EXPLORERS (Joe Dante)

REALISATEUR

Joe Dante

SCENARISTE

Eric Luke

DISTRIBUTION

Ethan Hawke, River Phoenix, Jason Presson, Robert Picardo, Dick Miller, James Cromwell…

INFOS

Long métrage américain
Genre : science-fiction
Année de production : 1985

Formé à l’“Université Roger Corman”, pour lequel il monta des bandes-annonces au kilomètre avant de réaliser Hollywood Boulevard et Piranhas, Joe Dante a connu son premier grand succès en 1984 avec Gremlins, produit par Steven Spielberg. Suite à cette première expérience réussie avec un grand studio, Joe Dante s’est vu confier le projet Explorers, qui était un temps passé entre les mains de Wolfgang Petersen (c’était juste après L’Histoire sans fin). Le concept a plu à Dante, mais le scénario avait besoin d’être retravaillé. Sur l’insistance des exécutifs de la Paramount, la production commença donc sans un script définitif, Dante ayant révélé par la suite qu’avec le scénariste Eric Luke, ils “improvisaient au fur et à mesure”.

La première partie de Explorers, mélange d’émerveillement et d’innocence, est pour moi la plus réussie…la chronique de trois amis qui tentent d’oublier leur vie de tous les jours (l’école, les petites brutes, les filles qui ne les voient pas, les parents qui ne les comprennent pas…) en construisant quelque chose d’incroyable suite aux rêves étranges qui hantent les nuits de l’un d’entre eux. Le rêveur, c’est Ben (le premier rôle de Ethan Hawke), un fan de S.F. transi d’amour pour la jolie petite blonde assise devant lui à l’école. Son meilleur pote est Wolfgang (le regretté River Phoenix, qui faisait lui aussi ses débuts au cinéma), un petit génie qui est le seul à comprendre les informations placées dans l’esprit de Ben. Le trio est complété par Darren, un gosse un peu amer, au père alcoolique.

Poussés par l’exaltation de l’enfance, les trois gamins vont alors passer toutes leurs nuits à construire un vaisseau spatial, une petite merveille de bric et de broc…et le vol inaugural sera particulièrement mouvementé. Ben, Wolfgang et Darren n’ont pas une idée très claire de ce qu’ils font, mais ils sont poussés par une soif de découverte. Ils explorent leurs rêves avec ce mélange d’incertitude et d’ébahissement propre à l’enfance…

Prochaine étape : l’espace…et c’est là que l’histoire prend un tour complètement différent. Les films de Joe Dante ont toujours été référentiels…les références ne manquent d’ailleurs pas dans la première heure, de façon subtile et savoureuse : les gosses vont à l’école Charles M. Jones (du véritable nom de Chuck Jones, légende de l’animation U.S.), la chambre de Ben et la cave de Wolfgang (qui lui sert de labo) débordent de livres de S.F. et de comics, Ben regarde des classiques des années 50 comme La Guerre des Mondes et Les Survivants de l’Infini à la télé, le héros de la série B cheap projetée au drive-in se nomme Starkiller (d’après le nom original de Luke Skywalker dans Star Wars)…

Le troisième acte pousse cet aspect encore plus loin : les héros rencontrent finalement les extra-terrestres qui ont truffé le cerveau de Ben de données…et ils vont se rendre compte qu’il s’agit d’enfants comme eux, des teenagers insupportables nourris aux émissions terriennes et qui ne s’expriment que par citations et bruitages tirés de cartoons et de classiques du cinéma (et d’imitateurs du Bébête Show de Collaro dans la V.F.)…
J’aime beaucoup les designs des vaisseaux, des machines et des créatures (pour Robert Picardo, l’expérience fut désagréable tant ses costumes étaient inconfortables), mais je trouve tout de même que cette dernière partie perd le charme de la première heure, tire un peu trop en longueur et se vautre dans un humour un peu trop lourdingue et répétitif (malgré deux ou trois répliques amusantes). Bref, Joe Dante n’a pas reproduit ce qu’il a pourtant réussi dans d’autres longs métrages…

Expédiée, la séquence finale n’est pas non plus très convaincante. Pendant le tournage, il y a eu du changement à la tête du studio et les nouveaux responsables ont exigé que le film soit près plus tôt que prévu afin de profiter d’une sortie estivale. Poussé par les délais, Joe Dante fut contraint d’arrêter le montage et de livrer un film qui n’était pas totalement terminé. Des intrigues secondaires passèrent à la trappe et le développement de certains personnages a souffert de cette décision (le personnage joué par le fidèle Dick “Mr Futterman” Miller devait à l’origine réapparaître). Mal distribué, Explorers est sorti le même week-end que le concert humanitaire Live Aid qui fut suivi par 1,5 milliard de personnes dans le monde entier. Le film fit un flop et disparut rapidement des écrans aux Etats-Unis.

Explorers fut redécouvert lors de sa sortie en VHS et a depuis acquis un statut culte, ce dont est reconnaissant Joe Dante…même s’il a toujours regretté la façon dont les choses se sont déroulées. Comme il l’a expliqué dans une interview : “Le problème pour moi est que ce n’est pas le film que je voulais faire. C’est le film que j’ai imaginé jusqu’à un certain point…et ensuite, j’ai du m’arrêter. C’est dur pour moi de le regarder car ce n’est pas vraiment le film que j’avais en tête”.