Super-Team Family : Constantine contre Mephisto
Quelques avis sur Jamie Delano présente Hellblazer :
Blackiruah :
Aaah Newcastle… quand on suit le football français, on connaît assez bien la ville de Newcastle… avec son club qui avait sa petite renommée à l’époque et qui a gardé son dédain envers le football français, se pensant meilleur que tous les clubs de notre pays (sauf Paris et Marseilles). Bref, c’est une équipe qui m’a souvent fait rire vu leur état actuel, mais lorsque l’on bascule dans le monde des comics, Newcastle évoque un aspect bien plus dramatique, surtout pour John Constantine.
Car tout au long des différents runs de Constantine, on nous évoque le drame de Newcastle comme un traumatisme pour le personnage. Mais vu la publication chaotique que connaît le titre dans nos vastes contrées, il fut compliqué de pouvoir se procurer les débuts de la série “Hellblazer”, mais toute chose a une fin (du moins un début) : voici enfin le run de Jamie Delano qui a posé les fondations de John Constantine.
Dans ce premier album, on (re)découvre tout ce qui fait le charme de la série et ce dès la première page. La crasserie de Londres et la magie obscure est présente dès le début, et l’auteur dépeint très rapidement l’univers glauque de la série critiquant indirectement les maux de notre société : le ton est donné.
Ainsi John va vivre différentes situations où soit des proches seront maudits, soit il enquêtera sur de mystérieuses disparitions qui impliquent également des proches, le tout mêlé aux démons et l’ésotérisme.
En réalité, l’ambiance de la saga en doit beaucoup à l’auteur anglais. Toutes les bases se retrouvent dans ce premier volume, l’ambiance évidemment, mais surtout le caractère de John, son charisme, sa manie de régler les choses peu importe les conséquences et son talent à se retrouver dans les sales affaires et… les sales combines.
C’est d’ailleurs tout le propos de la première partie de l’album qui nous confronte de suite à ce John désabusé confronté aux pires affaires qui ne cessent de faire écho aux vices de la nature humaine et mine de rien on y trouve déjà des personnages majeurs qui apparaîtront tout au long de la saga comme Nergal qui fait un joli coucou (mais pas forcément poli).
Mais reste que ce volume réserve une belle place au traumatisme de Newcastle qui, franchement, est bien sordide et crade… il nous fait vite comprendre pourquoi le traumatisme fut si marquant (c’est pas loin de rassembler vraiment toutes les pires choses de l’humanité en une histoire, c’est dire…).
Bien que ce début de run soit ancré dans les années 80, le style réaliste utilisé par les différents artistes n’a pas vieilli et fonctionne même toujours autant rendant les scènes d’autant plus crédibles même si parfois la colorisation nous rappelle sa période de publication.
Bref, on fait face à un très gros volume de qualité qui me fait dire qu’il vaut mieux se moquer d’un club de foot que de se remémorer un tel traumatisme…
Lord-of-Babylon :
Découvrir aujourd’hui les premiers épisodes de la série, c’est aussi se rendre compte de la pertinence du choix éditorial d’Urban Comics de n’avoir pas commencé à publier les épisodes dans l’ordre chronologique. Ces débuts sont en effet parcouru d’une certaine austérité pouvant facilement rebuter pour qui s’attaquerait à ce monument de la bande dessinée par ses premiers épisodes. Cependant c’est aussi la construction et le cheminement vers ce qu’on pourrait appeler le personnage Constantine qui se dessine peu à peu dans ses pages. Etrangement, la « voix » de ce être tel que je me l’entend en lisant les pages écrites par Garth Ennis ou Mike Carey, se module peu à peu ici. Une belle découverte en ce qui me concerne.
Photonik :
Je découvre le tome 2 de la série, et décidément je trouve que Jamie Delano ne reçoit pas assez de louanges pour le travail qu’il accomplit ici. J’entame à peine le très long arc « La Fabrique de la Peur », mais j’ai déjà lu l’annual dessiné par Bryan Talbot et la mini en deux parties signée Delano et Lloyd (dessinateur du légendaire « V pour Vendetta »).
Si l’annual est surprenant avec son Constantine ultra-fragilisé (le récit se déroule dans le passé, en 82, au moment de la Guerre des Malouines) et son long flash-back médiéval qui revisite les légendes arthuriennes en mode hardcore et révisionniste (j’ai cru comprendre que Delano réutilisait plus tard les éléments ici mis en place), j’ai surtout été scotché par la mini, « The Horrorist ». Pas forcément la meilleure histoire de « Hellblazer » que j’ai lu (il est même certain que non) mais une des plus jusqu’au-boutiste, très probablement. Récit d’horreur à la structure classique mais au puissant sous-texte, « The Horrorist » est d’une noirceur proprement abyssale dans son déroulé, et se permet le luxe d’une conclusion aussi abrupte que quasi-comique… mais d’un humour noir bien particulier, quand même. Sacrée baffe, sans compter que les planches peintes par Lloyd, au rendu certes un peu « daté », sont parfois à tomber à la renverse.
Sacré Delano, décidément.
…et j’ai été plutôt emballé par ma lecture, finalement, de « The Fear Machine/La Fabrique de la Peur », malgré les échos très négatifs (pas unanimes cependant, mais assez largement majoritaires) glanés ici ou là. Une démonstration de force de la part de Delano, certes pas exempte de défauts, mais assez spectaculaire.
Au rang des défauts (outre le dessin très inégal), je citerais la longueur probablement excessive de la saga. 6 ou 7 chapitres auraient certainement suffit en lieu et place des 9 ici présents, et auraient rendu la saga plus efficace et punchy. Il faut bien trois chapitres à Delano pour rentrer dans le vif du sujet… D’autre part, après un crescendo assez démentiel sur la deuxième partie de la saga (une fois que Delano est bien chaud, quoi), le final fait un peu faiblard, il faut bien le reconnaître, malgré quelques idées assez dingues (et même complètement « what the fuck »).
