FIGHT CLUB (David Fincher)

Le pitch :

Jack est un employé ce qu’il ya de plus banal. Il a un bon salaire, un bel appart, voyage beaucoup. Mais le souci c’est qu’il est seul. Son seul moyen de rencontrer du monde et de sentir bien c’est de squatter les groupes de thérapie (cancéreux, personnes en fin de vie…).
Mais son existence va prendre une tournure à 180° après sa rencontre avec Tyler Durden, anarchiste, philosophe vivant totalement en marge.
Avec ce dernier, il va fonder le fight club, club de lutte clandestin où il peut enfin se libérer des chaînes de la société. Mais Jack va bientôt être dépassé par sa nouvelle existence.

Mon avis :

Je vais peut être vous étonner mais jusqu’à aujourd’hui je n’avais jamais regardé Fight Club. Assez bizarrement j’étais passé à côté lors de sa sortie au ciné pour je ne sais quelles obscures raisons et je l’avais jusqu’à présent boycotté en dvd et lors de ses passages télés. En effet, tout le monde autour de moi en faisais un tel battage comme le film à voir absolument que, par pur esprit de contradiction (une de mes qualités principale), je m’étais interdit de le regarder.

Et là j’ai craqué, me demandez pas pourquoi car je ne le sais pas moi-même, mais j’ai enfourné (en tout bien tout honneur) Fight Club dans mon lecteur dvd et je l’ai maté du début à la fin !
Et au moment de me mettre à l’écriture de cette critique se pose alors à moi une question. Est-ce que je vais pouvoir le juger en toute objectivité ou alors mes années de rejet pur et dur ainsi que ma mauvaise foi légendaire (élevé au rang de qualité exceptionnelle chez moi) vont me faire le descendre quelque soient ses qualités ?

Bon au final ça donne quoi Fight Club ? Un film culte ? Un film coup de poing ? Un film homo ? Un film couillu ? Un film facho ? Un film à la violence gratuite ? Un putain de défouloir face à une société oppressante ? Un film libertaire ? Un film pessimiste ? Un film optimiste ?
Fight Club c’est tout ça et rien de tout cela à la fois, formule facile, je le reconnais, mais qui à mes yeux résume bien le film. 

Fight Club a-t-il pour but de renvoyer à la gueule le misérabilisme et le consumérisme à deux balles dans lequel nous vivons ? Où alors se fout-il ouvertement de toutes les interprétations intellectuallo-branleuses qu’une partie de la critique a faite pour n’être qu’un film fun ?

C’est sûr qu’en faisant au départ d’Edward Norton la figure du rêve d’une grande majorité d’individu (cadre avec appart sympa, la collection complète ikéa, d’ailleurs combien de vos potes ont de ses putains de meubles aux noms à la con) mais qui n’en apprécie pas la vie, on se dit que Fincher nous fait là une critique acerbe de notre société. Et quand en plus le « Héros « (cette dénomination est elle vraiment appropriée pour ce film) semble prendre en fin son pied dans l’existence c’est en vivant dans un squat, en adoptant un comportement masochiste (se faire latter la gueule par ses potes, ya mieux comme petit plaisir de la vie, non ?) et en faisant du terrorisme sur les symboles de notre société.
Fight Club est donc un hymne à une contre culture.

Et bien là aussi je répondrai que j’en sais rien !
Pourquoi ? A cause du twist final du film.

D’ailleurs je vais faire là une vraie critique sur ce film c’est que ce twist est assez prévisible, au moins autant que celui de 6ème sens. A cause de la relation Edward Norton/Helena Bonham Carter, il est facile de se rendre compte de l’inexistence (enfin seulement dans la tête d’Edward Norton) du personnage de Tyler Durden.
Edward Norton n’est donc pas totalement conscient (actif) dans les actes qu’il commet ! C’est donc son inconscient qui l’a poussé à ce comportement ! Alors on va zappé les implications freudiennes (le Je, le Moi, le Surmoi et toutes ces merdes de psychologie à 2 balles) pour simplement dire que Fincher n’a pas les couilles d’aller au bout de son propos : l’individu ne va pas par lui-même foutre en l’air le système car il n’a pas le courage de le faire.de son propre chef.

