GRANT MORRISON : (R)ÉVOLUTIONS (Yann Graf)

[quote]Grant Morrison : ®évolutions, « la bibliothèque des miroirs — BD », volume 6
*Auteur : Yann Graf
ISBN 978-2-86183-055-7 | broché, 17 x 21 cm, 228 pages, paru le 19 mai 2011 | prix 23.40 €

Le scénariste écossais Grant Morrison est devenu l’une des figures les plus importantes du comic-book contemporain mais également de la pop-culture multimédia. Depuis trente ans, il alterne projets personnels (Zenith, les Invisibles ou We3), redéfinition de personnages et concepts obscurs (Animal Man, Doom Patrol, les Seven Soldiers of Victory) et reprises de franchises lucratives (New X-Men, All-Star Superman et aujourd’hui, Batman).

Entre créations propres et œuvres de contrebandier, Morrison n’a pas tranché, préférant développer ses thèmes en harmonie et jongler avec les approches et les points de vue, allant jusqu’à confronter ses séries entre elles. Cherchant constamment à se renouveler, il donne à penser sur le conditionnement des individus, la nature de la création et la fin des idéologies. Si son œuvre est si propice à l’analyse c’est qu’elle est issue d’interrogations sur sa propre industrie et, au-delà, d’un questionnement universel sur la place de l’Homme moderne dans la société du spectacle. Cette monographie en propose à la fois un voyage biographique (séries complètes et projets avortés) et un parcours thématique et formel.*[/quote]

Liens :
Le site de l’éditeur : www.moutons-electriques.fr
Le blog de l’éditeur : blog.moutons-electriques.fr

Cet ouvrage est certainement celui que j’attendais le plus en 2011. Forcément, il traite de Grant MORRISON, un auteur à la production aussi fertile que complexe, et la perspective de voir tout cela décortiqué par Yann GRAF, dans la veine de son analyse du Batman du même auteur sur l’ancienne version de www.superpouvoir.com, ne pouvait que m’enchanter.

Et le bilan de ma lecture est malheureusement en demi-teinte… pourquoi ? Parce que si j’ai trouvé l’ouvrage très bien fait, bien écrit, et littéralement passionnant, il se trouve également que j’en attendais encore plus. Je connaissais sans doute déjà trop bien l’auteur pour que ça me satisfasse pleinement. Voilà, tout ça pour dire que je veux un volume 2 et d’autres même :wink:

Oui, j’ai trouvé le bouquin génial. Mais pour un sujet aussi passionnant, on en veut forcément plus :wink:

Je suis assez d’accord.
Peut-être que le livre est plus “efficace” sur un lecteur qui connaîtrait un peu Morrison et voudrait creuser la question, que sur les die-hard fans.

Je trouve également que le livre est un peu déséquilibré, avec une partie rétrospective de la carrière de l’écossais un poil trop longue (mais très complète voire exhaustive du coup), et une partie analytique un peu légère du coup (ce qui peut engendrer de la frustration vu la richesse des travaux évoqués).

Ca reste de l’excellent travail, soyons clair.

Il ne faut pas oublier qu’un article rédigé à destination d’un forum d’amateurs voire de connaisseurs n’a pas le même public qu’un livre qui est de surcroit le premier ouvrage français consacré à Grant Morrison, qui doit présenté et recontextualisé le travail du scénariste pour un lectorat français qui n’aurait potentiellement jamais lu un de ses comic books. Or, en France, Grant Morrison, bien que connu au moins de nom par les lecteurs de comics, reste assez peu publié: la majeure partie de sa production des années 1990, qui contient quelques unes de ses plus grandes séries ayant fait sa renommée outre-atlantique comme Animal Man, Doom Patrol… reste encore inédite chez nous (les Invisibles n’ayant été publié que partiellement). C’est essentiellement au travers de sa production DC et Marvel des années 2000 qu’il a été publié, principalement en kiosque, et via quelques one shots et maxi-séries en librairie comme Seven Soldiers, The Filth, Kill your boyfriend ou WE3 par exemple.

Donc c’était quand même essentiel de présenter en détail la partie biographie du scénariste, pour resituer ses influences et ses idées au travers d’encarts consacrés à ses travaux en parallèle de son parcours chez les éditeurs et sa célébrité grandissante. Et je ne pense pas que cette partie soit trop dominante par rapport la partie analyse des thématiques de l’auteur: les deux parties se répondent, et les clés livrées dans la seconde permettent aussi d’approfondir les pistes d’analyses disséminées dans les présentations de séries présentes dans la première partie.

De ce point de vue, je pense que le livre remplit parfaitement son contrat, sans compter que ce n’était pas forcément évident sur un nombre de pages restreint au regard du sujet (c’est plus de trois décennies de travaux et d’idées complexes qu’il fallait réussir à synthétiser et présenter à un public néophyte).

Le seul reproche que j’avais formulé sur l’ancienne version du site, c’est que les encarts consacrés aux travaux les plus récents du scénariste chez DC comme Batman ou Seven Soldiers ne contiennent pas de pistes d’analyses aussi marquées que sur Animal Man (qui représente le syncrétisme entre le grim and gritty de l’époque et le silver age de Gardner Fox avec Flash) ou d’autres séries. J’avais aussi regretté le fait que Yann ne tranche pas vraiment sur le statut de Final Crisis. Quelques bémols qui ne ternissent pas l’excellente tenue du livre.

De ce point de vue, bien entendu. Et ce que soulignait Photonik quand il disait que le livre s’adressait moins à un public de die-hard fan… ce qui est tout à fait logique de toutes façons. Mais ce qui explique aussi la frustration que l’on a pu ressentir… le livre est génial, on l’a déjà dit, mais il n’empêche qu’on en voulait encore :smiley:

Excellent bouquin, bien écrit et tout et tout. Seul bémol : batman et final crisis pas assez développés pour moi !

J’ai acheté ce bouquin samedi, j’en suis à la moitié, je m’éclate. Un très bon bouquin, à lire avec les analyses géniales sur le run de batman que l’on trouvait sur l’ancien forum. J’aimerais beaucoup que l’on retrouve ces articles.

[quote=“Zeid”]

Pour ma part, c’est le MORRISON que j’ai trouvé le plus faible… bien entendu, c’est relatif, car je l’ai pourtant trouvé vraiment bien, mais j’ai regretté de trouver une partie analytique aussi courte; après, cet avis est orienté par le fait que je suis très fan de l’auteur et que je n’en ai clairement pas eu assez. [/quote]

Oui, un sentiment de trop peu, ça m’arrive aussi…
Ce qui m’est arrivé aussi, sur le Morrison, c’est que l’auteur avait envoyé du son sur le net, en décortiquant les épisodes de Batman, et je m’attendais à aussi lourd. Et en fait, il a saisi l’occasion du bouquin pour changer d’approche. Je le regrette, pour ma part, parce que j’aurais bien aimé avoir sur papier ce qu’il avait fait sur le net, mais s’il avait fait ainsi, il s’en serait trouvé pour critiquer, pour lui reprocher de faire du copier-coller.
Car, c’est bien connu, les lecteurs ne sont jamais contents.
:wink:

Mais pour ma part, j’ai souvent le sentiment de parcourir un magazine ou une revue. Je préfère que les livres que je lis restituent une voix unique (même si l’auteur est pluriel, hein : on peut écrire à quatre ou six mains).
Mais c’est quand même du chipotage, hein.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]

Oui, un sentiment de trop peu, ça m’arrive aussi…
Ce qui m’est arrivé aussi, sur le Morrison, c’est que l’auteur avait envoyé du son sur le net, en décortiquant les épisodes de Batman, et je m’attendais à aussi lourd. [/quote]

Oui bah voilà, je m’attendais à quelque chose plus proche de ce qu’il avait fait sur Batman… et je le regrette d’autant plus que ses analyses de Batou sont perdues dans les limbes.