Pour le reste, j’ai adoré la veine puissamment politique (comprendre : anar’) instillée par Delano, qui confère à son récit une originalité débordante avec sa communauté de « travellers » post-hippies branchés magie et paganisme. Il en profite pour brosser un Constantine sensiblement moins « pessimiste » qu’à l’accoutumée (même si le perso connaîtra d’autres périodes d’accalmie similaire plus tard), et c’est intéressant. Le fond « mystique » du récit est assez prenant également, avec une utilisation des « ley lines » qu’il ne me semble pas avoir vues utilisées dans un contexte de ce type.
Surtout, Delano fait valoir ses qualités habituelles, dont une plume franchement virtuose pour les dialogues et les « voix off », de très haut vol, et un jusqu’au-boutisme dans l’horreur (c’est très très très noir par moments) qui redoublent la virulence politique du propos.
Mention très bien à l’épisode du train, probablement le meilleur du lot, et à cet épisode se reposant sur les échanges épistolaires des personnages, très original…
Excellent, en un mot !!Le volume s’achève curieusement sur le premier chapitre d’une nouvelle saga prometteuse, « The Family Man », où Constantine va se mesurer à un serial-killer très « Dragon Rouge » dans l’esprit… Avant ça, Constantine retrouve un vieil ami à lui dont la nature incertaine (fictionnelle ou pas ?) permet à Delano de broder un récit plutôt sympa à la veine méta savoureuse : interviennent en vrac et entre autres Peter Pan, Sherlock Holmes, Fu Manchu, certains lieux et protagonistes de « L’île aux pirates » de Stevenson et même Winnie l’ourson.
Au bout du compte, un excellent volume.
Hush :
Et quelle magnifique lecture que ce premier tome (que j’avais bien sûr « entamée » chez Panini en son temps).
Il faudrait sûrement que j’arrive à remonter jusque les « Swamp Thing » de Moore mais chaque chose en son temps.
Ce que je retiendrais de ce tome 1, c’est bien sûr l’intrigue sur le long cours de Jamie Delano concernant les fantômes gravitant autour de notre Johnny et du drame de Newcastle. Il arrive à créer une bonne frustration me concernant (moi qui aime tout savoir!) en se jouant de cet épisode qu’il racontera vers la fin du book.
Dans l’attente, il est incroyable de relire ces épisodes dans un Londres ancré, d’époque, Tatchérien (Delano évoque très souvent le conflit des Malouines aussi bien dans les dialogues que dans l’arrière plan des cases dessinées) et dual entre le beau Londres et le Misérable.
C’est évidemment là que John est attendu, véritable anguille, aux pensées ambiguës et aux décisions mortelles. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la lecture est dense. En épisodes, en personnages (tiens, remarque, Chas n’est pas encore un « second rôle » fort) et en histoires diverses avec cette structuration en petits arcs formant un plus large (un peu comme le dernier Hellblazer de Si Spurrier) comme les British savent bien l’imaginer.
Histoires de complots, de satanisme en tout genre et chambres démoniaques, Jamie Delano développe la magie en explorant même le lien magie-informatique. Cela permet aux dessinateurs de proposer des planches psychédéliques du plus bel effet (rose, jaune, etc…).
Dense aussi en textes, avec les voix OFF, dans un style littéraire très élégant et urbain par moment, où quelques fois, je pouvais me perdre (je ne suis pas un grand fan du blabla à outrance ou des envolées en tout genre).
Reste que ce book est un must-have évident, passionnant, marqueur d’une époque éditorial (Karen Berger, la Sainte) bien loin du ciné et de l’industrie que nous connaissons aujourd’hui.
Un régal de Nergal.
Lecture du tome 2.
La publication est très dense entre l’annual sur les origines féodales de la famille Constantine, le double shot « The Horrorist » magnifiquement dessiné par David Lloyd, la suite de la série avec une longue saga sur « la Fabrique de la Peur » et deux épisodes finaux qui concluent le book de fort belle manière!
Autant, la saga principale m’a un peu ennuyé, je dois dire, alors que le retour un peu WTF de Zed (cf. le tome 1) m’a bien accroché. Je la trouve trop longue (8 épisodes, qui restent un rythme peu inhabituel) malgré un beau développement du background sur les francs-macs, la bourgeoisie conservatrice, les hippies, etc… J’ai surtout eu l’impression que Jamie Delano cherchait surtout à gagner un peu de temps avant de montrer le monstre. Rien de grave dans l’absolu mais la qualité du titre reste tellement haute que l’exigence appelle l’exigence.
C’est d’ailleurs ce que j’aime dans cette série, c’est l’exigence de Delano a bien décrire le monde de l’époque. A ce titre, le dernier épisode « Le Père de Famille » qui ouvre une autre saga à venir dans le tome 3 - sûrement - présente bien le thème de la classe moyenne, après celle de la bourgeoisie londonienne, abritée dans des lotissements aux maisons identiques, où la sécurité est si évidente sauf que …
J’ai plutôt tendance à aimer ce type d’intrigue où le monstre est humain et non fantastique. Cela reste un goût personnel mais je trouve que le bouquin se construit bien autour de cela.Evidemment, il restera dans ce book deux autres préférences. L’une liée au mythe arthurien (l’énorme annual) et son folklore. L’autre, où Delano mêle fiction et réalité autour des personnages classiques, littéraires comme Sherlock ou ayant bercé certains enfants comme Winnie. Cet épisode, le 23, est un régal du début à la fin jusqu’à la question clinique finale, est-ce que John se rend compte de son destin de personnage de bédé culte? La folie de l’époque aurait été de se demander si John finirait en personnage de cinéma porté par l’acteur de Matrix! Un épisode coup de coeur.