Voilà là on vient d’analyser le thème du film et putain le film en lui-même il vaut quoi ?

Et bien c’est un film sympathique même si de multiples petits défauts en atténuent l’impact.

La mise en scène est nerveuse, effet accentué par la présence quasi-permanente d’une voix off interpellant le spectateur, et elle multiplie les effets de style, les séquences chocs, les répliques qui font mouche, bref c’est très rythmé. Le souci c’est que ça dure 2 H 15 et qu’au bout d’un moment ça m’a fatigué. A vouloir trop chercher la séquence/réplique choc j’ai décroché petit à petit, trouvant que ça tournait de plus en plus à vide.

Mais bon on se laisse quand même porter par ce film (je ne dirai pas par l’histoire car si au début on se demande où tout ça nous mène, on se rend assez vite compte que ce n’est qu’un enchainement de séquences et que l’histoire on s’en cogne un peu) et surtout par ses protagonistes. Les personnages décrits sont des freaks modernes superbement interprétés.
Avec ce film je comprends enfin pourquoi les filles mouillent leurs culottes en voyant Brad Pitt ! Avec son corps de statue grecque, ses attitudes et moues provocantes il est le mâle dans toute sa splendeur. Il incarne Tyler Durden, un mec hors du système, qui suit ses propres règles, avec une maestria que jusqu’alors je ne lui connaissais pas. Il démontre qu’il est plus qu’un beau gosse à la façade lisse mais qu’il peut être carrément barge, flippant pouvant provoquer chez le spectateur aussi bien du rejet que de l’attirance en l’espace d’une fraction de seconde.
Edward Norton est lui aussi génial, tour à tour dépassé par les évènements puis en rébellion, schizophrène, lâche ou courageux.

Fight Club est donc un film pétri de qualités (une réalisation nerveuse, un casting irréprochable, un humour noir plutôt corrosif) mais un twist final prévisible, une réalisation parfois nihiliste (Fincher se fait plaisir et rallonge articiellement la durée d’un film qui aurait gagné en impact à être plus court) une volonté de choquer un poil too much amoindrissent à mes yeux sa portée, lui faisant rater ainsi la place de film majeur.

Reste une expérience qui sort de l’ordinaire et qui vaut quad même le coup, la première heure étant de très grande qualité.

Fight Club c’est avant tout un livre qui a été plutôt bien adapté à l’écran. Reste que la réalisation assez nerveuse et les effets spéciaux font parfois passer la forme avant le fond.

Si tu hésites encore dans ton interprétation et que tu as des doutes sur les messages que veut transmettre l’œuvre, je t’invite à lire le livre :wink:

Fight club est un bouquin à l’origine… tiens tiens tiens, ça m’intéresse ça !
J’aime bien comparé les deux supports :slight_smile:

Oui je sais que c’est un roman et ça doit effectivement mieux passer comme ça car la mise en scène clipesque m’a effectivement fatiguée au bout d’un moment

J’adore Fight-Club !
D’ une part parce j’adore Brad Pitt, mais ça ne s’arrete pas là (et heureusement xD)
un superbe casting, un scénario bien ficellé, des petits moments philosophiques
Des répliques cultes (petite sélection) :

*Si j’avais un Cancer, je l’appellerai Marla, la petite écorchure qu’on a sur le palais et qui ne peut cicatriser que si on ne cesse de la lécher… mais on ne peut pas. *

Cette gonzesse n’avait pas de cancer des testicules. C’était une menteuse

La capote c’est le soulier de verre de notre génération, on l’enfile quand on rencontre une inconnue, on danse toute la nuit, et puis on la balance… la capote j’veux dire, pas l’inconnue.

Il y a un adage qui dit qu’on fait toujours du mal à ceux qu’on aime, mais il oublie de dire qu’on aime ceux qui nous font du mal.

