FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP-GAROU (Roy William Neill)

[quote]REALISATEUR

Roy William Neill

SCENARISTE

Curt Siodmak

DISTRIBUTION

Lon Chaney Jr, Bela Lugosi, Ilona Massey, Patric Knowles, Lionel Atwill, Maria Ouspenskaya, Dwight Frye…

INFOS

Long métrage américain
Genre : fantastique
Titre original : Frankenstein meets the Wolf Man
Année de production : 1943[/quote]

Bien avant le Dark Universe fraîchement annoncé, Universal Pictures avait organisé en 1943 la première rencontre entre deux grands monstres de ses franchises horrifiques dans Frankenstein contre le loup-garou, réalisé par le prolifique Roy William Neill, qui deviendra à partir de la même année le metteur en scène attitré de la longue série des Sherlock Holmes avec Basil Rathbone et Nigel Bruce.
Après des débuts retentissants, qui ont vu se succéder à partir de 1931 les sorties de longs métrages devenus des classiques du genre (Dracula, Frankenstein, La Momie, L’Homme Invisible…) et d’au moins un chef d’oeuvre absolu (le magnifique La Fiancée de Frankenstein de James Whale), la recette a commencé à s’essouffler au rythme de suites reprenant souvent les mêmes formules (Son of Frankenstein, Ghost of Frankenstein, The Invisible Man returns, The Invisible Woman, The Mummy’s Hand, The Mummy’s Tomb…).

Parmi cette production se distingue surtout Le Loup-Garou de George Waggner, sorti en 1941. Pour capitaliser sur le succès du premier film consacré à ce pauvre Larry Talbot, l’homme dont la malédiction (et les chiffres du box-office) l’empêche de mourir (et le dote d’une pilosité prononcée à chaque pleine lune), il fut décidé (au départ sur une blague du scénariste Curt Siodmak) de faire du Loup-Garou la pierre angulaire d’un univers partagé, une suite de crossovers (les premiers du genre) qui ont réunit les monstres classiques : Frankenstein rencontre le Loup-Garou, La Maison de Frankenstein et La Maison de Dracula.

Le scénario de Curt Siodmak est composé de deux parties bien distinctes. La première est la suite directe du Loup-Garou : deux pilleurs de tombes pénètrent dans le caveau des Talbot et profanent la tombe de Larry, qui ressuscite sous l’effet de la pleine lune. Après plusieurs meurtres perpétrés par le lycanthrope, Talbot se retrouve dans un hôpital et il n’a plus qu’une seule idée en tête : trouver le moyen de mourir une bonne fois pour toutes. Larry Talbot est incarné par Lon Chaney Jr, le fils de Lon Chaney, l’illustre Homme aux 1000 visages (L’Inconnu, Le Fantôme de l’Opéra…).
Chaney Jr était un habitué des productions Universal, il fut notamment la créature dans Ghost of Frankenstein, Dracula dans Son of Dracula et la Momie à trois reprises, mais c’est surtout pour le rôle du Loup-Garou qu’il est le plus (re)connu. Il apporte beaucoup de fragilité à un personnage tragique…même s’il a fini au bout de cinq épisodes (en comptant la comédie Deux nigauds contre Frankenstein) et presque autant de résurrections par ressembler à un dépressif chronique…

Après avoir échappé à la surveillance de son docteur, Talbot parcourt l’Europe et retrouve la gitane Maleva (à nouveau interprétée par Maria Ouspenskaya). La vieille femme lui parle d’un docteur qui a découvert les secrets de la vie et de la mort et qui pourrait le libérer de sa malédiction…un certain Frankenstein. Arrivés sur les lieux, Talbot et Maleva doivent faire face à la méfiance des habitants (pas de Frankenstein sans une foule de villageois en colère) et découvrent que le savant est mort dans des circonstances troubles (voir Ghost of Frankenstein)…mais sa créature hante toujours les ruines du château…

Après Boris Karloff et Lon Chaney Jr, le monstre est cette fois personnifié par Bela Lugosi. L’interprète de Dracula fut le premier choix de la Universal en 1931 pour la création de Mary Shelley, mais Lugosi n’était pas intéressé par un rôle muet…qui est finalement revenu à Karloff. Douze ans plus tard, Lugosi ne faisait plus la fine bouche : catalogué, le comédien enchaînait les rôles de méchants dans des productions de plus en plus fauchées et il se contentait de seconds rôles dans les films de la Universal. Sa créature pâlit de la comparaison avec la puissance du jeu de Karloff. À la décharge de Bela Lugosi, plusieurs scènes expliquant que le monstre était devenu aveugle suite aux événements de Ghost of Frankenstein ont été coupées au montage ainsi que tous ses dialogues car le public des projections-test n’était pas convaincu par le très fort accent hongrois de Lugosi. Sans ces passages, les gestes désordonnés du monstre paraissent complètement ridicules.

Bela Lugosi était également très fatigué et à 60 ans, il ne pouvait naturellement assurer les scènes d’action et le combat final contre le Loup-Garou. Il a donc été remplacé par un cascadeur, ce qui explique les différences dans l’aspect physique de la créature pendant ces passages.
Quelques réserves donc, mais dans l’ensemble Frankenstein rencontre le Loup-Garou demeure le meilleur opus de l’univers partagé des grands monstres, notamment grâce à un scénario mieux travaillé que ceux de La Maison de Frankenstein et La Maison de Dracula, une direction artistique de toute beauté et une somptueuse photographie en noir en blanc, macabre et poétique.