Oui, peut-être. C’est vrai qu’on a quelque chose de décousu, mais ça n’a pas gêné ma lecture. Moi j’ai bien aimé le fait d’avoir des interview dans le bouquin, même si ça contribue à faire dudit livre un truc qui s’approcherait d’un magazine (et en ce sens, ça ne me dérange pas, je suis assez friand d’interview des auteurs dans le Comic Box ou les Scarce…).

[quote=« Zeid »]

Mais non c’est pas perdu (merci archives.org), j’en profite pour le remettre ici, histoire qu’on puisse le trouver plus facilement :

[quote]
BATMAN PAR MORRISON : Notes de Lecture
La série de posts suivant va s’intéresser au run consacré au personnage de Batman par le scénariste écossais Grant Morrison.

Sous son égide, les titres** Batman, Batman and Robin et Return of Bruce Wayne** ont formé un projet mettant à contribution les lecteurs dans une promotion qui a allié à la fois le meilleur (un bouche-à-oreille fascinant) et le pire (un bordel éditorial).

Proposer le Batman de Morrison à des lecteurs même assidus, c’est déjà se prendre le chou sur le guide de lecture : entre les éléments provenant d’anciens épisodes du personnage, ceux du créateur, ceux disséminés des mini-séries annexes et les moments-clés calés au sein de cross-overs, le chemin est particulièrement sinueux.

C’est pourquoi les annotations commenceront pas un post de préambule rappelant où en est le personnage et l’oeuvre de Grant Morrison lors de son arrivée sur la série.

On peut toutefois donner un guide de lecture :

_ Batman and Son (Batman # 655-658 & 663-666)

_ Batman : The Black Casebook (Batman # 667-669 & 672-675)

_ La Resurrection de Ra’s Al Ghul (Batman # 670 -671)

_** 52** tomes 3 et 4 (# 30 & 47)

_ Batman R.I.P. (Batman # 676-683)

_ Final Crisis

_ Batman & Robin : Batman Reborn (Batman & Robin # 1-6)

La suite est disponible en simples épisodes dans les séries Batman & Robin et Batman : The Return of Bruce Wayne.

Pour résumer : le cycle de Batman par Morrison présente le plus grand défi de Bruce Wayne, Batman qui après avoir rencontré son fils caché, affronte un conglomérat d’ennemis mystérieux réunis sous la houlette du « Black Glove ».

Après avoir été « tué » par Darkseid, Bruce Wayne se retrouve projeté dans le temps et amnésique. C’est Dick Grayson, son ancien partenaire qui le remplace aidé par le fils de Bruce, Damian Wayne.

Comme de bien entendu, les posts gâcheront pas mal de surprises mais pourront éclairer certains points et références.

Grant Morrison débarque sur le titre **Batman **avec le n° 655 (daté de septembre 2006) mais son travail sur le personnage a débuté il y a plus de vingt ans avec des textes en prose publiés dans les versions anglaises des comics DC et surtout dans le graphic novel Arkham Asylum, dessiné de façon remarquable par Dave McKean.

Considéré à l’époque par Morrison comme un travail de commande avec des perspectives financières et médiatiques avantageuses (l’album est prévu puis reporté pour une sortie conjointe avec le film **Batman **de Tim Burton), il n’en reste pas moins une sorte de manifeste sur sa perspective du personnage.
Dans le cadre d’une prise d’otages à Arkham, Batman va devoir affronter ses ennemis les plus féroces au cours d’un périple qui va remettre en cause sa salubrité mentale. Dans le même esprit, Morrison et McKean ajoutent en fin de récit des comptes-rendus psychanalytiques des protagonistes et offre un survol de type jungien de cet univers. En parallèle Morrison présente la plongée progressive dans la folie de Batman n’y apparait qu’en costume et le trait de McKean donne une impression de bestialité, d’une cape animée de vie, d’un costume douée de vie, image qui sera reprise pour la couverture de Batman R.I.P. par Alex Ross.

Par la suite, et sous l’égide de l’excellent Archie Goodwin, Morrison offre la deuxième mini-série dans la série Legends of the Dark Knight, titre anthologique de grand standing issu dans les années 90 de la deuxième Batmania. Illustré par Klaus Janson, « Gothic » contre l’affrontement de Batman avec Mr Whisper, un prêtre défroqué immortel et tueur en série qu’il rencontra durant son enfance dans un pensionnat privé. Le jeune Bruce Wayne fut d’ailleurs sauvé in extremis par son père, le dr Thomas Wayne, qui le retira de l’institution. On apprend également que Mr Whisper est le serviteur du Diable et que Gotham est une sorte de nouvelle Babylone destiné à accueillir le règne du Malin.

Déjà, au travers de ces productions, Morrison place des motifs et concepts qui réapparaitront au cours de « R.I.P. ». Mais il va les combiner avec une nouvelle approche issue de sa production grand-public suivante. En 1997, Morrison reprend la Ligue de Justice d’Amérique et lui redonne ses lettres de noblesse dans le synthétique J.L.A… Histoires épiques, rythme tonitruant, héros « plus grands que la vie » vont se succéder et être avec le **Stormwatch **de Warren Ellis, l’avant-garde d’une approche des super-héros qui va aller jusqu’à dominer les comics des années 2000.

Morrison prétend à l’époque renouer avec un sens du merveilleux absent du monde des comics et dont le **Flash **de son ami Mark Waid est un des rares étendards. Se référant à John Broome (le scénariste de Flash et Green Lantern dans les années 50 et 60 mais également de quelques aventures du « Batman New Look »), Morrison revient à cette tradition de concepts fantaisistes (dimensions parallèles, infiniment grand et infiniment petit, voyages dans le temps) s’enchaînant sans crier gare, la caractérisation allant à l’encontre du « soap » répandu depuis les X-Men de Chris Claremont et s’intégrant au sein de l’action et non dans les temps morts.

Au milieu de ce déferlement de péripéties, Morrison trouve le temps de dépeindre un Batman incroyablement efficace, sauvant constamment la mise à ses partenaires et révélé assez vite comme le plus dangereux de tous. Cette définition sera reprise dans le dessin animé produit par Bruce Timm et conciliera la représentation très sérieuse du personnage dirigée par Denny O’Neil depuis 1986, et des aspects plus délurés des comics DC. En effet, Morrison tend à aller à l’encontre de certaines directives de la maison d’édition : ne pas envoyer Batman dans l’espace, ne pas faire référence à la période des années 50, quand, castré par la censure, le héros rencontrait des versions déformées, des aliens bizarroïdes ou crapahuter dans le passé comme dans le futur avec Robin et Superman.
Dans la **JLA **de Morrison, Batman visite des terres opposées (Terre 2), combat des doubles maléfiques (Prometheus) et rêve d’un monde où Tim Drake fait équipe avec son fils, Bruce Jr en tant que Batman II et Robin II, coup de chapeau aux scénarios de Bill Finger de ces années folles.

Cette approche sera encore plus directe dans sa courte reprise du titre : JLA Classified 1 à 3 (janvier à mars 2005) qui présente la propre soucoupe volante du héros, qui en profite pour faire équipe avec The Squire, la Robin-ette de The Knight, son homologue anglais. Morrison reprend ici le principe des « Batmen de toutes les nations »de Ed Hamilton et il est à noter que ces deux personnages sont déjà apparus en coup de vent dans une saga de la **JLA **: The Knight et the Squire faisant partie des surhommes de Superbia, la cité flottante qui est créée à la fin de l’arc des Ultra-Marines (**JLA **26, février 1999).

C’est avec cette idée de grand écart entre le sombre justicier des années 80 et 90 et celui plus souriant et psychédélique des années 50 et 60 que Grant Morrison entame son run non sans semer en parallèle quelques pistes dans les numéros 30 (janvier 2007) et 47 (mai 2007) de l’hebdomadaire concept 52 qu’il coécrit avec Mark Waid, Geoff Johns et Greg Rucka. Ce dernier n’est que trop heureux de cosigner les épisodes mettant en scène la rédemption de Bruce Wayne et sa pratique du Thögal, puisqu’il avoue dans les commentaires fournis dans les TPB que cette idée de replacer Bruce Wayne au centre de l’équation et de fait, de ré-humaniser le personnage a longtemps été discutée lors de sa prestation de scénariste de Detective Comics au début des années 2000, puis abandonnée suite à un changement de responsable éditorial.

