FRONTLINE COMBAT t.1-2 (Collectif)

[quote]Frontline combat tome 1
*Auteurs : Jack Davis, Wallace Wood, John Severin, Bill Elder, Harvey Kurtzman
Éditeur : Akileos
Collection : Regard Noir et Blanc
Date de parution : 01 déc. 2011
ISBN-13 : 978-2355740954
Illustration : Noir et blanc
232 pages
Prix : 25,00€

Anthologie de récits de guerre écrits par Harvey Kurtzman et illustrés par des artistes aussi prestigieux que Jack Davis, Wallace Wood, John Severin, Bill Elder ou Harvey Kurtzman lui-même, Frontline Combat a vu son premier numéro publié en juillet 1951, sous le label de l’éditeur indépendant américain Max Gaynes: EC Comics.

Quinze numéros seront publiés jusqu’au mois de janvier 1954. En plus d’histoires contemporaines sur la guerre de Corée et la Seconde Guerre mondiale, ce premier volume de Frontline Combat propose un certain nombre d’histoires se déroulant dans un contexte historique différent, comme la Guerre de Sécession, la Guerre d’indépendance américaine,la guerre de Crimée ou encore la Rome Antique. Un classique de la bande dessinée !*[/quote]

[quote]Frontline combat tome 2
*Auteurs : Jack Davis, Wallace Wood, John Severin, Bill Elder, Harvey Kurtzman
Relié: 208 pages
Editeur : Akileos (17 mai 2013)
Langue : Français
ISBN-10: 2355741204
ISBN-13: 978-2355741203
Prix : 26 euros

Anthologie de récits de guerre écrits par Harvey Kurtzman et illustrés par des artistes aussi prestigieux que Jack Davis, Wallace Wood, John Severin, Bill Elder ou Harvey Kurtzman lui-même, Frontline Combat a vu son premier numéro publié en juillet 1951, sous le label de l’éditeur indépendant américain William Gaines : EC Comics.

Quinze numéros seront publiés jusqu’au mois de janvier 1954.
En plus d’histoires contemporaines sur la guerre de Corée et la Seconde Guerre mondiale, ce second volume de Frontline Combat propose un certain nombre d’histoires se déroulant dans un contexte historique différent, comme la Guerre de Sécession, la Guerre hispano-américaine, les guerres indiennes ou encore le Ier Empire. Un classique de la bande dessinée !*[/quote]

Liens :
Le site de l’éditeur : www.akileos.com
Le blog de l’éditeur : akileos-editions.blogspot.com
La page facebook de l’éditeur : fr-fr.facebook.com/pages/Akileos-Editions

La critique par Jeje-99 est disponible sur le site!

Lire la critique sur Comics Sanctuary

Sur ce dernier point, je crois que c’est lié à la conjoncture. Les histoires de ce tome 2 datent grosso modo de 1953 (le dernier numéro américain étant sorti tout début 1954). Et c’est une période où l’on parle beaucoup de censure. Depuis 1948, les gens bien pensants s’acharnent sur les comic books (les premiers autodafés de comics datent de cette période). Wertham commence à avoir une popularité certaine et l’écoute qui va avec. Et 1953, c’est aussi l’année de l’ouverture des auditions de la commission Kefauver qui s’intéresse à la délinquence juvénile. Cette commission ne s’intéressera à la BD que l’année suivante, mais je gage que les éditeurs sentent un peu le vent du boulet, déjà.
Stan Lee et Joe Maneely réalisent "The Raving Maniac, un récit de quatre pages publié dans Menace #29 d’avril 1953 (ce qui veut dire qu’ils l’ont fait vers fin 1952) fustigeant le comportement dangereux de Wertham et de ses pareils. Donc on peut affirmer que les inquiétudes remontent à loin.
Qui plus est, il me semble que George Evans, dans l’une des préfaces des anthologies de la collection Xanadu, avait raconté que Bill Gaines était effondré par la commission Kefauver bien avant l’édification de la Comics Code Authority (rédigée fin 1954 pour une application début 1955), texte qui allait régimenter et donc édulcorer (pour ne pas dire châtrer) le contenu des comics à partir de là*. Et Gaines était effondré au point qu’il a décidé d’arrêter plein de titres pour en créer d’autres. D’après Evans, les gars autour de lui pensaient que le contexte s’adoucirait et lui conseillait de ne rien en faire, mais Gaines aurait dit “ils disent que nos comics font du mal aux enfants, et moi je ne veux pas faire du mal aux enfants”. L’arrêt de certains titres aurait donc été décidé par Gaines lui-même dans un élan d’inquiétude.
Cet élan d’inquiétude n’est peut-être pas soudain, c’est peut-être le résultat d’un long stress et d’une observation angoissée du marché depuis des mois voire des années. Il est connu que Gaines souffrait d’insomnies et était sous médicaments (d’où sa prestation faiblarde devant la commission). Donc on peut légitimement imaginer également que ces inquiétudes aient transparu dans le contenu des comic books publiés en 1953-1954. D’où une certaine édulcoration.