C’était de toute beauté. Nous revendions à des femmes riches la graisse qui provenait de leurs fesses.

il s’appelle robert paulson il s’appelle robert paulson il s’appelle robert paulson il s’appelle robert paulson il … bref !

et j’aime beaucoup les films un peu prise de tête avec un personnage un peu schyzo-parano (Vanilla Sky, Shutter Island …?)

Le film a 15 ans aujourd’hui (10 novembre) et :

  1. Ca ne me rajeunit pas,
  2. Quelle claque j’avais prise quand même!

pareil

ter.

Je dis souvent que la politique se pose à notre génération dans un spectre dont les deux bouts sont : fight club et the big lebowsky.

Avec ces deux films et les combinaisons qu’on peut faire à partir d’eux, on a l’entièreté des positions politiques dans lesquelles est prise notre génération.

Le livre est très différent du film sur des points cruciaux et une lecture comparée des deux est très intéressante. J’ai du en parlé quelque part sur le forum.

Signalons également qu’une suite à fight club est prévue en comics par l’auteur du livre au scénario l’année prochaine.

ps : j’aime bien le “alors on va virer les implications freudiennes à deux balles, et alors qu’est ce qui reste du film ?”

j’imagine : alors on va virer les reflexions metaphysique à deux balles de 2001 et qu’est ce qui reste ? Un film un peu long

alors on va virer les reflexions politiques de V for vendetta et alors qu’est ce qui reste ? Une histoire de vengeance un peu basique

Alors on va virer les réflexions les réflexions sur les relations amoureuses de comment je me suis disputé et alors qu’est ce qui reste ? Un fil où ça parle beaucoup.

On peut continuer comme ça longtemps ^^

l’emploi du mot “nihilisme” dans ta critique me semble crucial : Fight Club est un film nihiliste par essence, le nihilisme est son propos principal.

Il part de la vacuité (la petite vie rangée de Norton au départ) pour s’enfoncer toujours un peu plus dans un appétit de destruction qui ne peut combler cette vacuité que de façon transitoire. Il faut que ça craque à un moment donné, et c’est ça, quelque part, le sens du twist.

[quote=“Nikolavitch”]l’emploi du mot “nihilisme” dans ta critique me semble crucial : Fight Club est un film nihiliste par essence, le nihilisme est son propos principal.

Il part de la vacuité (la petite vie rangée de Norton au départ) pour s’enfoncer toujours un peu plus dans un appétit de destruction qui ne peut combler cette vacuité que de façon transitoire. Il faut que ça craque à un moment donné, et c’est ça, quelque part, le sens du twist.[/quote]

Il me semble que la dimension d’echec constitutif de la démarche de jack, comme on le nomme, est beaucoup plus présente dans le livre que dans le film.

On est pas obligé de centrer la lecture du film sur le nihilisme, on peut après tout aussi faire place à l’histoire de la rencontre amoureuse et de ce qu’il faut de détour à Jack pour arriver à supporter son désir pour une femme, mais si on décide de faire du nihilisme la sujet du film, il faut dire alors, il me semble, que le film loin de renvoyer cette position à un echec dévelloppe plutôt l’efficace de cette position lorsqu’elle est assumée.

La scène au jack face à son patron réalise son devoir de façon fort détourné est ici emblématique, outre qu’elle donne des indices prècis sur la nature de tyler “je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à mon premier combat avec tyler”, elle démontre qu’en s’infligeant à soi même la violence que le système t’impose, c’est une libération qui s’en suit, libération qui laisse le système glacé d’effroie de voir son propre fantasme révélé devant ses yeux.

Le nihilisme est donc porteur dans le film “on a frolé la vie”, il est utilisé comme moyen de rendre possible l’action. Travail de la négativité disait hegel.

Dans le livre c’est autre chose.

[quote=“Nikolavitch”]l’emploi du mot “nihilisme” dans ta critique me semble crucial : Fight Club est un film nihiliste par essence, le nihilisme est son propos principal.