Depuis le départ de Denny O’Neil, Batman semble en effet un peu orphelin : les sagas se suivent et se ressemblent, confrontant toujours le héros à son serment mais le conservant dans une posture monolithique et obsessionnel qui le rend de plus en plus antipathique : Bruce Wayne, murderer/fugitive, **Hush **et les War Games/War Crimes achèvent le portrait d’un surhomme paranoïaque aux limites de la schizophrénie et à la moralité à géométrie variable.

A la description devenue mythique de Frank Miller s’est ajoutée celle toute autant pillée de Mark Waid dans l’arc de la **JLA **: « Tower of Babel » (n°s 43 à 46, juillet à octobre 2000) qui établit que Batman tient des protocoles de neutralisation à l’encontre de ses propres coéquipiers. Les responsables éditoriaux ne comprenant pas ou comprenant mal que Waid cherche à déboulonner une icône qu’il n’apprécie pas ou plus, vont calquer le caractère du héros sur cette redéfinition dans la décennie suivante. Le comble étant atteint avec le « projet O.M.A.C » qui place Batman en émule de Big Brother.
Les implications fascistes du « protecteur de Gotham » autoproclamé étant manipulées avec plus ou moins de bonheur dans ces projets, l’autre marotte des scénaristes sera la dépression nerveuse et le spleen étalé dans de déprimants monologues ou blocs narratifs évoquant le mal être urbain et le poids de la culpabilité qui ronge le héros suite à sa vie tourmentée.

Derniers scénaristes en date, avant l’arrivée de Grant Morrison, Judd Winick, David Lapham ou A.J. Liebermann se sont tour à tour vautrés dans une espèce d’apogée du grim’n gritty, baroud d’honneur pour les intrigues rebattues du fantôme de Jason Todd, de la corruption suintante de Gotham et de la tentation pour le Caped Crusader de buter le Joker. Comme pour bien marquer son territoire, Morrison adressera dès les premières pages de Batman and Son, un pied de nez à ce dernier « marronnier » puisque l’on y voit le Joker prendre en otages des enfants handicapés avant d’être abattu à bout portant par un Batman ensanglanté.[/quote]

[quote]Batman # 655-658 : Batman and Son (dessins de Andy Kubert) : That 70s Show

Batman and son s’ouvre sur un épisode dont le titre est en soi une indication du projet de Morrison : à savoir « Building a better batmobile », une recréation du personnage, une reconstruction.

Pour se faire l’épisode débute sur quelques pages faisant figure de prologue : le Joker tient en otage des enfants et manque de tuer le Commissaire Gordon après l’avoir aspergé de son gaz hilarant. La 1e page montre la chute de Gordon du haut de l’immeuble : on suit les lunettes de Gordon qui tombent en rythme avec leur propriétaire. Morrison implique déjà que c’est la vision subjective du lecteur qui va être sollicité.

On retrouve sur le toit le Joker et un Batman ensanglanté, visiblement battu par son ennemi avec une barre à mines : cet acte fait référence au meurtre de Jason Todd (le second Robin officiel) par ce même Joker. L’arc en question, « A death in the Family » (**Batman **n°s 426-429, décembre 1988 à janvier 1989 de Jim Starlin et Jim Aparo) a lancé la grande vague urbaine et paranoïaque du personnage de la fin des années 80 aux années 2000. Morrison marque son détachement par rapport à cette version et son besoin de renouveau en recréant la scène avec un Batman de substitution.

Le Batman est en effet un imposteur, un policier déguisé qui tire sur le Joker avec une arme à feu tandis que le vrai Caped Crusader arrive sur les lieux. Le faux Batman agit comme le voulait une certaine frange du lectorat du comic-book dans les années 90, ce qui poussa Denny O’Neil , suite à une idée de Peter Milligan (collègue de Morrison), à remplacer momentanément Bruce Wayne par l’assassin radical Jean-Paul Valley. Morrison (saga Knightfall de 1993 à 1995) reprend le concept du remplaçant et va le pousser à bout en montrant le désir de nombreux personnages annexes de devenir Batman, faisant ainsi écho au fantasme du lecteur et à l’attrait pour un héros des plus populaires.

La scène se finit par Batman jetant dans une poubelle le Joker défiguré, évoquant l’aspect grim’n gritty de leur relation. Dans le décor, on aperçoit les premiers graffitis « Zur-En-Arrh » qui vont avoir leur importance. Une carte enflammée du Joker tombe au sol : le motif du jeu va être également démultiplié au gré du run : du jeu de société aux jeux vidéos en passant par le jeu de rôle.

Pour terminer ce prologue, Batman retrouve Gordon convalescent qui se remet de son exposition au gaz du Joker : on apprend que celui-ci est le dernier malfrat a avoir été capturé par Batman dans une espèce de guerre-éclair contre la super-pègre.
Les dialogues sont à l’unisson : Gordon déclare « Tout le monde devrait se décoincer » (« Lighten’up ») en s’adressant au lecteur. De nombreuses cases vont ainsi jouer, comme à l’habitude chez Morrison, sur le regard y/y (yeux à yeux) des personnages au lecteur. Cette technique permet à Morrison de créer un lien de double-sens dans ses dialogues et de jouer sur la théâtralité des codes du comic-book : le spectacle du combat éternel entre le Bien et le Mal sera donc au centre du propos. Il perce consciencieusement des trous entre les personnages et les spectateurs à travers ce qu’on appelle le « 4e mur ».

La réplique finale est adressée par un Gordon dont le visage mi-hystérique / mi-apaisé est un écho à Double-Face, l’ennemi de Batman : comme pour les imitateurs de Batman, Morrison va beaucoup jouer au long de son run sur les rapports et les plagiats assumés entre les ennemis et autres composantes de l’univers du héros. Le but est de mélanger les signes, donner à penser en jouant aux associations d’idées et parfois voir si des rapports plus esthétiques qu’historiques sont possibles entre les différentes créations ou les différents évènements qui sous-tendent les aventures de Batman.

De la même manière le combat de début entre le Joker et l’imposteur comportait une réplique du Joker : « J’adore te manipuler … tu n’as jamais pris un trip d’acide ?» (en rapport à la fois à la drogue et aux armes chimiques du Joker) : l’élimination d’un ennemi juré qui va en réalité manipuler les évènements dans le dos du héros est une astuce déjà employée par Morrison. Ainsi, dans New X-Men, Magneto mourrait dès son premier épisode, laissant la place à d’autres adversaires moins attendus voire inédits, avant de faire son grand retour. C’est une bonne méthode qui permet à la fois d’éviter l’omniprésence de personnages trop exposés tout en affirmant leur statut de nemesis suprême.

Après ce prologue et cette première rencontre avec un double foireux, Batman est enjoint par Alfred à prendre des vacances, alors qu’il travaille sur ses équipements. Alfred va être l’un des personnages les plus importants du run de Morrison, jouant à la fois les rôles du confident et du mentor auprès de Bruce. Comme pour Batman, Morrison va rappeler les origines du personnage : à la fois détective amateur (sa passion pour les romans policiers), et ancien acteur de théâtre. C’est d’ailleurs sur ce point qu’il convainc Batman à renouer avec Bruce en prenant des vacances. La distinction Batman/Bruce, le questionnement de la véritable identité du personnage sera un enjeu du run. Et quoi de mieux pour l’interroger que de confronter Batman à sa descendance. Alors qu’il vient tout juste d’adopter Tim Drake (3e Robin officiel), il va faire connaissance avec sa progéniture : Damian Wayne, héritier des Al Ghul.

Le voyage à Londres de Bruce Wayne va être l’occasion pour Morrison de rendre hommage aux années 70 et à l’âge de Bronze du héros. Morrison va en effet dans ce premier arc faire se croiser plusieurs créations de cette époque glorieuse.

