INCUBUS (Leslie Stevens)

REALISATEUR & SCENARISTE

Leslie Stevens

DISTRIBUTION

William Shatner, Allyson Ames, Eloise Hardt, Ann Atmar, Milos Milos…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Année de production : 1966

Sur une petite île, des succubes attirent des hommes dans leur filet, avant de les tuer et d’en faire offrande à leur dieu des ténèbres. L’une d’entre elles, Kia, en a assez de séduire des âmes trop facilement corruptibles et souhaite s’attaquer à quelqu’un de plus pur. Contre l’avis de sa consoeur Amaël, elle porte son dévolu sur Marc (William Shatner juste avant qu’il ne s’embarque pour sa mission de 5 ans), un héros de guerre rentré du front qui vit dans une petite maison avec sa soeur Arndis. Troublée, elle va tomber amoureuse de cet homme. Se sentant souillée par ces sentiments, Kia fait appel à Amaël pour réveiller le démon Incubus…

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Après l’annulation de sa série Au-delà du réél au bout de deux saisons, Leslie Stevens, qui souhaitait continuer à travailler avec certains talents rassemblés pour le célèbre feuilleton (comme le directeur de la photographie Conrad L. Hall, bientôt récompensé par un Oscar pour la photo de Butch Cassidy et le Kid, et le compositeur Dominic Frontière), eut l’idée d’un film d’horreur un peu particulier, une production indépendante qu’il destinait aux cinémas d’art et d’essai.

Pour cette histoire de démons et de corruption morale, Leslie Stevens et son producteur ont souhaité utiliser un langage à part, afin d’en accentuer l’étrangeté. C’est pour cette raison que le scénario a été transcrit en esperanto. Les acteurs n’ont ensuite eu que 10 jours pour apprendre leur texte phonétiquement, mais aucun expert en esperanto n’a été requis sur le tournage afin d’en vérifier leur prononciation. Ce qui fait que le film a ensuite été largement moqué par ceux qui parlent couramment cette langue construite.

Personnellement, je n’y entrave que pouic en esperanto, donc je ne me soucie pas de ces supposés défauts de prononciation. En prenant cette décision, Leslie Stevens a, en ce qui me concerne, pleinement atteint son but : l’utilisation de cette langue aux étranges sonorités, le fait de planter son décor dans un village coupé du monde et de ne recourir à aucune unité de lieu et de temps (par exemple, on sait que Marc revient de la guerre, mais on ne sait pas dans quelle guerre il a été blessé) ne sont que quelques uns des éléments qui nimbent le métrage d’une aura mystérieuse.

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L’auteur prend son temps (le rythme est assez lent, presque contemplatif) et introduit les différents éléments de l’histoire graduellement tout en ménageant des visuels forts : le mal dissimulé sous des atours séducteurs (la belle succube qui tue sa victime sans pitié en la noyant), l’iconographie religieuse associé au personnage joué par Shatner dès sa première apparition, la symbolique de l’éclipse…
Lorsque le piège se referme autour du héros, les visions horrifiques se font plus sombres (notamment lors d’une scène de viol et de sacrifice qui détonne dans la production de l’époque), l’ambiance se fait de plus en plus surréaliste et tire le meilleur parti du travail splendide de Conrad L. Hall.

Aussi splendide visuellement soit-il, Incubus ne manque tout de même pas de défauts. La représentation de la lutte entre le bien et le mal est assez manichéenne, certains dialogues peuvent prêter à sourire et l’interprétation est souvent théâtrale (William Shatner, le meilleur acteur de l’ensemble, s’en donne à coeur joie lors de l’intense final). Mais sa singularité l’emporte et donne au film un côté fascinant, quasiment envoûtant…

Quand le cinéma d’art et d’essai rencontre le cinéma bis (du Ingmar Bergman bis, a-t-on d’ailleurs dit de cette bizarre pelloche), cela ne peut donner qu’un résultat qui ne manque pas d’intérêt…

À noter que Incubus fait partie de ces productions qu’on dit “maudite”, à la Poltergeist: Leslie Stevens et son producteur furent incapables de trouver un distributeur, à part en France où Incubus sortit en 1966. Les négatifs furent ensuite brûlés lors d’un accident et le film fut longtemps considéré comme perdu jusquà ce qu’une copie fut retrouvée à la Cinémathèque Française.
La distribution fut également frappée de malheur : Ann Atmar (Arndis, la soeur de Marc) se suicida peu après le tournage et Milos Milos (qui joue l’Incubus) assassina sa petite amie Carolyn Mitchell (qui fut la femme de Mickey Rooney) avant de se donner la mort. On dit d’ailleurs que ce scandale donna mauvais presse au film et fit reculer les distributeurs.

Ah, je l’aime beaucoup celui-là.
Dionnet en avait fait la matière de son cinéma de quartier à l’époque ; en tout cas, le DVD Studio Canal que j’ai est estampillé “Cinéma de Quartier”…
Une ambiance très particulière, avec deux trois moments de réel trouble, une atmosphère vraiment prenante. Le film mérite bien mieux que le statut de simple curiosité pour cause d’usage de l’esperanto.
Tiens, ça me donne envie de le revoir, cet été.