y aura du déchet, des invendus, des échecs. Mais l’important étant d’occuper le terrain, la stratégie globale ne se préoccupe pas tellement de ce genre de choses.

Jim

Il y a trop de sorties et ça nuit à la rentabilité. Les auteurs le disent, les libraires le disent, les lecteurs commencent à le dire et à ne pas pouvoir tout acheter, Les éditeurs le pensent mais pensent aussi à ce qu’à dit Jim, les distributeurs (qui sont aussi stocker, ce frottent les mains et deviennent des éditeurs en rachetant les plus petit ou mal en point voir en en créant certains).

En temps, t’as toujours une personne (moi le premier) qui va réclamer tel ou tel titre !
Donc, bon, je fais mon tri par là aussi.
Cependant, y a de méchants éditeurs qui sortent des trucs auxquels je n’avais pas pensé et ça c’est vraiment vilain !

Idem, je commence à faire mon tri comme dans le manga et celui la passera à la trappe

Mais vous achetiez vraiment TOUT tout le temps ? Moi j’ai jamais pu me le permettre, et je suis absolument ravi de voir les éditeurs essayer plein de choses, parce que perso, les big two, ça fait un moment que j’ai lâché l’affaire.

C’était y a longtemps ! Y avait pas tant de librairies que ça !
(j’avoue, je n’achetais pas les SW)

Blacki il fait tout en service de presse. Soy comme moi gros budget.

Ce que vous dites sur la richesse de la prod, est-ce vraiment propre à la BD ou à l’édition en général ? J’ai l’impression que la prod de séries télé, de films et de zic - pour ne citer que ces exemples - n’a jamais été aussi dense. Et que la conception que l’on a du marché ou de sa capacité d’absorption est très relative selon les personnes. Quand on voit le nombre d’artistes musicaux « morts » aux yeux de leur maisons de disques et qui ont été accueillis avec succès par des labels plus modestes… Il y en a de plus en plus, des indépendants.
Possible que les éditeurs sortent des bouquins pour occuper le terrain. Mais je ne suis pas sûr que ce soit uniquement pour niquer la concurrence directe. Il s’agit aussi de ralentir l’émergence d’autres formes d’éditions/productions. Et sur ce point, ils n’ont pas tout à fait tort : ce qu’ils ne font pas, d’autres le feront à leur place. Ils le font d’ailleurs. Au rayon comics, on peut prendre l’exemple de Bliss avec les titres Valiant…
Je ne crois pas qu’il y ait de réponse simple et définitive sur le sujet.

Pareil que l’amigo Antekrist, d’autant qu’on peut échelonner ses achats.

J’ai du mal à le croire, à moins de faire des achats par défaut.

Si par exemple je suis intéressé par cette série et qu’elle ne sort pas dans l’Hexagone le mois prévu, et que pour une raison ou pour une autre que je ne puisse pas l’acheter en V.O, je ne vais pas acheter une autre BD.

J’ai pour ma part un budget/mois, et si les sorties (à conditions que j’achète la mois de la sortie - ce qui n’est d’ailleurs pas forcément le cas) du mois ne m’intéressent pas (disons pour la démonstration vraiment aucune BD) je ne vais pas en acheter qui ne m’intéressent juste pour épuiser mon budget.

Que ça nuise à l’exposition en magasin je veux bien le croire (mais il y a la possibilité de commander ou d’acheter en VPC), à la rentabilité j’ai du mal à voir comment.
Pour ma part je fais une liste régulièrement de ce qui est susceptible de m’intéresser (sur divers critères) et j’achète au fur et à mesure, quelque fois bien après la sortie.
Et j’arrête ce qui ne me plaît pas.

Phénomène analysé de manière très intéressante par Fredric Jameson qui pour résumer (vraiment résumer) est une conséquence des mutations qui, avec le néo-libéralisme planétaire (le troisième stade, dit « tardif »), ont conduit au triomphe de l’industrie culturelle. C’est-à-dire l’ère postmoderne.

Je crois qu’il y a un truc qu’il ne faut pas perdre de vue : c’est qu’il y a sur le forums des gens entre 35 et 50 ans qui ont connu une époque où il y avait trois intervenants sur le marché, qui faisaient du DC et du Marvel, et qu’il était possible, à cette époque, de « tout » prendre. Grosso modo. Moi, je prenais assurément tout Lug super-héros, et un peu d’Arédit et de Sagédition. Plus Epic et quelques autres trucs. Même quand les albums ont commencé à débouler, j’ai pu suivre, parce que ça prenait peu ou prou la place d’Arédit et de Sagédition, qui venaient de fermer boutique.
Pour cette génération, lire des comics, c’était souvent une affaire de passion qui menait à TOUT lire de ce qui sortait. Je pense qu’on peut décrire de cette manière une période allant jusqu’à la perte de Marvel par Semic (de mémoire, fin 1996, je crois, non ?).
À partir de cette période, les intervenants sur le marché se sont multipliés, les albums ont commencé à pulluler, et les éditeurs à s’intéresser aux « indépendants » américains. Si bien que TOUT lire est lentement devenu impossible, mais « notre » génération (je me reconnais là-dedans) a gardé ce réflexe, cette « ambition », cette ligne d’horizon. Alors même que, dans le même temps, elle sait bien que tout lire mène à des déceptions et commence à faire des choix.

Je crois qu’on est tous, vieux et jeunes lecteurs, en train de chercher des choses et de profiter de cet éventail élargi. Que ce soit continuer à suivre des personnages qu’on aime, ou suivre des scénaristes ou des dessinateurs dont on apprécie le travail. Cette situation est propice à la curiosité.