Il part de la vacuité (la petite vie rangée de Norton au départ) pour s’enfoncer toujours un peu plus dans un appétit de destruction qui ne peut combler cette vacuité que de façon transitoire. Il faut que ça craque à un moment donné, et c’est ça, quelque part, le sens du twist.[/quote]

Il y avait quelque chose de jouissif qui murmurait: “vous voyez que c’est possible?”.

15 ans? Whaouuuuuu… déja!

[quote=“n.nemo”]
Il me semble que la dimension d’echec constitutif de la démarche de jack, comme on le nomme, est beaucoup plus présente dans le livre que dans le film.

On est pas obligé de centrer la lecture du film sur le nihilisme, on peut après tout aussi faire place à l’histoire de la rencontre amoureuse et de ce qu’il faut de détour à Jack pour arriver à supporter son désir pour une femme, mais si on décide de faire du nihilisme la sujet du film, il faut dire alors, il me semble, que le film loin de renvoyer cette position à un echec dévelloppe plutôt l’efficace de cette position lorsqu’elle est assumée.

La scène au jack face à son patron réalise son devoir de façon fort détourné est ici emblématique, outre qu’elle donne des indices prècis sur la nature de tyler “je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à mon premier combat avec tyler”, elle démontre qu’en s’infligeant à soi même la violence que le système t’impose, c’est une libération qui s’en suit, libération qui laisse le système glacé d’effroie de voir son propre fantasme révélé devant ses yeux.

Le nihilisme est donc porteur dans le film “on a frolé la vie”, il est utilisé comme moyen de rendre possible l’action. Travail de la négativité disait hegel.

Dans le livre c’est autre chose.[/quote]

je ne parlais pas d’échec, hein, je disais juste qu’il fallait que ça craque quelque part. après, le nihilisme assumé peut être porteur d’une liberté absolue. Mais cette liberté absolue a quelque chose de terrifiant, aussi.

Il m’avait semblé que lorsque tu soulignais la vacuité à jamais impossible à remplir, tu pointais quelque échec constitutif à la démarche de Jack.

Liberté absolue et terrifiante ? Possible. Mais sur quoi débouche cette liberté dans fight club le film, si ce n’est un happy end à la walt Disney : “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfant”.

Alors finalement conservateur fight club ?

L’histoire d’amour vient ici nous servir de repère.

De Tristan et Iseut à Roméo et Juliette, les aléas de l’histoire d’amour aboutissent à la réunion des deux amants dans la mort.

L’amour passion que Denis de Rougemont fait remonter aux troubadours vient s’opposer à la vie, au mariage et au monde : leur amour n’était pas de ce monde.

Par remaniement successif dont le passage par le catholicisme qui lui postule la possibilité de l’amour dans la vie et dans le mariage, on arrive peu à peu au Happy end : les amants survivent, mais l’histoire elle finie, amour et monde ne s’opposent pas sauf à la poursuite de l’histoire.

Fight club le film retourne le Happy end hollywoodien en lui réinsufflant l’amour passion. L’amour passion vient toujours de l’extérieur : le philtre, l’amour passion nous emporte, et l’on se délecte de la souffrance de ne plus s’appartenir. Généralement l’amour passion est pleinement narcissique, c’est une image que l’on aime, ici dans fight club, c’est l’inverse, l’amour passion échappe tellement au moi, que Jack ignore totalement son amour pour Marla. Le moi est du coté du quotidien dans fight club quand dans tristan et Iseut le moi est entièrement du coté de l’amour et contre le quotidien.

Mais le final de fight club reste l’anéantissement du moi dans l’amour, la fusion avec l’autre, mais ici le moi etant du coté du quotidien, c’est le quotidien qu’il faut abattre.

Ainsi si le happy end que propose Fight club conjugue bien l’amour et la vie, comme dans tout happy end, il n’en reste pas moins qu’il s’oppose tout de même au mariage soit la sanctification de l’amour dans le monde, et par la même au monde. “Leur amour n’est pas de ce monde” certes, mais plutôt que de mourir pour le vivre comme roméo et juliette ou tristan et iseut, C’est le monde que Jack et Marla préfèrent anéantir pour vivre leur amour.