Tout d’abord, Talia Al Ghul, que Batman rencontra dans « In the Den of Death-Dealers » (Denny O’Neil et Bob Brown, Detective Comics n°411, mai 1971), avant d’affronter son père, Ra’s Al Ghul dans le mythique « Daughter of the Demon » (O’Neil et Neal Adams, **Batman **n°232, juin 1971) : Ra’s dirigeait la Ligue des assassins, une organisation terroriste qui, à sa mort présumée (enfin… une d’entre elles) est revenue à ses deux filles, Talia et Nyssa (Batman : Death and the Maidens, 2004). Cette dernière est morte dans les premiers numéros de l’excellent run de Robin par Adam Beechen (**Robin **n° 148, mai 2006) sous demande des editors : ce qui permit à Morrison d’avoir les coudées franches avec Talia.

Man-Bat : Kirk Langstrom, un scientifique, admirateur du héros qui met au point une potion qui le transforme en véritable homme-chauve souris, est également de la partie, ainsi que sa femme Francine. Les deux personnages sont apparus respectivement dans « Challenge of the Man-Bat » (‘Tec n°400, juin 1970) et « Man or Bat » (‘Tec n°402, août 1970) tous deux réalisés par Frank Robbins et Neal Adams. Le sérum est ici utilisé par Talia pour créer des Man-bats ninjas… des « ninjats » ?

The Spook : est apparu dans « The Spook that stalked Batman » de Robbins et Irv Novick (‘Tec n°434, avril 1974). Ce bandit s’inspirait des exploits d’Houdini, le maître de l’évasion et utilisait des trompe-l’oeil et autres tours de magie. Il revient ici pour sa dernière apparition, puisqu’il est décapité par Damian (une info faisant état de décapitation est déjà évoquée par Gordon dans le premier épisode).

Damian est tout un poème : c’est également une des deux créations de Grant Morrison dans cet arc. Damian Al Ghul nous est présenté comme le fils de Batman et Talia bien que la nature exacte de cette « procréation » soit floue comme on le voit dans le n°666. Tel qu’introduit, Damian serait le fruit de l’union de Talia et d’un Batman drogué. L’aventure à laquelle fait référence Talia est un mélange de deux épisodes : « I now pronounce you Batman and Wife » (de O’Neil et Michael Golden, DC Special Series n°15, juin 1978) et le Graphic Novel Son of the Demon de Mike W. Barr et Jerry Bingham.

Dans le premier Batman est effectivement drogué et se réveille marié à Talia, dans le second, il accepte pour un temps l’offre souvent répété auparavant de Ra’s Al Ghul de devenir son héritier et de diriger son organisation. Au cours de cette période, il consomme enfin le mariage et Talia se retrouve enceinte. Dans un final assez lugubre, cette dernière, blessée, feint d’avoir subi une fausse couche et délègue leur fils, nouveau-né à un orphelinat.

Bien que Denny O’Neil est souvent considéré cette histoire comme hors-continuité, ce n’est pas la première fois que le fils de Talia et Bruce réapparait. Dans The Kingdom Come de Mark Waid et Alex Ross (1996), on découvre Ibn Al Xu’ffasch dont les traits et le nom (littéralement, « le fils de la chauve-souris ») laissent peu de doute à l’imagination. Mark waid reprend d’ailleurs le personnage dans un one-shot, **The Kingdom : Son of the Bat **(février 1999), dans lequel on apprend qu’il est l’amant de Nightstar, la fille de Nightwing (donc du 1er Robin officiel, Dick Grayson !) et Starfire des New Teen Titans.

Mais c’est à une autre création de Waid, que l’infernal Damian renvoie : Bart Allen dit Impulse, le petit-fils de Flash (Barry Allen) partage avec lui un caractère de cochon, le fait d’avoir été élevé à l’extérieur du monde (dans la Ligue des Assassins pour Damian et dans un monde virtuel au 30e siècle pour Bart), et une propension à vouloir griller les étapes. C’est d’ailleurs ce qui arrive quand Damian enfermé au manoir Wayne décide de sortir, déguisé en Robin, en agressant sur son passage Tim Drake et Alfred. C’est un principe du comic-book qui est alors mis à l’épreuve : à savoir qui fait le héros ? Le costume ou le personnage ? Morrison est moins tranché que d’autres et jouera tout au long du run avec l’idée que les costumes, masques, symboles ou gadgets dont se parent les héros sont également empreints de leur personnalité et dès lors permet de transmettre des valeurs, des dons, des malédictions.

Le parcours de Damian dans Batman and Son est à ce titre révélateur puisqu’une fois en combinaison de Robin, Damian agit comme le Boy Wonder et en vient à se révolter contre sa mère. La présence de Damian est également l’occasion pour Morrison de remettre en cause l’univers de Batman : à savoir les liens ténus entre la réalité et la fiction : à peine arrivé dans la batcave, Bruce rappelle à Damian qu’ils sont dans le « monde réel » en comparaison avec l’éducation en exil de son fils, mais également comme une autocritique de l’univers diégétique dans lequel ils vivent. De la même manière la composition des planches et des cases contient une mise en relief de certains thèmes comme le double ou la paternité / l’héritage… donc la reproduction. Il suffit de voir les cases enchainées sur les regards de Bruce et Damian dans le final du premier épisode ou la première remarque de Damian « Père, je vous imaginais plus grand ».

La reproduction dans l’art est une des grandes idées qu’exploite Grant Morrison dans ses reprises de super-héros notamment ceux ancestraux de DC Comics. Cette idée provient en partie des théories du XXe siècle sur l’industrialisation dans la production artistique qui apporte l’idée de la production de masse donc la production en masse (et dont le comic-book est une des inventions les plus remarquables). Il s’agit parfois, comme avec l’Ecole de Francfort (par exemple le musicologue Theodore Adorno) de critiquer violemment cette façon de produire à la chaîne du divertissement et de la relier avec la domination fasciste en Europe dans les années 30. Produire en masse par la reproduction, c’est amoindrir l’œuvre de départ, c’est la vider de tout son discours et la rendre immédiatement consommable et ce faisant engendrer par la suite toute une production jetable destiné à asservir l’individu et non plus à l’élever par la pensée, la réflexion etc…

Cette vision jusqu’au-boutiste a également nourri le psychologue Frederick Wertham dans les années 40 et 50 quant à sa violente critique des comic-books (et dont Batman était l’une des cibles préférées). Mais elle a également nourri la version d’Herbert Marcuse, théoricien de la contestation dans les années 60 et notamment aux moments des évènements de 1968. Sa théorie explique que tout discours contestataire est fatalement absorbé par le discours dominant qui l’assimile et les réutilise afin de mieux contrôler les individus.

Dans un ouvrage de 1998,** Lipstick Traces, une histoire secrète du vingtième siècle**, Greil Marcus tend un fil conducteur entre ces courants de pensée, la contestation dadaïste du début du XXe siècle, les situationnistes et la critique de la société du spectacle par Guy Debord aux mods puis au mouvement punk d’où provient, en partie, la BD anglaise dont Morrison était l’un des plus brillants porte-drapeaux dans les années 80.

Morrison remet ainsi à plat les différents points de vue sur l’art et la culture, les mêle et les fait discourir au sein même du comic-book. Auparavant, il a déjà écrit (avec Les Invisibles par exemple) des œuvres recensant et exposant les théories contestataires et révolutionnaires. Son arrivée à la tête de série qualifiée de « mainstream » : JLA,** All-Star Superman** et désormais **Batman **(étendards de la firme DC /Time-Warner), donne à penser sur son rapport à l’art, la culture, la production et la contestation. Mais cette réflexion est, depuis la sortie de sa mini-série The Filth en 2002/2003, moins directement représentée plutôt que distillée au sein de la conception des pages et dialogues.

New X-Men et The Filth ont vu muter le style de Morrison qui a fait se rencontrer le style outrancier et pétaradant de JLA avec celui plus intime et didactique des Invisibles.