Je passerai sur « Horrorist » que je relirais plus tard. J’ai été trop hypnotisé par les dessins oh combien magnifiques, brumeux et enivrants de Lloyd.
Quelques avis sur Garth Ennis présente Hellblazer :
Blackiruah :
« John Constantine, Hellblazer » est une série qui a marqué l’histoire des comics. D’une part, elle fut l’une des séries qui a porté le label Vertigo au sommet, d’autre part, elle a servi de rampe de lancement à un grand nombre d’auteurs britanniques : Jamie Delano, Peter Milligan, et bien d’autres comme justement Garth Ennis. C’est l’objet de cette collection qui va nous proposer le run complet de l’irlandais qui jouit d’un succès grandissant en France. Cette série narre les enquêtes de John Constantine, expert en magie, sur des affaires peu communes. La particularité de ce héros est d’être un être antipathique au langage vulgaire qui fume comme un pompier, boit, se drogue… Un vrai modèle pour la société ! Ainsi, Garth Ennis commence son run avec une idée choc pour marquer le lecteur. Constantine a le cancer et va mourir. A travers ce fait, l’auteur nous plonge dans son esprit pour découvrir qui est vraiment le magicien. Derrière cette couche épaisse de vices, le personnage se révèle être un homme loin d’être invincible, qui a peur de la mort, luttant désespérément pour sa survie. Il a des faiblesses comme tout le monde, est rongé par les remords et a peur de vivre si peu. L’anglais est loin des codes classiques du super héros commun car ses faiblesses tiennent une place essentielle. John garde pourtant une certaine sensibilité avec cette capacité à s’attacher rapidement à d’autres personnes en créant des liens forts avec ces dernières. Ce premier arc est troublant. Habitué aux récits qui ont du punch propre aux styles de Garth Ennis, ce dernier installe plutôt un cadre intimiste au rythme lent où non seulement le surnaturel passe au second plan mais les 5 chapitres ne servent non pas à lutter contre son cancer, mais à présenter l’environnement et la philosophie de John Constantine. Il faut prendre son temps pour le lire et le digérer : l’étape est nécessaire. Une fois la conclusion croustillante lue (ramenant au premier plan l’aspect « sale type » du héros), l’auteur lance réellement son run avec des enquêtes surnaturelles rencontrant fantômes, démons et vampires. Le ton change complètement : John se montre plus féroce et narquois face à ses ennemis, ses idées pour le moins sulfureuses rendent ses péripéties passionnantes et agréables à lire. Garth Ennis oblige, les dialogues sont rustres et loin d’être élégants, mais c’est un style qui apporte du tonus et du caractère à l’œuvre. Mon seul problème réside dans la partie graphique du premier arc. Le style de Will Simpson convient parfaitement pour représenter des démons et des corps triturés mais parait peu à l’aise dans cette première histoire qui fait la part belle à l’humain. Les corps et visages sont inégaux et la colorisation terne n’aide pas. Toutefois, le trait devient par la suite plus solide, plus prononcé apportant plus de qualité à son travail pour finir sur un arc remarquable (sang royal) où l’artiste se fait plaisir à dessiner des cadavres bien détaillés accentuant l’aspect glauque du récit. À noter le très bon passage de Steve Dillon sur un épisode qui tient bien le personnage. Ça tombe bien puisqu’on va très vite le retrouver par la suite. Ce premier volume d’Hellblazer par Garth Ennis démarre doucement mais ne cesse de s’améliorer page après page. Bien que le départ soit lent, il permet à tout lecteur de découvrir l’univers du sulfureux british, et d’apprécier aisément la suite qui est à la hauteur du talent de l’irlandais : politiquement incorrect, surprenant et surtout fun. Cette aventure satisfera grandement les fans de récits fantastiques glauques !
Après un premier tome qui commençait crescendo, Garth Ennis poursuit les mésaventures de John Constantine sans retenue, comme toujours. Ce nouveau volume est un sacré bloc d’histoires. Notre enquêteur occulte va faire face à plusieurs cas différents dont plusieurs liés à son conflit avec Satan qui monte encore d’un ton. John Constantine va d’ailleurs préparer sa défense contre ce dernier avec tact et un zeste de cruauté qui laissera des traces sur bien des personnages. Bien que le fil conducteur avec Satan soit toujours présent, Garth Ennis réalise une flopée d’histoires en tout genre qui ont une particularité assez originale : le mal vient avant tout de l’homme. L’auteur ne se dérange pas de critiquer les bas instincts de l’homme capables du pire et… du pire (à vrai dire c’est même sa marque de fabrique). Il n’y va pas avec le dos de la cuillère, de l’exécution de cadavre, aux groupuscules fascistes, les réactions humaines face aux sdf, etc. Ajoutez à cela son talent de mettre en scène de telles histoires avec son tact si fin : ça donne lieu à des histoires percutantes et marquantes où John Constantine tire parfaitement son épingle du jeu. Le héros démontre de belles valeurs morales au fond de lui-même mais bien cachées par une sacrée couche de vices en tout genre quand il s’agit de punir ses adversaires. Un caractère qui lui coutera bien cher dans ce recueil. Aucune histoire n’est à jeter, tout est excellent du début à la fin. A noter, pour les amateurs de « Preacher », on retrouve dans cet album le récit qui a inspiré l’union ange/démon. Graphiquement, on retrouve majoritairement Steve Dillon qui, tout comme sur « Preacher », se révèle très bon sur la franchise si ce n’est que son trait parait moins maitrisé et moins précis. Plus le temps passe, plus j’ai du mal à voir son travail sur un autre genre de récit tant il surperforme sur les satires sociales. A noter aussi l’excellent travail de William Simpson qui m’a beaucoup plu sur ce volume grâce à un style plus réaliste permettant d’inscrire les démons (et donc Satan) dans la réalité (permettant de le mettre symboliquement au niveau de John). Tout fonctionne très bien. Décidément, Garth Ennis m’impressionne toujours plus à chaque lecture. Tranchant dans la critique, percutant dans les péripéties, ce run qui avait commencé sur un faux rythme, prend de l’ampleur et délivre vraiment toutes ses promesses. Un gros coup de cœur et c’est d’autant impressionnant lorsque l’on sait que l’auteur avait 21ans quand il a commencé « Hellbazer » ! A ce stade, c’est du génie.
