FEUX DANS LA PLAINE (Kon Ichikawa)

MV5BMDEwY2M0ZjQtYmZkNi00MDY1LWI3NjUtMTdkM2NhZDU1ZTRiXkEyXkFqcGdeQXVyMjI4MjA5MzA@.V1_SY1000_CR0,0,727,1000_AL

REALISATEUR

Kon Ichikawa

SCENARISTE

Natto Wada, d’après le roman de Shohei Ooka

DISTRIBUTION

Eiji Funakoshi, Osamu Takizawa, Mickey Curtis…

INFOS

Long métrage japonais
Genre : drame/guerre
Titre original : Nobi
Année de production : 1959

Hiver 1944, en pleine guerre du Pacifique. Sur l’île de Leyte, aux Phillipines, les troupes américaines ont coupé l’armée japonaise de ses lignes de ravitaillement, la privant alors de tout, nourriture, munitions et la possibilité de se regrouper et d’attendre des renforts. Pour les japonais, la situation est désespérée et les différentes unités sont alors totalement désorganisées.

Ce fait historique est le sujet du roman Nobi (brûlage) de Shohei Ooka, qui a été adapté au cinéma à deux reprises, par Kon Ichikawa (La Harpe de Birmanie) en 1959 et par Shin’ya Tsukamoto (Tetsuo) en 2014.

critique-feux-dans-la-plaine-ichikawa17

Cette désorganisation se ressent dès les premières minutes. Le soldat Tamura (Eiji Fukanoshi) se présente à son officier supérieur dès son retour de l’hôpital pour cause de tuberculose. Son supérieur ne croit pas qu’il est guéri et pour maintenir ce qui reste du moral des troupes, il lui ordonne de retourner à l’hôpital et de se suicider si on lui refuse l’entrée. La caméra va alors suivre le parcours de Tamura, une déambulation hébétée qui va se transformer en véritable descente aux enfers…

Tenant bon face aux demandes d’un studio qui voulait plus d’action (ainsi qu’un film en couleurs), Kon Ichikawa a livré une oeuvre austère, difficile, sur des hommes qui ont perdu leurs repères, retournant progressivement vers l’animalité et la sauvagerie jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’ombre d’eux mêmes. Le rythme est volontairement lent, presque contemplatif, ce qui fait encore plus ressortir l’horreur des scènes-choc lorsqu’elles surviennent, la première étant le bombardement de l’hôpital, les soignants prenant leurs jambes à leur cou, laissant derrière eux les blessés qui ne pourront rien face à la fureur de l’attaque ennemie (ennemi qui reste invisible pendant une grande partie du métrage).

critique-feux-dans-la-plaine-ichikawa18

Le regard las et la silhouette de mort en sursis de Tamura sont les seuls points de repère d’un récit où les corps interchangeables de soldats s’enlisent aussi bien physiquement que moralement. Il n’y a pas de sentimentalisme dans Feux dans la plaine, rien qu’une terrible résignation, une omniprésence de la mort qui s’exprime par des plans glaçants, des visuels saisissants dont la puissance évocatrice trouve toute son efficacité dans le N&B…

Kon Ichikawa se permet tout de même quelques touches d’humour absurdes, pas de celles qui provoquent le rire mais plutôt pour appuyer encore plus le propos, la folie de la situation, cette atmosphère qui prend la forme d’un cauchemar éveillé. Habité par son rôle (jusqu’à en tomber malade parce qu’il ne se nourrissait pas assez), Eiji Fukanoshi livre une troublante composition dans ce voyage au bout de l’enfer douloureux et souvent dérangeant (voir le dernier acte).

Le roman de Shohei Ooka s’appelle « Les Feux » en version française. Je le recommande chaudement. :grinning:
J’avais vu qu’il avait été adapté en film mais je n’avais pas creusé plus. Merci pour toutes les infos.
Je ne sais pas si c’est lié au choix des images mais dans mes souvenirs, une grande partie de l’intrigue se déroulait dans la jungle. Mais c’est peut être ma mémoire qui me joue des tours…

Dans le film aussi…

Ok. C’est juste que sur les photos d’illustration, on ne voit que de la plaine rase et un fond rocheux. C’est pour ça que je me posais la question.

Bon, ça fait un moment que je dois voir ce film de Kon Ichikawa, donc merci pour la piqûre de rappel à la faveur de ton billet, qui me donne encore plus envie de le voir…
J’ajoute que je ne saurais trop recommander le visionnage de la version de 2014 signée Shinya Tsukamoto, absolument soufflante de puissance alors que les moyens à la disposition du cinéaste étaient très limités. Tsukamoto y incarne lui-même le rôle principal, et il est comme d’habitude excellent.