Les deux premiers épisodes de son run présentent un combat en pleine exposition d’art contemporain, le deuxième épisode est même intitulé « Man-Bats of London » en référence à la chanson « Werewolves of London ». Morrison fait donc se rencontrer la contestation, la critique du conditionnement (autrefois issue de l’Etat, aujourd’hui des multinationales) et les outils de ce même conditionnement (à savoir une baston superhéroïque entre Batman et des Ninjats). Le décalage provient de ce que les onomatopées du combat ainsi que les ballons de pensée sont dans les tableaux de l’exposition. Ainsi le « Bang ! » du lance-grappins est affiché au mur devant Batman et le troisième ninjat. Quand Batman en vise un autre, un tableau montre une sorte de Mickey Mouse armant son fusil avec la bulle « Juste un peu plus près ! ». Ainsi Bruce Wayne qui fait remarquer qu’il déteste « l’art sans contenu » et s’attarde sur un baquet déversant de la peinture en commentant « Il y a un message là-dedans, si je l’étudie assez longtemps…».

Cette idée a déjà été exploitée par Steve Ditko dans le numéro 2 de Beware the Creeper (juillet-août 1968) avec un combat sur fonds de pubs sur panneaux. Ce même Ditko qui réalisa un numéro entier de Blue Beetle (n°5, novembre 1968) consacré au monde de l’art contemporain, et qui continue encore aujourd’hui sa réflexion sur le travail de l’artiste au sein de la société et de la portée politique de son œuvre.

Afin de fignoler ce contexte, Morrison utilise trois éléments : l’environnement, l’intérêt romantique et enfin la description de l’action.
Tout d’abord, il place le combat dans une réunion de la haute société : on aperçoit entre autres un pastiche de réalisateur dégingandé (Tim Burton ?) et un spectateur reconnaissable aux sourcils surmontant des lunettes fumées (Jack Nicholson), histoire de mettre en perspective le héros. Pendant ce temps, Alfred lit un des romans de la série Artemis Fowl écrit par Eoin Colfer (le 3e tome : Le Code Eternité) qui met en scène le jeune héritier supérieurement intelligent d’un grand voleur irlandais, soit un présage de Damian.

Il en profite également pour présenter l’intrigue romantique avec l’apparition dès la première page du second chapitre de Jezebel Jet. Jezebel est la dirigeante d’un petit pays d’Afrique et une ancienne top-model reconvertie dans les actions caritatives.
Mais le nom Jezebel Jet est aussi un jeu de mots avec une ancienne conquête de Bruce : Silver St Cloud. Au-delà de l’opposition Jezebel / St(Cloud), Silver/Jet (Black), les apparences sont aussi inversées : si Silver était une caucasienne blonde platine, Jezebel est une rousse noire-africaine. L’alliance des couleurs rouge et noire aura également son importance, ce, dès le deuxième arc. Ici, le magicien Morrison utilise un autre de ses trucs, à savoir cacher un élément à la vue de tout le monde : le nom Jezebel évoquant une traitresse de l’Ancien Testament.

Ensuite, Morrison ponctue le combat des pensées du héros : cette méthode assez répandue de monologue intérieure prend sous sa plume une autre dimension. En effet, les descriptions des actions, sons et autres sensations sont à même de faire ressentir au lecteur l’ambiance du combat et de l’y faire participer activement. Il joue même avec l’identification du lecteur en plaçant les premières incursions des histoires oubliées des années 40 à 60 : ces histoires passées à la trappe suite à **Crisis **(1986), aux changements éditoriaux ou à une simple volonté des lecteurs (un « Mopee »*) et dont les personnages ont rejoint les limbes décrites par Morrison dans Animal Man.

Ici, Bruce se souvient de sa tante Agatha dont la seule et unique apparition date du **Batman **n°89 de février 1955. Tante Agatha est un de ces personnages comiques de parent éloigné, souvent peu au fait de la double identité des héros, qui étaient utilisés parfois dans les épisodes de l’Age d’Or : elle est en sorte le prototype de la Tante Harriet de Dick Grayson (‘tec n°328, juin 1964). Peut-être que les démêlés juridiques autour de la série TV ont empêché Morrison d’utiliser Harriet au lieu d’Agatha.

  • Un « Mopee » est un élément si embarrassant de la continuité d’un personnage que personne ne s’y réfère jamais. Il provient de l’épisode « The Real Origin of the Flash » (Gardner Fox et Carmine Infantino : The Flash n°167, février 1967) qui présentait un ange gardien nommé Mopee censé avoir donné à Barry Allen ses pouvoirs, en lieu et place de l’accident de produits chimiques. Mark Waid et Brian Augustyn y feront un clin d’œil dans The Life Story of the Flash (1997), Barry Allen analysant la nuit de son accident une drogue appelée « Mopee ». L’idée du Mopee comme hallucination est équivalente à celle de Morrison, compère de Waid sur de nombreux projets, quant à son approche des épisodes oubliés de Batman.

L’intrigue principale fait de constants renvois avec le mode opératoire des films de James Bond : Talia prenant en otage la femme du premier ministre britannique tandis que Batman et Damian volent à son secours dans une Bat-fusée dernier cri. Néanmoins l’accent sur les bat-gadgets n’est pas né avec James Bond et Morrison ne fait que s’approprier une tradition qui démarre dès le troisième épisode de **Batman **(‘Tec 29, juillet 1939) écrit par Gardner Fox, qui va lui attribuer au cours de sa première année des armes et engins nécessaires à sa panoplie de combattant du crime (Batarang, Batgyro, etc…). De plus, Morrison avait déjà présenté dans JLA Classfied 1-3 (novembre 2004 –janvier 2005) la Bat-soucoupe volante : un clou de plus dans le cercueil du Batman terre-à-terre et réaliste.

Ce côté aventure/espionnage démesuré est en tout cas raccord avec les épisodes de Denny O’Neil concernant Ra’s Al Ghul et même avec le Batman des années 1970s qui aime à globe-trotter. Cette vision du héros est ce que Morrison aime à appeler le « Dieu de l’Amour au torse poilu » en souvenir du traitement graphique de Neal Adams dans l’épisode « The Demon lives again » (**Batman **n° 244, septembre 1972). De fait, la page finale reprend la dernière case de « I now pronounce you Batman and wife ! », ce qui tend un miroir par rapport à l’évolution du héros et offre une touche de mélancolie à une conclusion qui peut sembler au premier abord abrupte.

« Au petit matin, ils le trouveront ainsi : rigide, impassible, imperturbable, observant la mer brisée par le soleil en un million de reflets brillants… observant… en silence. »

Demain : Batman #663 : « The Clown at Midnight » (ou quel est le point commun entre Sueurs Froides, Shiva et Dick Sprang ?)[/quote]

[quote=“Guy Gardner”]
Mais non c’est pas perdu (merci archives.org), [/quote]

Tu as réussi à récupérer l’ensemble des pages du topic de Denny comme ça ? Car moi aussi j’ai utilisé cet outil quand on est arrivé ici, mais je n’ai pas réussi à tout récupérer, loin de là !

[quote]
j’en profite pour le remettre ici, histoire qu’on puisse le trouver plus facilement[/quote]

Yeah, merci infiniment :smiley: (ou alors: “tu as ma gratitude éternelle”, c’est comme tu veux :mrgreen: ).

[quote][size=150]Batman # 663 : The Clown at Midnight (illustrations de John Van Fleet) : L’Apocalypse selon St Genès[/size]

Après un entracte de quatre numéros rendus par John Ostrander et Tom Mandrake pour cause de surcharge de travail, Morrison revient aux affaires avec un épisode imposant et riche en sous-texte et codes : « The Clown at Midnight » qui a la particularité d’être réalisé en prose illustrée par des dessins réalisés à l’ordinateur par John Van Fleet.
C’est un retour aux sources pour Morrison qui réalisait déjà dans les années 80 des nouvelles en prose des aventures de Batman dans les versions anglaises des magazines. C’est également un coup de chapeau à « Death strikes at midnight and three » (notez l’heure du titre) d’O’Neil et Rogers publié dans DC Special Series n°15.