Photonik :
Quoiqu’ayant lu le TPB V.O. « Dangerous Habits » il y a une dizaine d’années, j’ai pris ce volume (dont le sommaire excède largement le TPB en question) pour me faire l’intégrale du run d’Ennis. Bien m’en a pris : je me suis relu le fameux arc inaugural, et ça tient toujours autant la route, avec ces deux excellentes idées qui charpentent le récit (la maladie évidemment et l’échappatoire, qui fonctionne à mort ; j’adore le moment où Constantine forge l’idée, dans un bar, au fond du seau).
Le dessin de Simpson, dont je n’avais plus trop grand souvenir, m’a plus qu’agréablement surpris en prime : c’est vraiment un dessinateur qui va comme un gant au titre et à ses ambiances.On en parlait sur un autre thread : malgré son côté sale gosse et ses outrances ponctuelles, il y a un petit coeur qui bat dans la carcasse de brute d’Ennis, et il le prouve de fort belle manière sur cet arc, avec la série des « adieux », parfois bouleversants…
Excellentissimo, donc. J’ai hâte de me plonger dans la suite, que je ne connais pas…
Hush :
Comme Photonik m’a spoilé le troisième tome du run de Jamie Delano (cf. Jamie Delano présente Hellblazer), je suis directement passé au run de Garth Ennis. Même si ce dernier n’est pas vraiment l’un des scénaristes préférés, cela ne m’a pas empêché de lire (et apprécier) ses Preacher ou plus récemment Sara.
Bref, j’entreprends la lecture de son run. Bien sûr, je me souviens parfaitement bien l’arc inaugural « Dangerous Habits » avec ses scènes incroyablement couillues. Je garde en mémoire le moment où Johnny paie une pinte d’eau bénite au premier déchu!
J’ai adoré. Ce n’est pas la seule scène mémorable du book, bien sûr mais elle vaut toutes les cacahuètes au goût de pisse que l’on peut trouver sur un bon comptoir de bar.
Ce que j’ai aimé dans le premier bouquin, c’est l’ambiance plus trash du bouquin et un peu moins politique que le ton développé par Jamie Delano, sans avoir l’incongruité de faire dormir John dans un palace hollywoodien. John vie sa vie de Londonien, revoit Kit Ryan, emménage avec elle, etc… tout en trempant dans la sorcellerie et les milieux de la haute Angleterre. Le décor reste le même pour rester dans l’esprit de Delano et Ennis ajoute un vrai bon franc parlé (avec des expressions!!) qui donne une réélle épaisseur au personnage principal. Ce que j’ai moins senti sur Delano où John voyage plus qu’il ne vit.
Niveau qualité, ça se lit comme jamais. Les intrigues sont très claires même s’il manque avec un petit goût de sous-intrigues pour allécher le lecteur friand de fil rouge (ou bleu?). A la manière de Delano, j’aime bien quand l’histoire joue avec le mythe, notamment de Jacquouille la Fripouille de la Chapelle Blanche.
Tiens c’est rigolo. En lisant le dernier tome (l’histoire aux USA avec Kennedy m’est complètement passée au dessus, je dois dire), j’enchaîne « sans coup férir » les numéros jusqu’au terrible Heartland où le trauma de Kit est révélé. Ennis aura réalisé un super taf sur les personnages et notamment sur la native de Belfast, sur le contexte de l’époque, etc… Le moment de lecture est prolongé par ce one-shot et c’est surtout écrit avec le coeur (et de la peine, bien sûr).
Et puis, paf. Sans trop comprendre, ça enchaine sur tout autre chose. Je m’interroge et en lisant le sommaire, on saute une centaine de numéros! Je ne savais pas le scénariste avait fait plusieurs passages! Le relou.
Pour revenir sur le premier run, assez fantastique sur la durée, il faut le reconnaître, je mettrais en bémol sur la fin qui me semble rapidement expédiée alors que j’ai l’impression que le duo en avait encore sous le pied surtout que la vengeance du « Premier Déchu » est souvent « teasée » pour un grand final.
Quelle belle collection! Merci Urban.
Quelques avis sur Warren Ellis présente Hellblazer :
Hush :
A ce bonheur!!!
Cet unique tome est une petite merveille comme je les aime.
Un très bon édito pour bien nous remettre dans le contexte éditorial des années fin 2000 chez Vertigo et la logique d’écriture de Hellblazer. C’est toujours un régal, ces éditos.
Deuxièmement, c’est du très bon Warren Ellis. Je crois que le dernier truc que j’ai lu devait être le dernier Planetary ou son Astonishing X-Men. Bref, l’écriture est ciselée (ca ne veut rien dire mais je me comprends) et surtout coupante. La caractérisation de Constantine est un régal. Je relisais dans l’aéroport le premier Planetary sur Iphone et j’avais l’impression que Snow était ce sacré Johnny.
Enfin, en termes artistiques, c’est du lourd.
Photonik :
A peine achevé l’ingestion du fabuleux deuxième tome de « Garth Ennis présente Hellblazer » (supérieur au premier, une vraie bombe), j’attaque ce volume que j’attendais avec beaucoup d’impatience. J’ai lu les deux premiers épisodes.