Jim

*Chose ironique, les EC Comics n’étaient certes pas les plus violents ni les plus gores. Dans Seduction of the Innocent, Wertham en cite un exemple, mais extirpe plein d’exemples, détournés de leur contexte, en provenance de plein d’autres éditeurs. Une partie de l’acharnement contre EC vient également du fait que c’était un repaire de libres penseurs, qui pointaient du doigt le racisme ou les travers d’un patriotisme inepte. Ça flaire davantage le politique qu’autre chose, au final…

Ah, j’ai commandé le premier tome, il est arrivé quand je finissais de lire le premier recueil des Two-Fisted Tales, donc tout s’enchaîne à merveille.
Donc, c’est le règne de Kurtzman, qui traite de différents conflits (les deux guerres mondiales, la guerre de Corée qui arrive dans l’actualité…), soutenu par des dessinateurs de premier ordre (je ne me lasse pas de Jack Davis, pour ma part…). Il livre en général des récits sans concession, avec des personnages accrochés à leurs illusions mais broyées par la machine infernale. Kurtzman dans sa mise en scène confronte le soldat américain au soldat ennemi : c’est moins franc que dans Two-Fisted Tales, où il ose carrément mettre l’ennemi, civil ou militaire, au centre de la scène, mais c’est déjà une rupture avec des habitudes de l’époque. Ici, l’histoire la plus forte que j’ai lu pour l’instant, c’est “l’Heure h”, qui rappellera un moment fort de La Canonnière du Yang-Tse. En revanche, Kurtzman n’est pas exempt de fautes de goût. Le récit “Contact”, qu’il dessine lui-même, arbore un ton assez patriotique et chauvin, qui tranche nettement avec le reste du sommaire, et qui affiche une vision assez bas du front de la puissance de feu américaine. L’ironie, s’il y en a une, ne transparaît aucunement. Est-ce la faute de la traduction ? Il faudrait que j’aille vérifier.
À propos de traduction, je trouve le boulot correct, mais sans plus. La version française colle bien trop à la version d’origine, presque mot à mot, occasionnant des lourdeurs, des répétitions, des anglicismes et des impropriétés. Traduire “canopy” par “canopée” et non “verrière” voire “cockpit” (relevé dans Two-Fisted Tales), ou “he wants very badly” par “il veut de très mauvaise manière” au lieu de “il insiste lourdement” (relevé ici) relève de la faute de débutant.
Je n’insisterai pas sur le lettrage, propre et net, mais un peu au minimum syndical (ce qui est dommage : les EC Comics avaient un lettrage raide, mais avec une forte personnalité, qui ne transparaît ici aucunement).
Ces deux petits détails (qui, hélas, pour la BD franco-belge, ne sont que ça, des détails : l’édition BD dans notre pays semble volontairement méconnaître l’importance du lettrage) gâchent un peu une édition raisonnée qui a pourtant pour elle toutes les qualités : excellente reliure, très belle couverture, papier agréable, présentation chronologique et intégrale. C’est d’ailleurs la grande force de cette édition, remettre dans le contexte une œuvre qui bénéficie d’une aura exceptionnelle en France, et que l’on peut redécouvrir aujourd’hui avec ses qualités évidentes et ses quelques défauts. De quoi regarder avec un œil neuf une idole, à défaut de la descendre de son piédestal.
Bon, je retourne lire la suite, parce que, malgré les petites pétouilles, je ne m’en lasse pas.

Jim