En un épisode, Morrison s’attarde sur les conséquences psychologiques et physiques de l’agression dont a été victime le Joker dans le premier épisode de Batman and Son. En parallèle, on découvre le plan du Joker : exécuter par empoisonnement ses anciens acolytes avant de s’évader de l’asile d’Arkham. Mais l’intrigue n’est qu’apparente et les doubles-sens et sous-entendus sont légion et vont permettre à Morrison de condenser une vision ultime du Joker piochant ou faisant référence à ses nombreuses incarnations.
Comme Batman au long du run de Morrison, le Joker est en phase de déconstruction/reconstruction et la narration utilisée va permettre de plonger dans les arcanes de la « superpersonnalité » du criminel.

Au début handicapé et cloué à son siège (il a perdu l’usage de sa mâchoire durant le précédent combat), le Joker va se réveiller et écrire un nouveau chapitre de sa longue carrière. Morrison avait déjà dans Arkham Asylum considérer que les changements d’optique du clown tueur pouvaient être expliqués par une idée de « conscience supérieure », un état mental qui permet au Joker de s’adapter à la société et de se renouveler sans jamais se plier à ses règles.

Ce discours était qui plus est tenu par une psychiatre semble-t-il fascinée par le vilain. Ce personnage anticipait celui de Harley Quinn créée par les responsables de la série animée des années 90, Paul Dini et Bruce Timm. Dans son origine (Mad Love, 1994), on découvre que la doctoresse Harleen Quinzel, fraichement affectée à Arkham, succomba à son charme du sociopathe à tel point qu’elle l’aida à s’évader tout en se déguisant comme son acolyte : un Robin du mal. Harley Quinn apparait dans « The Clown at midnight » et y occupe une place de choix : dans ce qui peut être vu comme le point final à leur relation, elle est une des derniers associés du Joker à être en vie suite à sa vendetta. Le prétexte rappelle également celui du « Joker’s Five-Way Revenge » de Denny O’Neil et Neal Adams (Batman n°251, septembre 1973), souvent cité par Morrison comme un des meilleurs épisodes de Batman.

Au cours de cette machination, on découvre ainsi des hommes de main représentant les différentes époques du Joker donc de la BD Batman. Morrison y attache des termes proches des mouvements artistiques, encore une fois un écho à la longévité du titre qui reflète les changements de la société occidentale.
Il y a donc les années de « Satire », la période « Camp », et le « New Homicidal ».
La création du Joker est en soi un mystère, un cas où la réalité rejoint la fiction : son personnage étant le sujet d’une brouille entre Bob Kane et son assistant Jerry Robinson qui revendiquait chacun la paternité du criminel apparu dans le n°1 de Batman (juin 1940) où il zigouille allègrement des officiels de Gotham City à l’aide son poison Joker.

Il semblerait que Bob Kane soit arrivé avec l’idée d’un clown tueur dont le physique n’avait rien à voir avec le Joker que l’on connait : Robinson rebondit en s’inspirant du dessin d’une carte à jouer. Enfin, Bill Finger, scénariste et véritable génie derrière le héros et son univers, pointa les ressemblances entre le travail rendu et l’apparence de Conrad Veidt dans l’adaptation du roman de Victor Hugo, L’Homme qui rit (Paul Leni, 1928) sur un enfant de noble qui abandonné et défiguré après le meurtre de ses parents, devient un acteur ambulant renommé. Appelé à mourir dans sa deuxième apparition (quatrième histoire de **Batman **n° 1), le Joker est sauvé par le responsable éditorial et va devenir la Némésis récurrente du héros allant de sa création à 1954 à apparaître en quasi-continu dans ses mensuels.

Afin de l’adapter à l’auto-censure de mise dans les magazines DC à partir de 1942, les auteurs vont trouver un moyen dans « The Joker walks the last mile » (par l’équipe Finger / Kane / Robinson, ‘tec n°64, juin 1942) de littéralement blanchir le casier judiciaire du Joker. Pourchassé par la police ce dernier décide de confesser ses crimes afin d’être envoyé sur la chaise électrique ! C’est bien entendu un leurre puisqu’une potion de sa concoction va le sauver de la chaise : malheureusement le mal est fait et la sentence appliquée, le Joker s’en sort libre comme l’air, le casier vierge.

Cette première « renaissance » qui n’est pas sans rappeler le passage du « Clown at Midnight » permit aux auteurs d’entériner une fois pour toutes le Joker comme un voleur et non plus comme le « mass-murderer » de ses débuts.
Par la suite, le Joker fait plus montre de talents de showman : il va jusqu’à singer son ennemi juré et se dote de gadgets et engins similaires dans « The Joker follows suit » de Jerry Robinson (Batman n°37, oct-nov. 1946) ou « The Joker’s utility-belt » de David Reed et Dick Sprang (Batman n°73, oct-nov. 1952).

L’un des meilleurs coups du Joker aura été de garder son anonymat une fois son identité révélée. Enigme cachée dans un mystère, on découvre qu’il est « The Man Behind the Red Hood » ('Tec n° 168, février 1951). Mais, trouvaille habile de Bill Finger aidé par le dessinateur Lew Schwartz, de l’homme qui s’habillait d’un smoking noir et se coiffait d’un heaume rouge, on ne connait rien, pas même son visage.

Après 1956 et sous le coup du comics code, les auteurs vont perdre de vue l’inventivité du Joker et ce dernier devra attendre le Batman « New Look » et la série TV de 1966-1968 pour revenir sur le devant de la scène, interprété par Cesar Romero et sa moustache apparente. C’est l’époque du « camp », cette tendance des années 60 à porter au pinacle des éléments ridicules et désuets sous le principe de l’autodérision. Morrison y rend hommage dès les premières pages du « Clown at Midnight ».

Les premières victimes sont des clowns de la confrérie de St Genesius : saint patron des acteurs, clowns et comédiens dont le rôle dans l’antiquité était de se moquer des fondements du christianisme. Mais c’est également le protecteur des prostituées et des victimes de tortures : St Genès se découvrit une foi fervente lors d’une représentation et renia ses anciennes moqueries. Même après avoir été torturé, il refusa de se dédire et finit décapité. Ce patronage annonce déjà des éléments de la machination Morrisonienne et du détournement des signes religieux qui vont connaitre une apogée dans le n°666.

Les clowns sont tués en plein enterrement d’un des leurs, empoisonnés par le gaz hilarant du Joker alors qu’ils portent en terre le cercueil. L’acolyte enterré est nommé Bozzo mais la description de sa routine s’apparente à celle du nain Gaggy, apparu dans l’épisode de John Broome et Sheldon Moldoff « The Joker’s original robberies » (Batman n°186, novembre 1966). Gaggy remplit une mission : faire rire le Joker à tel point qu’il en soit stimulé pour concevoir des plans de braquage. Plus pragmatique, Bozzo dans « The Clown at Midnight » faisait rire le Joker pour empêcher qu’il ne sombre dans l’hystérie meurtrière. La description grotesque de clowns morts à un enterrement fait passer le « camp » dans le réalisme sombre tout en gardant un décalage. Elle renvoie également à l’œuvre « Population explosion » entrevue dans l’épisode « Man-Bats of London ».

Après s’en être pris à ces partenaires, le Joker s’en prend, via Harley Quinn à deux monstres de foire qui l’accompagnaient dans le graphic novel d’Alan Moore et Brian Bolland, The Killing Joke (1988). Il se situe dans la période « New Homicidal » qui fait écho à la fois à la New wave, mouvement musical (l’épisode en est pourvu : de The Thin White Duke of Death / Bowie à The Smiths) et le retour du Joker à la personnalité de « mass murderer » depuis « The Five Way’s Revenge » et ancré par le diptyque de Steve Englehart et Marshall Rogers « The Laughing Fish » / « The Sign of the Joker » (‘Tec n°s 475-476, février-avril 1978).