Bon sang que c’était trash et rentre-dedans…! Pas de doute, Ellis était né pour écrire le titre. J’ai même été soufflé par une scène d’une cruauté inouïe (la description d’un crime abject commis sur une connaissance de Constantine), où le britannique pousse le bouchon très loin, en jouant sur une sorte de désacralisation du corps humain, caractéristique du genre horrifique comme Ellis le comprend très bien.
Par contre, comme le précise Alex dans son billet sur son blog, c’est vrai que l’impression de décompression narrative est patente à la lecture : pendant la première moitié du premier épisode, ça tourne même un peu à la pose stylistique, même si les saillies d’Ellis, très fort pour la prose (mais bizarrement je n’aime pas plus que ça ses romans…), contrebalancent quand même cet écueil. Il faut voir le peu d’égard adressée à la figure de feue Madame Thatcher, figure abhorrée par la génération d’auteurs dont Warren Ellis est un membre et un héritier direct tout à la fois.Très noir, mais très bon.
Alex Nikolavitch :
Quelques avis sur Brian Azzarello présente Hellblazer :
Hush :
Du très très lourd ce volume. Je l’ai lu d’une traite. Le premier arc ou John se retrouve en milieu carcéral est excellent et Corben colle une ambiance crade qui va parfaitement avec le récit. J’aime beaucoup le trait de Frusin. Le troisième arc avec son ambiance huis clos est très réussi. Il me tarde d’avoir le second volume.
Lord-of-Babylon :
Ce que je trouve fascinant ici c’est que Constantine est dépeint comme un grain de sable qui va niquer le mécanisme de la machine dans laquelle il est tombé. Le premier arc on dirait qu’il est balancé à Oz et qu’il va faire la nique à O’Reilly ou Adebisi.
De la même manière sa présence dynamite le récit classique du huit-clos empreint de mystère autour d’une mort. Seul l’arc du milieu échappe à la règle (quoique l’épisode dans la voiture) mais c’est pour mieux dépeindre un microcosme en perdition qui semble être un thème de prédilection dans le cinéma aujourd’hui.
Blackiruah :
Que se passe-t’il si on met un loup dans la bergerie ? On se doute pas mal de l’issue mais si dans notre cas la bergerie est une prison et le loup n’est autre que John Constantine, que peut-il bein se passer ? C’est le point de départ du run de Brian Azzarello. Avec une telle idée, on ne peut être que curieux de lire un tel récit, et d’ailleurs ça fonctionne à merveille. Placer le roi des salauds parmi ses pairs donne lieu à des situations croustillantes qui plairaient à tout amateur de la série Oz (dont on trouve pas mal de petits clins d’œil au passage). Là où Brian azzarello excelle à travers cette série, c’est bien évidemment dans les dialogues qui sont savoureux et démontre toute sa maitrise du personnage qui est un sombre manipulateur un « brin » irrespectueux. D’ailleurs, pour le mettre en valeur, le scénariste ne le met en scène uniquement dans différents types de « huis clos ». D’abord une prison, puis un village isolé et enfin une auberge bloquée par un enneigement, tous ces lieux servent à mettre en valeur John qui va s’évertuer à s’en sortir en étant le plus juste… à sa manière. L’autre attraction de ce run est bien évidemment la découverte du périple de Constantine aux Etats Unis. L’auteur va, par conséquent, partager une certaine vision de son pays, notamment la partie profonde loin d’être idyllique… Brian Azzarello bénéficie aussi d’excellents dessinateurs. Tout d’abord, le très renommé Richard Corben, sur l’arc de la prison, parfait pour le côté musculeux et grotesque de la situation. Puis j’ai découvert Marcelo Frusin qui mairise l’art du polar en instaurant aisément une ambiance mystérieuse à travers ses jeux d’ombre. Notons aussi une brève apparition du défunt Steve Dillon toujours excellent avec ce personnage. Ce premier volume du run de Brian Azzarello sur Hellblazer commence très fort et confirme tout le bien qui est dit sur ce dernier. L’auteur qui s’avère être le premier scénariste américain à travailler longuement sur le personnage montre qu’il ne fera pas dans la demi-mesure et compte bien poser sa patte sur la saga « Hellblazer ». Un vrai régal !
Voici venue la seconde et dernière partie de ce run dont j’ai tant voué les mérites dans le dernier GG comics dédié à John Constantine : tout commence par un flashback dans la jeunesse du héros, dans la pure tradition où il va arnaquer un bon vieux client sur fond de légendes magiques. La malice et le ton punk de cet épisode nous met de suite dans l’ambiance et ce récit, a priori anodin, se révèle être le fond de tout le run. C’est donc de manière un peu plus éclairé que l’on découvre la suite qui revient sur les pérégrinations de John aux Etats-Unis. Ainsi, John va retrouver l’ex-femme de son défunt ami qui est maintenant engluée… dans une organisation nazie. Nous découvrirons comment s’articule ce groupuscule, leurs idéaux, le train-train de leur vie qui les emmènera doucement vers une catastrophe provoquée par eux-même. Le fait d’avoir John dans les parages permettra juste envenimer la situation. Là est la critique de Brian Azzarello, le monde n’a pas besoin de Constantine pour se mettre dans la panade. C’est d’ailleurs dans le même esprit que se clôt ce run à travers le dernier arc. La confrontation entre John et l’ennemi, qui tirait les ficelles, est plus directe mais la sanction arrivera plus lentement basée sur les démons du vilain et initiées par ses vices. L’auteur ne manquera pas, non plus, de pointer le doigt vers cette tranche de population, souvent aisée, qui s’adonne aux plaisirs étranges du sado-masochisme… Rien que ça. Le mélange de satyre sociale et de récit fantastique (où la magie est très secondaire et intervient par petite touche tout le long du run) rend le tout hypnotique bien servi par les dessins expressifs de Marcelo Frusin. Ce dernier réussit le pari à imposer un ton malsain qui convient bien à cette saga qui ne fait pas l’éloge de l’être humain ! En somme, ce run est excellent du début à la fin. Brian Azzarello livre un travail particulier où John Constantine fait l’étalage de toute sa malice mais aussi avec une présence discrète de la magie qui permet avant tout une chose : critiquer, avec une certaine violence, certains aspects de cette société américaine parfois décadente. Cette saga est intelligente et s’avère surtout incontournable si vous voulez découvrir Hellblazer. Je ne vous l’ai pas encore dit ? Jetez-vous dessus !