Après, cela n’empêche pas que l’argument du « trop de bouquins » est valide. Les auteurs s’en plaignent depuis des années (voire des décennies), même si c’est propice à la construction d’une carrière ou, en tout cas, au simple fait de gagner sa vie. Mais il est clair qu’un album n’a aucune visibilité, parce que la place manque pour le mettre en valeur.
Alors oui, la VPC, les commandes en ligne, tout ça, mais encore faut-il être informé, et donc faire partie du public de base. Trop de bouquins (en créa BD, en traduc BD, en littérature blanche ou de genre, whatever…), c’est l’assurance qu’une partie d’entre eux ne trouvera pas son chemin jusqu’à la bibliothèque des lecteurs.
Ceux qui gagnent dans la partie sont les diffuseurs / distributeurs. Qui font de l’argent quand les bouquins partent chez les libraires, repartent chez le stockeur en cas d’invendu, repartent chez le libraire en cas de commande ou de réassort… Et comme certains appartiennent à des éditeurs, ces derniers ont donc tout intérêt à occuper le terrain avec de la quantité et un catalogue large.
Si je veux être cynique une minute, je dirais pour ma part que j’ai l’impression que ce large éventail, s’il offre au lecteur la possibilité de lire d’autre chose, ne profite en définitive qu’aux grosses machines. Les meilleures ventes sont rarement des surprises, mais des confirmations. Pour rester dans le franco-belge, depuis quinze ans les sorties sont plus nombreuses, créant un contexte de plus en plus difficile pour les créations, pour les premiers albums, pour les jeunes auteurs. Et quels sont les grosses machines ? Des séries confirmées (pour ne pas dire patrimoniales), des produits dérivés de séries confirmées, pour ainsi dire des licences (XIII, Thorgal, Spirou, Blake & Mortimer, Astérix…). L’économie de la bande dessinée franco-belge se fait sur ces énormes faiseurs dont bien peu sont des « jeunes produits ». La survie appartient à ces séries devenues des marques. Ça ne rappelle pas la situation des comics, des fois ? Ou encore notre discussion sur les multiplex et la situation du cinéma en salles françaises ?

Jim

Moi personnellement avec un gros budget je n’arrive pas à tout suivre. Il n’y a pas d’achats par défaut. Il y a des coups de coeur de mon libraire que je peux suivre et pas prévue dans ma liste. Mais je prends presque tout en permanence. Les mois les plus léger sont juillet et Aout. Mais a partir de Septembre ça devient dur.

Rien que ce mois-ci ma liste comics lib (ne comprends pas le kiosque et le FB).
Crisis Compagnon : 35€
Evil empire #2 : 15€
Nick Fury intégrale #2 : 29,95€
Spider-Gwen #2 : 14,95€
Über #4 : 17,50€
Ei8ht : 10€
Injustice #6 : 17,50€

et donc comme je te le dis c’est léger en sortie ce mois-ci mais ça fait déjà 140€
Et comme souvent les mois sont plus important j’ai soit du retard soit je fais des choix de pas commencer une série.

et je suis pas le seul. Donc si tous les mois tu dois faire des choix il y a bien une baisse de rentabilité des titres (et je compare pas entre tous maintenant, mais à il y a par exemple 15 ans).

@Jim_Laine & @KabFC : ce que vous dites dans vos messages est tellement étonnant que j’en reste comme 2 ronds de flan : sur le fait d’être informé (en 2016 !!!) sur le choix (« si tous les mois tu dois faire des choix ») :open_mouth: , ou l’ambition de tout acheter (a gardé ce réflexe, cette « ambition »), que je m’imagine tartiner des pages et des pages de messages pour rien, et finalement plomber une discussion sur une nouvelle sortie.

Mais j’avoue que je ne pensais pas qu’on pouvait vouloir tout acheter, ni que faire des choix pouvait relever de quelque chose de rare. :slight_smile:

(Cela dit si vous ouvrez une discussion dans « Libre expression » j’irai vous lire, c’est certain)

Bien sûr.
Selon moi, tout le monde ne va pas en librairie (mais par exemple en supermarché…), tout le monde n’a pas internet (et oui, y en a encore), tout le monde ne fréquente pas les forums…
De sorte que tous les produits n’accèdent pas au grand public, que seuls les plus vendeurs y parviennent, et que la liste se resserre à mesure que le marché se développe.

Là aussi, bien sûr. Pour des raisons budgétaires, mais pas seulement.
Quand j’étais môme, à part quelques franco-belges (Astérix…), j’avais fait le choix de ne lire que des comics. De super-héros. Aujourd’hui, je fais le choix de prendre des intégrales franco-belges afin de refaire ma culture.

Je crois qu’il existe un type de lecteur de comics qui est boulimique. Or, il était possible d’être boulimique en 1985. C’est nettement moins possible aujourd’hui, mais des habitudes de drogué, c’est dur à s’en défaire.
:wink:
Je pense aussi que les habitudes de boulimique, en matière de consommation culturelle, c’est pas rare. En franco-belge, j’en connais, des gens qui achètent par tombereau entier.

Jim

bibliobs.nouvelobs.com/bd/201508 … -lire.html

:mrgreen:

Oui et pour beaucoup de domaine (la série télé) la surproduction est un problème largement évoqué par les différents membres de la production.

Après je pense qu’il faut aussi différencier le contenu du tuyau. Par exemple si on peut constater une production encore impressionnante de film*, le marché du dvd est quand à lui totalement en naufrage.


  • mais là aussi je rejoint Jim. On a eu une grosse production de film mais ce qui reste au bout du compte c’est des succès déjà confirmé. Remake, suite ou adaptations. Les oeuvres originales ou les films de pays autres que la France, l’Angleterre ou les USA ont beaucoup plus de mal à avoir du succès ou à simplement rentrer dans leurs frais