La rivalité entre Alan Moore et Grant Morrison ainsi que leurs différentes approches ont nourri plusieurs remarques au cours d’entretiens. Ici, Morrison semble remettre en cause la partie « Monsieur Loyal de l’Enfer » de la carrière du Joker en rapprochant l’utilisation de phénomènes de foires dans les milieux artistiques chics et branchés. On trouve une critique similaire dans Ca tourne à Manhattan (1995) de Tom DiCillo envers David Lynch et son utilisation de nains dans les passages oniriques (notamment la série et le film **Twin Peaks **qui semble avoir inspiré des passages de Batman R.I.P.).

http://liveweb.archive.org/http://i160.photobucket.com/albums/t194/Dennycolt/Batman_Grant_Morrison/batman663_2.jpg

Au-delà de ce coup de griffe qui permet à Morrison d’évoquer le Gotham Noir de Ed Brubaker et Sean Philips (2005) par le biais d’un nom de magazine branché, l’incursion des deux nains difformes permet de lancer de nouvelles pistes quant aux significations bibliques.

Les noms des deux nains, Sheba et Salomon donnent lieu à un jeu autour de leur mariage interrompu par le Joker : Sheba est le nom d’un des enfants de Noé attribué à une ville d’Afrique dont la reine a épousé Salomon, le roi d’Israël connu pour sa sagesse.

Or, Morrison présente la déficience mentale des deux personnages comme une forme de conscience surhumaine, d’une élévation mentale jalousée même par les maitres zen. La relation Sheba/Salomon est d’ailleurs une relation dans les textes anciens de respect mutuel.
Mais Sheba est aussi comparée à Shiva, dieu hindou qui représente à la fois la destruction et le renouveau, la recréation : destruction des illusions et de l’ignorance et la création d’un nouveau cycle.

On peut également rappeler que Gotham City est un dérivé de New York. Le nom Gotham est d’ailleurs inventé par Washington Irving dans un magazine d’humour pour définir New York, donc comme une plaisanterie, une critique d’une ville qu’il jugeait rempli d’imbéciles. Comme New York, Gotham est une moderne Babylone où le vice et la vertu s’affrontent de manière chaotique et impressionnante.

La description de la ville fictive est un des meilleurs passages de l’épisode et Morrison y fait feu de tout bois, le reste étant souvent engoncé dans des comparaisons un peu lourdes (répétition de « as if », « like », ou « the way of »). Gotham et Batman ont une relation quasi-organique : il y est souvent dépeint comme surgissant des ombres (voir sa première apparition dans le film de Tim Burton en 1989).

La construction de Gotham est en soi une des clés de « Gothic » mais aussi d’un épisode de** Swamp Thing** d’Alan Moore (n°53, octobre 1986). Dans « Destroyer », cross-over de février 1992, Alan Grant et Denny O’Neil aidés par Norm Breyfogle, Chris Sprouse et Jim Aparo, rappellent que Solomon Wayne, l’ancêtre de Bruce, a engagé l’architecte Cyrus Pinkney. Ce dernier dessina des gargouilles et organisa les quartiers de façon à instaurer la peur au cœur des criminels.

Déjà, le mémorable « There’s no hope in Crime Alley » d’O’Neil et Dick Giordano (‘Tec n° 457, mars 1976) apportait l’idée que le quartier où les parents Wayne avaient été tués symbolisait la dégradation sociale économique des grandes cités occidentales : idée sur laquelle rebondirent, entre autres, Alan Brennert, Mike W. Barr, Alan Grant et bien évidemment Frank Miller dans leurs utilisations multiples des habitants de Gotham.

Enfin Peter Milligan et Kieron Dwyer dans « Dark Knight, Dark City » (**Batman **n°s 452-454, août-septembre 1990), élabore l’idée comme quoi c’est Crime Alley, hanté par des sacrifices humains du temps des pionniers, qui a inspiré à Joe Chill l’assassinat des parents Wayne, et donc la création du Batman, représentant du démon Barbathos.

Morrison va faire de cette liaison Héros / Cité une des clés de lecture de son run, renvoyant à l’idée situationniste qui invite l’individu à déambuler jusqu’à se perdre dans l’espace urbain. On peut aussi rappeler que Gotham City se nourrit également de ses auteurs : les noms des créateurs étant rattachés à des lieux depuis le Batman Year one de Frank Miller et David Mazzucchelli (**Batman **n°s 404-407, février-mai 1987). On trouve entre autres un pont Aparo, une rue baptisé Finger, un parc Robinson… La saga No Man’s Land (1999-2000) sera le théâtre de la lutte de factions armées pour ce territoire ravagé et isolé après une peste et un séisme.

Toutes ces références sont assemblées pour donner un sentiment d’Apocalypse imminent provenant de la lutte surhumaine et séculaire entre Batman et le Joker : le bien et le mal, la logique et la folie, le clown blanc et l’Auguste. La relation qu’ils entretiennent est proche de celle de Hannibal Lecter et Will Graham dans Dragon Rouge / Manhunter. On peut y voir aussi un clin d’œil à la nouvelle vague de films de tortures dont le représentant le plus connu est **Saw **de James wan (2004). Le tueur au puzzle est en effet dans le premier film le cancéreux immobilisé sur son lit d’hopital.

Le Joker est en soi un personnage ambigu dont la nouvelle apparence renforce le côté androgyne (sa camisole portée comme une robe ou un manteau sans manches). Son incapacité à articuler ses répliques (Harley se fait passer pour une professeure de diction pour l’approcher) renforce l’ironie et la démence de ses propos.
Il est à la fois homme de spectacle, vedette du crime, maniaque homicide et simple junkie désaxé.

Cette dualité est reprise par l’utilisation récurrente de motifs rouge et noir : les meurtres se déroulent dans des endroits comme le Red Dock et la Black Room. Le rouge et le noir c’est aussi le costume de Harley Quinnn qui selon Batman est censée être la victime.

Pour se faire et comprendre le plan du Joker et ses fleurs assassines (des roses rouges et noires toxiques quand mélangées), il utilise des techniques de déduction faisant référence à son entrainement zen et bouddhiste. Avant même O’Neil on trouvait des scénaristes qui suggérait que Bruce Wayne avait reçu un entrainement aux arts martiaux et depuis les années 70, cet aspect n’a fait qu’être approfondi (voir Batman Begins de Christopher Nolan, 2005).

L’état du Nirvikalpa Samadhi qu’atteint Batman pour analyser certains indices est censé être un stade ultime de méditation et supposé sans retour : il consiste en la cessation du pouls et de la respiration tout en conservant ses sensations. Ce stade d’extase, de « petite » mort physique indique que Batman s’entraîne même à revenir de l’au-delà.

Il s’agit également de la première allusion de Batman au pèlerinage qu’il a effectué vers Nanda Parbat, la cité interdite imaginaire, inspirée de nombreuses villes et légendes d’orient au créateur de la Doom Patrol, et référence de Morrison, Arnold Drake dans les pages de Deadman. Pèlerinage qui a eu lieu avant les évènements de Batman & Son, lors de « l’année perdue » des héros DC et qui a été chroniqué dans **52 **n°47.

Ici, Morrison s’amuse à tendre un parallèle entre la méthode déductive de Batman et la maladie mentale des deux acolytes difformes du Joker, histoire de brouiller les pistes et de renverser les convenances. Et l’admiration qu’on peut porter à l’esprit surhumain du Dark Detective est entachée d’un doute quant à sa salubrité mentale.

Car cette façon d’élever son esprit est peut-être un piège en soi, une façon de rejoindre le Joker dans sa vision surréaliste du monde. A aucun moment en effet, le Joker n’admet à Batman que son plan était d’éliminer précisément tous ses sous-fifres. C’est Batman qui apparaît à Arkham et lui explique qu’il va, qu’il doit tuer Harley. Durant cette tentative de meurtre, le Joker se tiendra auprès d’Harley dans une pose évoquant la couverture peinte par Alex Ross de leurs jours heureux.

