FINAL INCAL t.1-3 (Alejandro Jodorowsky / José Ladrönn)

Discutez de Final incal

Je l’ai souvent répété, mais je ne suis pas fan du tout de Jodorowsky. Je trouve ses fixettes infantiles (ou adolescentes) et ses thématiques new age complètement crétines. Sans parler de ses métaphores sexuelles lourdingues.
Seulement voilà, il a de super dessinateurs. Et donc, j’ai craqué il y a quelque temps et j’ai pris l’intégrale de Final Incal, dessiné par José Ladrönn.

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Ce dessinateur mexicain, repéré par bien des lecteurs grâce à ses épisodes de Cable écrits par Joe Casey, se situe au croisement de deux influences particulièrement colossales dans le monde de la BD : d’un côté Jack Kirby, de l’autre Moebius. Dessiner une série située dans l’univers de l’Incal lui permet de croiser les deux et d’obtenir un résultat des plus saisissants.

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Final Incal commence en gros là où commence et finit la série fondatrice dessinée par Moebius : John Difool tombe dans le précipice central de Cité-Puits. Mais il est recueilli par un escadron de robfliks qui fouillent dans sa mémoire afin de déterminer s’il est dangereux pour la société. Quand ils découvrent une information cruciale, ils décident de l’abattre. Mais il est sauvé par un insecte géant doué de parole.

Pendant ce temps, la population humaine est contaminée par un virus biophage qui transforme les humains en boue glougloutante. Le président se clone sous forme d’un double métallique afin de continuer son mandat, mais durant l’opération son corps est piraté par une intelligence artificielle disposée à tuer tous les humains.

Quant à John Difool, il se retrouve dans un monde ésotérique où il croise différents doubles de lui-même, et se lance dans un quête afin de se réunir avec son double féminin et de constituer une véritable arme contre les machines diaboliques.

Jodorowsky aborde donc le vieux thème éculé de la lutte entre l’homme et la machine, mais il associe cela à ses vieilles lunes, donc l’androgyne cosmique et ce genre d’âneries. Il nappe l’ensemble de dialogues théâtraux et ampoulés qui, je dois bien l’avouer, ont un charme désuet. Lourdingue, mais désuet. Donc un peu charmant.

Le gros avantage de sa narration, c’est que l’album est très rapide, ça court dans tous les sens, plein d’infos déferlent sur le lecteur, ce qui évite de s’interroger sur la naïveté de gourou du récit. Et puis bon, y a Ladrönn.

Jim

Rajoute un peu de R qui roulent et ça fera encore plus Jodorowsky.

héhé

Jim

On revoit le Méta-Baron et les gémeaux?

Le Méta-Baron est exclu : Jodo préfère lui consacrer une série à lui (il en parle dans le bonus « interview » de l’intégrale éditée pour les 40 Ans). Il est évoqué au détour d’une conversation, dans le tome 2.

Jim

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Le deuxième tome marque un tournant pour John Difool : d’une part il intègre en lui les qualités de ses doubles (la force, l’intelligence, la beauté), et d’autre part il retrouve Louz de Garra, avec qui il forme symboliquement l’androgyne cosmique sur lequel compte le reste de la galaxie afin de lutter contre la peste métallique.

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De plus en plus super-héroïque, le récit s’intéresse aux répercussions géopolitiques de la prise de pouvoir par les robots. On voit donc les grandes puissances galactiques (réunies sur Planète d’Or) tenter d’organiser un plan, et on retrouve aussi d’autres espèces, ainsi que des mutants (et quelques figures connues venues du premier cycle).

Question graphisme, Ladrönn assure comme un chef, ses personnages bougeant souvent avec naturel (çà et là, on sent même l’influence de Buscema). Il y a une séquence assez splendide de lutte entre entités cosmiques, qui canalise toute la démesure kirbyenne de son style. Le rythme reste trépidant, prenant parfois des allures de fuite en avant.

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Le troisième tome, conclusion de la saga, est constitué d’une énorme bataille un peu bordélique (on a l’impression que certains personnages meurent, mais en fait non, ils reviennent), où John Difool semble tenir une importance moindre, au milieu des assauts et des explosions.

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Les grandes puissances cosmiques se rallient pour mettre un terme à la menace mécanique (même si Jodorowsky laisse quelques portes ouvertes, qu’il a peut-être exploitées dans d’autres récits, mais ne comptez pas sur moi pour mener l’enquête), ce qui donne l’occasion de quelques grandes cases de batailles cosmiques, avec des entités colossales et des armées innombrables.

Dans l’ensemble, c’est très sympa, avec une couche de mièvrerie new age comme on en a plein dans tous ses albums, mais ici ça passe assez bien à cause de la profusion de péripéties et du grand nombre de personnages.

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Neuvième livraison de la newsletter Glénat spécial confinement, voici le témoignage d’Alejandro Jodorowsky, qu’on ne présente plus :

LE CONFINEMENT VU PAR Alejandro JODOROWSKY.

Alejandro JODOROWSKY travaille notamment actuellement au tome 3 des FILS D’EL TOPO avec José LADRONN et une intégrale de SANG ROYAL est en préparation.

Pour en savoir plus sur ses séries publiées chez GLÉNAT, cliquez ici.

Jacques GLÉNAT a appelé Alejandro JODOROWSKY pour prendre de ses nouvelles et récupérer des conseils.

- Alors Jodo, comment se passe ton confinement ?
Je suis avec mon épouse Pascale dans mon appartement à Paris, devant la coulée verte, dans le silence propice à mon travail.

J’entends les petits oiseaux.
J’écris une histoire de terreur émotionnelle (pas sanguinolente !) et avec Philippe HAURI nous cherchons un dessinateur. Mais comme je veux le rencontrer avant, ce n’est pas facile en ce moment.

- Et comment vois-tu les prochaines semaines ?
Il n’y a rien à faire contre cette sorte de complot politico-commercial planétaire !
Sinon attendre que ça se passe, avant l’arrivée de la canicule de juin que je redoute plus.
On dit que les vieux ont plus de 70 ans : comme je les ai dépassés depuis longtemps, je ne suis plus vieux !
J’assure ma défense immunitaire, je mange bien, de la nourriture saine, en croquant chaque jour dans des gousses d’ail !

Et un dessin de Ladrönn en prime :

Jim