Quelques avis sur Mike Carey présente Hellblazer :
Photonik :
Oui, j’avais lu ça à l’époque, et bien apprécié ; ceci dit, j’en attendais plus : les gars de chez Arkham, lors d’une de mes rares excursions parisiennes, me l’avaient vendu comme un retour aux sources totalement abouti, et Carey comme l’auteur qui renouait avec la « vibe » de Delano et Garth Ennis. C’est vrai que c’est chouette, mais ça n’est pas du niveau du boulot de ces auteurs-là quand même.
Reste que Constantine fait preuve sous la plume de Carey d’une certaine authenticité qui transpire de ces épisodes : faut dire que le perso comme le scénariste sont tous deux originaires de Liverpool, qui est vraiment un endroit très… particulier (j’ai eu la chance d’y séjourner à quelques reprises ; j’y ai chopé quelques TPB VO du run d’Ennis, d’ailleurs).
Blackiruah :
J’ai une de mes chattes qui est une vraie excitée… Elle saute partout, court dans tous les sens… Un enfer quand elle s’y met ! Mais par moment, l’envie lui prend de devenir caline, mais c’est rarement durable puisque chassez le naturel, il revient au galop. C’est d’ailleurs l’idée de fond de Mike Carey sur le run d’Hellblazer, un retour pour John Constantine où la magie revient en force ! Pour rappel, la série sort du run de Brian Azzarello, qui bien qu’elle soit de grande qualité, livrait des récits plutôt terre à terre où la magie se faisait très rare, voire même à peine évoquée par moment. Avec Mike Carey, c’est clairement un retour au source pour notre cher John qui va revenir en Grande Bretagne et retrouver sa soeur. Sauf qu’il va découvrir que sa famille, et plus particulièrement sa nièce, se retrouve aussi mêlée, de près comme de loin, à la magie. Il n’en faudra pas plus pour John pour retrouver ses vieilles habitudes pour régler ce problème loin d’être simple. Il n’y a pas à dire, Mike Carey fait très fort avec ce début de run. Nous retrouvons cette raclure de Constantine où sa ruse lui permettra de démêler une grande partie de cette affaire. Chose que j’ai énormément appréciée, c’est évidemment le retour en grâce de la magie noire qui permet de pointer la bassesse de la nature humaine capable de tout pour parvenir à ses besoins. Et franchement, c’est le pied de retrouver le périlleux John, dans cette atmosphère occulte et glauque qui sied si bien à ce personnage… voire à cette famille… Visuellement, ce premier volume est principalement illustré par Marcelo Frusin, vu sur le run précédent, qui excelle toujours autant sur l’utilisation du noir qui imprègne la série dans le genre noir. Mais on y trouve aussi deux grandes stars de l’illustration avec le très regretté Steve Dillon et Lee Bermejo. Les deux marquent leur passage dans leur style et amènent un ton supplémentaire au récit concerné : du très solide. J’avais apprécié le run de Brian Azzarello sur Hellblazer mais force est de constater que John Constantine fonctionne toujours aussi bien quand il baigne dans la magie et les sales affaires. Mike Carey l’a bien compris et nous le montre à travers ce premier album qui met à mal notre héros mais surtout ce groupuscule étrange qui a eu la mauvaise idée de se frotter à la mauvaise personne… pour notre plus grand plaisir ! Ce premier volume est tout simplement un retour au source, pas hallucinant mais très efficace. Comme quoi, le naturel semble être une valeur sûre… Pas sûr que mes autres chats soient d’accord avec cette phrase…
Les comics d’Hellblazer sont comme des énormes grimoires de magies noires. Ils sont beaux, attisent la curiosité et nous avons peur de l’ouvrir de peur de se retrouver plongés dans des écrits qui vont nous passionner toute la nuit jusqu’à la dernière page. Du coup, on attend le moment propice en essayant de résister à la tentation, mais arrive ce moment où on n’y arrive plus, et la main ouvre ce comic-book pour découvrir quelles nouvelles malices va nous servir John Constantine. Ainsi, nous retrouvons l’anglais qui a rassemblé un cercle de sorciers pour lutter contre le chien des enfers qui semblent s’être libéré suite à ses précédentes affaires, dans le premier volume. Sauf que derrière toute cette affaire, John va se faire mener en bateau et entraînera une situation apocalyptique qui lui coûtera très cher pour sauver notre monde. Il regrettera d’ailleurs très vite le vilain retour de bâton… Ce 2nd volume confirme la tendance de ce run résolument tourné vers la magie. Et dans ce domaine, Mike Carey n’y va pas avec le dos de la cuillère : Sorts, démons, magies… le tout dans une ambiance malsaine. De même, l’auteur continue de creuser dans le thème de la famille en le plaçant au centre du run. Il aime jouer sur la relation entre John et sa nièce et va également agrandir cette petite famille, à sa manière, pour montrer l’impact néfaste de Constantine que ça soit en termes d’influence mais aussi par le sang. Reste que John est un “bon gars” dans le fond… et va toujours essayer de sauver ce qui reste… peu importe les sacrifices. Même si ce volume souffre d’une partie centrale rébarbative, rappelant bien trop le passage de Constantine SDF avec Garth Ennis, le reste est du petit lait, nous conduisant sur une intrigue bien préparée (grâce notamment à un épisode 200 magistral) qui va malmener John avec ses propres armes. La menace va frapper très fort attisant la curiosité sur la manière dont il va se sortir de ce traquenard. Visuellement, c’est dans la continuité du premier volume où le noir reste omniprésent et plonge cette saga dans une ambiance malsaine, glauque et profondément crasseuse… Parfaitement adapté pour lire du John Constantine après tout ! Après un 1er volume très encourageant, ce second volume confirme le parti pris de l’auteur qui souhaite résolument replonger le héros anglais dans des intrigues magiques dans l’ambiance qui lui sied à merveille : crade et loin d’être saine. Et comme de coutume avec la saga, je suis resté hypnotisé dessus tout un week end…. Décidément, même si le personnage est fictif, sa magie est bien effective… Ça fait peur non ?