Le Joker rétorque également que c’est ce qui fait le sel de leur relation : que l’un cherche à tout prix à rationaliser le chaos que produit l’autre. C’est en tout cas leur malédiction, la base de leur relation : le Batman en armure noire et le Joker en blanc ne rappellent-ils pas les mariés d’une pièce montée ?

Morrison va même plus loin puisqu’il donne des indices comme quoi le Joker connait l’identité et même l’origine de Batman. Que Bruce Wayne a, pour se guérir de son drame personnel, donné du sens à des signes qui n’en avait pas (la chauve-souris à travers les vitres par exemple).
Cette idée sera reprise au long du run avec le questionnement de « Qui a fait Batman ? ».

Le fait que le Joker connaisse l’identité de Batman semble ne pas être important pour Morrison qui avait déjà fait état de leur relation dans** Arkham Asylum **quand il empêche les criminels de le démasquer. L’épisode reprend d’ailleurs certaines répliques du graphic novel.

Enfin, on peut prétendre que le motif de l’échiquier rouge et noir ne fait que renvoyer à une couverture de Dick Sprang (Batman 23 de juin-juillet 1944) et dont le motif purement gratuit et graphique n’a rien à voir avec les histoires à l’intérieur du numéro.

En jouant avec le processus d’identification, Morrison invite le lecteur à tenter de déchiffrer les signes et s’amuse à lancer des fausses pistes (« Red » Herring en VO). Peut-être, comme le Joker, Morrison nous manipule-t-il dans le but de modifier notre perception de la réalité et ainsi remettre en cause les présupposés de notre société.
Et c’est peut-être pour cette raison que le Joker nous salue la main levée et un rictus aux lèvres, lors de sa sortie sur la dernière page, trainé par le Caped Crusader vers sa cellule. Peut-être n’est-ce pas un adieu mais simplement un au revoir.
Episode imposant et bourratif, « The Clown at Midnight » est une énigme en soi, mais aussi un moyen pour Morrison d’apporter plusieurs idées et principes en rattrapant le temps perdu par ses autres occupations et de faire plaisir à la promo de Warner en rapprochant le visage scarifié du Joker de la future interprétation de Heath Ledger.[/quote]

[quote=“Zeid”]

[quote=“Guy Gardner”]
Mais non c’est pas perdu (merci archives.org), [/quote]

Tu as réussi à récupérer l’ensemble des pages du topic de Denny comme ça ? Car moi aussi j’ai utilisé cet outil quand on est arrivé ici, mais je n’ai pas réussi à tout récupérer, loin de là !

[quote]
j’en profite pour le remettre ici, histoire qu’on puisse le trouver plus facilement[/quote]

Yeah, merci infiniment :smiley: (ou alors: “tu as ma gratitude éternelle”, c’est comme tu veux :mrgreen: ).[/quote]

Non, pas tout, je crois qu’il y en avait un peu plus.
Mais la Wayback machine a l’air assez instable, le poste du dessus par exemple en page 3 de l’ancien sujet, j’ai du m’y reprendre à plusieurs reprises pour y avoir accès.
Je réessaierai pour aller plus loin au cas où.

Et sinon, moi aussi j’avais été déçu de l’approche du bouquin, j’attendais des analyses aussi intéressantes que ce que j’ai reposté, mais voila, il se trouve que le livre avait une pagination limite et rajouter une interprétation approfondie du boulot de Morrison aurait quasiment demandé un 2eme volume, il a donc fallu faire un choix entre un livre analytique et un livre plus destiné au grand public.
Et en tel, je trouve le livre bien fait et complet, il rappelle succinctement ou Morrison veut emmener le lecteur avec chaque série, mais oui, par contre, ça frustre, on voudrait en lire plus.

[quote=“Guy Gardner”]
Mais la Wayback machine a l’air assez instable, le poste du dessus par exemple en page 3 de l’ancien sujet, j’ai du m’y reprendre à plusieurs reprises pour y avoir accès.[/quote]

Ok, je comprends mieux. Parce que j’avais réussi à récupérer certaines pages, mais d’autres restaient inaccessibles malgré plusieurs tentatives… j’aurai du réessayer entre temps.

Je pense qu’on est tous d’accord au final. Par contre, n’était-il pas question que Yann/Denny Colt gère certains trucs bonus dans la réédition chez Urban ? C’est ce que j’avais cru comprendre à une époque ?

Euh, comment dire…en voilà une PUTAIN de bonne initiative !!!

Blague à part, merci d’avoir reposté ça, à l’endroit approprié qui plus est. Petite anecdote perso, ce sont ces fameuse “notes de lecture” qui m’ont amené à traîner mes guêtres sur l’ancien forum, puis à y contribuer modestement…

Complètement d’accord pour “®Evolutions” : si ça avait été du même tonneau, ça aurait été énorme…mais un peu “happy few” peut-être, pour un livre dont le but est quand même de se vendre.

[quote=“Zeid”]
Je pense qu’on est tous d’accord au final. Par contre, n’était-il pas question que Yann/Denny Colt gère certains trucs bonus dans la réédition chez Urban ? C’est ce que j’avais cru comprendre à une époque ?[/quote]

C’est même lui qui la pilote, cette réédition. C’est pour ça qu’il y intègre des choses comme les pages de 52 ou de Final Crisis, histoire de rendre le tout clair et cohérent.

[quote=“Nikolavitch”]

[quote=“Zeid”]
Je pense qu’on est tous d’accord au final. Par contre, n’était-il pas question que Yann/Denny Colt gère certains trucs bonus dans la réédition chez Urban ? C’est ce que j’avais cru comprendre à une époque ?[/quote]

C’est même lui qui la pilote, cette réédition. C’est pour ça qu’il y intègre des choses comme les pages de 52 ou de Final Crisis, histoire de rendre le tout clair et cohérent.[/quote]

Oui, c’est ce que j’avais cru comprendre. Et balancer des passages de 52 ou Final Crisis est une bonne chose (enfin, perso, j’aurais même aimé qu’ils n’omettent pas Resurrection of R’as Al Ghul, car même si ça n’est pas génial, MORRISON y participe, et du coup, on aura pas tout son run complet).

Mais surtout, je pensais qu’on aurait des passages d’analyse ou autre… enfin, je ne sais pas, mais en regardant ici et là, j’ai vu que je n’étais pas le seul à m’être imaginé ce genre de choses !

J’espère en tous cas qu’ls publieront le contenu du Black Casebook !

Le problème quand tu mets une analyse dans une bd, c’est que tu as des lecteurs qui ne vont pas vouloir payer pour ce travail/page en plus !
De plus, je pense qu’il est bon, surtout avec Morrison, que le lecteur se fasse son avis et digère et se refasse son avis.
Faudrait pas l’habituer non plus à tout lui mâcher le travail.

[quote=“soyouz”]Le problème quand tu mets une analyse dans une bd, c’est que tu as des lecteurs qui ne vont pas vouloir payer pour ce travail/page en plus !
De plus, je pense qu’il est bon, surtout avec Morrison, que le lecteur se fasse son avis et digère et se refasse son avis.
Faudrait pas l’habituer non plus à tout lui mâcher le travail.[/quote]

Ouais, enfin en même temps, le lecteur, il n’est pas souvent habitué a lire des trucs du niveau des pires Morrison en terme de compréhension dans du comics D.C./Marvel.
C’est pas l’aider une fois tout les 5 ans qui va le rendre addicitif au prémaché.
Et encore moins le rendre passif, ça sera plus la faute des comics simplistes ou avec une idée étirée sur des trop nombreux numéros qui pullulent à coté.
Et même si le lecteur est capable d’analyser, il n’a peut etre pas lu non plus les 500 comics nécessaire a capter tout le run de Morrison et là, l’aide fait bien plaisir.
(Et en plus, c’est pas parce qu’on lit une analyse qu’on peut pas développer son propre avis non plus).