Alors que les “enfants” de John ont déclenché l’enfer sur Londres, leur père avait dû employer les moyens pour arrêter la catastrophe. Mais c’est lors de ce moment que sa sœur va être assassiné par son mari manipulé… Pas moyen pour Constantine d’accepter une telle situation et va donc aller aux enfers pour récupérer l’âme de la défunte… Mais ce n’est jamais une mince affaire avec le détective de l’occulte.
Ce troisième volume qui conclut le run de Mike Carey ne fait pas dans la dentelle. Dès le début, l’auteur nous propulse dans l’enfer de cet univers et livre tout ce que j’aime sur la franchise. Constantine va marcher sur les oeufs tout le long de ce périple et va toujours chercher à atteindre son but, peu importe la manière. Et c’est ça que j’apprécie le plus dans cette franchise. J’ai l’impression de lire sans cesse une énorme partie de poker, où chacun va miser ce qui leur est le plus cher (et souvent des vies… accentuant l’effet dramatique) et John au milieu de tout ça, qui semble usuellement détaché de ce genre de prix. D’ailleurs, il parvient toujours à gagner sa partie mais jamais sans peine.
D’ailleurs, pour renforcer ce côté glauque et malsain, le travail graphique de Leonardo Manco, très réaliste mais aussi très noir et expressif, apporte de la profondeur et un ton inconfortable. Le photo-réalisme donne de la crédibilité à l’univers renforçant la dramaturge et la tension des récits, presque comme un film d’épouvante. C’est parfois même étouffant, c’est dire si l’artiste a fait un sacré boulot.
Ce volume, qui nous amène à rencontrer un grand nombre de figures du passé, se repose tout de même souvent sur la même mécanique des pactes qui donne ce sentiment d’un système un peu trop usé. Mais l’univers glauque servi par Mike Carey rend la lecture palpitante avec un retour au source pour le personnage où les démons et la magie reviennent au centre du titre et c’est toujours un régal… Surtout quand il dépeint toujours de manière aussi inquiétante la nature humaine… via des démons !
L’avis de Hush sur Simon Spurrier présente Hellblazer :
Un week-end rythmé par cette lecture incroyable.
Vendredi, après le visionnage de Shang-Chi, direction Astro City. En zieutant, je flashe sur la couverture de (Paix à son âme) Jean-Paul Léon. La couverture est constantinesque avec un John allumant sa cloque et face à sa tombe dont l’épitaphe est ô combien évocateur « John Constatine gît ici et il l’a bien mérité ».
Je rentre à la maison avant de décoller au bureau. Je prépare mon sac de Rubgy et la couverture me fait de l’oeil.Allez, j’entame la lecture du numéro #0 (Sandman présente Hellblazer) que j’avais lu en VO et qui m’avait bien bôté. Mais avant cela, Urban a eu l’excellente idée d’insérer une petite interview de l’équipe créative (qui réalise un boulot de dingue sur ce run malheureusement écourté). Grossomodo, John s’est perdu (comprendre dans le DCU et de manière éditoriale), il est repêché au sein d’une ligne temporelle ou quantique avancée. Là, c’est le bordel, Tim Hunter (héros d’une autre série du Sandmanverse récent) est devenu trop fort, trop puissant en pleine bataille magique. Heureusement, Constantine veille au grain, envoie Chas armé d’une tête de cochon marquée d’incantation magique à base de « Fuck »…Malheureusement pour John, heureusement pour le lecture, tout part en couille et pouf, ni une, ni deux, John se retrouve de retour au présent dans une Angleterre en plein Brexit.
Ouf. J’en arrêterai là sur l’histoire car vous spoiler le bouquin serait hérésie et je mériterai un châtiment. Si j’ai bien écrit mon texte, vous avez reconnu un vrai projet HELLBLAZER, loin des versions édulcorées du DCU proper.
Si Spurrier, Aaron Campbell, Matias Bergara et Marcio Takara (qui dessine le one-shot introductif) ont su mettre en lumière le monde d’Hellblazer comme l’on aime. Ce livre, après le dernier épisode de la série en 2013, tout de même, prend la forme d’un bel un hommage à tout ce qu’est Hellblazer. De grosses empreintes graphiques, des couvertures emblématiques, des clopes, des pubs, les Classes populaires et/ou aristocratiques, l’Angleterre, les démons, les tricheries de l’oncle John, des citations du type « le prix à payer est toujours supérieur au gain », le passé, les amis comme des outils, des one-shots, etc…
C’est bien sûr beaucoup d’autres choses, des auteurs au CV monstrueux sont passés par cette case Hellblazer comme tremplin ou à l’apogée de leur travail. Mais à la lecture de magnifique bouquin, on ressent ce patrimoine fort qu’est les aventures de ce personnages hors du commun. Le Mage des ouvriers est l’un de ses facettes.
Après sa vie dans le DCU, toujours en cours, Hellblazer c’est Vertigo et Vertigo c’est devenu le Black Label, sorte d’espace où la créativité serait plus libérée ou moins bridée par l’éditorial. Ce point de vue se défend sans vraiment être véritablement indiscutable.
Mais il semble que Si Spurrier ait pu écrire ce qu’il voulait, je le pense sincèrement. Après parler de l’Angleterre dans un bouquin US, c’est prendre peu de risque, je pense (« Loin des yeux, loin du coeur »). John « revient » dans cette Angleterre, terre de magie, d’injustice sociale, empreinte de xénophobie (comme un peu partout mais là, n’est pas le débat). Si le fil rouge est très présent, il s’est aussi s’effacer pour évoquer les multiples sujets que notre société rencontre ! mépris des classes supérieures (Si Spurrier va même jusqu’à intégrer l’entourage de Reine avec l’actualité récente), la drogue comme échapatoire, etc… mais comme pour nous rappeler que l’histoire est bien construite (c’est le cas sauf sur la fin où cela s’accélère d’un coup de baguette magique) et qu’il faut rester concentré car l’histoire avance. Où plutôt devrais-je écrire que Si Spurrier tire lentement la couverture pour nous cacher la réalité de son histoire et la révélation finale.
Toujours dans l’esprit des débuts d’Hellblazer, on retrouve des petits arcs de deux-trois épisodes, rythmé par un petit one-shot dessiné Matias Bergara (mes épisodes préférés, je dois dire). Un hommage, je vous dis.
A cela, Hellblazer reste aussi pour moi une ambiance. Je me souviens de celle d’Azzarello, celle de Carey mais les Hellblazer de Jamie Delano donnaient la voix à des artistes aux styles hardcores, bouillants, parfois illisibles pour mes yeux mais créant une ambiance graphique servant l’horreur de l’histoire. Là, dessus, le travail de Aaron Campbell est à souligner.
J’en arrive à l’histoire. Est-ce une bonne histoire? Sûrement. Frustrante aussi. La série VO est annulée une an après son lancement et son succès critique évident. Mais Hellblazer ne vend pas. Si Spurrier est peiné bien sur (il écrit une tribune à ce sujet) mais surtout il avait encore du grain à moudre (pour ceux qui liront la fin, c’est évident qu’il n’allait pas laisser cela en plan), du bon grain sans aucun doute.
Alors ne passez pas à côté de cette lecture exigeante, magnifiquement éditée par Urban et qui me rappelle encore et encore que je dois compléter ma collection des « Auteurs présentent Hellblazer ».
Sur la quatrième de couverture, Urban rédige « Cette série est ce qui se fait de mieux chez DC depuis deux ans ». J’aurais tendance à dire depuis 2013.
Le week-end fût excellent.
L’avis de Ben-Wawe sur le Hellblazer de Tom Taylor et Darick Robertson :
Je n’avais pas été conquis par un #1 timide et très « classique » pour du Hellblazer.
Tom Taylor me surprend agréablement pour ce #2, qui montre beaucoup, beaucoup plus, autant dans le nombre d’événements qui interviennent, que dans la volonté de surprendre, choquer, faire avancer et expliquer l’action.
John Constantine rencontre donc Satan, qui lui fait croire qu’ils ont couché ensemble, mais non et lui révèle l’identité du démon qui s’est emparé du corps du gamin jadis tué à cause de John, dans sa jeunesse. L’explication du conflit de pouvoir en enfer est classique, mais efficace, parce qu’elle permet de bien utiliser Satan, vraiment fun dans ses apparitions, répliques et réactions (notamment son incapacité à accepter l’autorité).
Tout ça mène au père du gamin, qui est terrorisé par le démon, et donc à un plan. Mais l’amie de John découvre finalement le gamin possédé chez elle, à jouer avec ses enfants, ce qui présage du pire.
Et c’est bien, tout ça. Que ça soit les réactions de John, la caractérisation de Satan, la gestion du flic mort, la culpabilité de John, le gamin possédé, son père, l’amie de John, tout ça fonctionne très bien. La saga se lance enfin, John « est » John, avec des approches classiques mais moins « prévisibles » que dans le #1 qui m’a déçu.
Tout est fluide, bien pensé, bien amené, avec beaucoup de choses dans le numéro. Darick Robertson livre encore de très, très belles planches, et accompagne idéalement un récit sombre, pas trop gore, avec une très belle atmosphèreLe #1 m’a déçu, le #2 me plaît énormément. A voir comment le #3 va finir tout ça.
Tom Taylor retombe bien sur ses pieds avec cette dernière partie, classique mais efficace.
Il a suffisamment de pages pour évoquer précisément le plan de John Constantine et les rebondissements, efficaces bien que peu surprenants. J’apprécie notamment le temps qu’il prend pour sa conclusion, avec plusieurs planches pour acter le destin des personnages, et ainsi bien « finir », avec une dernière image provoc’ mais sympathique.
Bon, ça n’est pas une grande mini-série, ni une grande histoire d’Hellblazer. Mais ça reste fluide, agréable, un peu fun et bien dessiné par un Darick Robertson inspiré.
J’avais espéré un peu « plus » de Tom Taylor, mais celui-ci reste droit dans ses bottes : il voulait proposer un Hellblazer « à l’ancienne », on y est même s’il fait trop bien ses devoirs. Ca manque de folie, ça manque un peu de cette étrangeté si appréciable dans la série originale.
M’enfin, ça se lit bien, c’est sympathique et ça fonctionne. On a vu bien pire avec John Constantine.

























