LA CUISINE DES OGRES t.1 (Fabien Vehlmann / Jean-Baptiste Andreae)

La Cuisine des Ogres - Trois-fois-morte

A l’intérieur du mystérieux massif que l’on appelle « La Dent du Chat » vivent des ogres. Fin gourmets, leurs mets délicats se composent néanmoins d’ingrédients quelque peu inhabituels… Lorsqu’une jeune orpheline nommée Blanchette se fait capturer avec d’autres enfants pour être emmenée au cœur du cratère et servir de dîner à ses imposants habitants, le cauchemar s’installe. Hachée, mijotée, écrasée : celle qu’on surnommera « Trois-fois-morte » met la faucheuse au défi : grâce à son courage (et un peu de chance), elle survit à tous les dangers et obstacles qui s’imposent à elle. Avec l’aide du jeune korrigan Brèche-Dent, elle va devoir redoubler d’inventivité pour survivre à cet enfer et sauver ses amis.

  • Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SÈVRES (13 mars 2024)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Relié ‏ : ‎ 84 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2810202680
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810202683
  • Dimensions ‏ : ‎ 24.1 x 1.3 x 31.9 cm

Extraits :

Jim

Les Éditions Rue de Sèvres sur leur compte Facebook le 27 février 2024 :

Le 13 mars, vous pourrez plonger dans “La Cuisine des Ogres : Trois-Fois-Morte” de Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andreae 🥘

Ce conte horrifique tout public à l’univers graphique à couper le souffle est le premier volet d’une histoire complète en 3 volumes, chacun lisible indépendamment des autres.

Jim

Très chouette conte, qui obéit aux règles de ce genre de fiction (un personnage, souvent inférieur, est mis en danger et suit un parcours initiatique qui va lui permettre de révéler un don et par conséquent d’assurer sa place dans la société, une place qui n’est pas sans danger cela dit…) tout en se permettant d’aller au-delà.

Donc, on suit une jeune fille aux cheveux blancs, dont la tignasse la rend différente et témoigne d’un passé certes court mais déjà difficile. En tentant de sauver sa bande de gamins des rues, elle est capturée par un croque-mitaine qui la revend à des ogres en quête d’ingrédients goûtus pour les mets qu’ils préparent.

Déjà, première entorse, l’héroïne ne parvient pas à sauver tout le monde. Vehlmann le montre bien en faisant intervenir la figure d’un chevalier, qui semble surtout tenir de Don Quichotte, et qui n’est pas plus efficace. L’enfant aux blancs cheveux tente d’échapper aux ogres et à leurs hachoirs, puis échoue dans un monde souterrain, celui de la vaisselle, et va se découvrir un don pour la cuisine, à l’image d’un Ratatouille, qui va lui permettre de se hisser un peu plus haut, à tous les sens du terme.

Formellement, c’est très bien. Je ne suis pas toujours très clients du franco-belge en peinture, mais j’ai été charmé ici par le travail de Jean-Baptiste Andreae, qui parvient à créer une tension évidente entre la joliesse du trait et l’horreur de ce qui est montré : très mignon et très sanguinolent en même temps.

Vehlmann quant à lui s’amuse avec les dialogues, les accents (le défaut de prononciation de Brèchedent aurait à mes yeux pu être plus prononcé, mais bon, je suis client du surjeu en la matière…) ou le vocabulaire : mention spéciale pour le chef du hachoir au vocabulaire abondant et truculent.

Il convoque aussi de nombreuses figures, qui proviennent des contes, de la mythologies, des folklores et des superstitions, le tout dans un joyeux entassement de références qui convoquent à la fois Rabelais et la cryptozoologie. Un jeu de piste abattant la carte de la surabondance.

Et puis, il y a la fin, le défi, l’affrontement avec le boss de fin de niveau, qui rappelle les duels mythiques et déséquilibrés à la David et Goliath, l’épreuve ultime que le personnage démuni parvient à passer là où les autres, pourtant forts de leur expérience et de leur statut, ont échoué. Il y a bien entendu de Ratatouille là encore, mais pas que. Et puis le scénariste lève le voile sur le passé de son héroïne et donne à son surnom « Trois-Fois-Morte », un sens nouveau, une épaisseur émouvante. Il y a dans ces derniers développements une touche évidente de féminisme, une évocation des problèmes sociaux contemporains, faisant renouer le récit avec une fonction éternelle du conte, celle de parler de nous.

Jim

2 « J'aime »

Ah, bien, ça.
De sa fournée récente, je préfère l’autre, mais bien quand même.

Jim

Comme j’ai aussi l’autre…
Bon, y a plus que deux ou trois titres du bonhomme à choper…

Et à lire, dans deux ou trois ans…

Jim

Ce sera ma thématique de la prochaine mousson (nouveau nom de l’été)

1 « J'aime »

Mais quel album !!!
Je me suis lu ça tranquillou hier, je ne savais plus trop de quoi ça parlait, et je me suis régalé. Y pas à dire, tu peux faire la meilleure aventure du monde, si tu n’as pas des dialogues qui vont bien, ça ne peut pas le faire. Et là, pour moi, je pense qu’au niveau des dialogues, je pense que c’est le meilleur de Vehlmann. Y a un paquet de scènes qui sont formidables, Jim évoque celui du chef du hachoir qui est excellent, mais j’avoue que celui de Mère-en-gueule a ma préférence, avec ses ouailles qui fouille sa cuisine. Et puis la tirade du sénéchal, à la fin … c’est à mourir de rire. J’ai l’impression que l’auteur et le dessinateur ne se sont laissées aucune limite en terme de référence (que ce soit dans la vraie vie ou dans les chimères, légendes, mythologies, la pop culture… un peu comme dans Top Ten, mais de manière moins imposantes, évidemment), et ça ne fait pas orgie, ça donne juste envie de reprendre la BD en permanence. Rien que pour les bulles, l’album vaut son pesant de cacahuètes.
La fin nous amène sur le discours que souhaitait mettre en avant Vehlmann, qui pourrait paraitre anachronique, mais je pense que c’est surtout pour le situer à l’époque où se situe l’histoire, car la forme d’abus a juste changé.
Le récit m’a fait penser un peu à Satanie, où la petite découvre des nouveaux lieux, quasiment en permanence, guidée par une unique mission et finalement, elle se retrouve à rester là où elle est.
Le rythme est très bon, ça ne s’arrête jamais. Les moments de calme sont des faux moments de calme.
Le dessin de Jean-Baptiste Andreae est très, très bon … je ne suis pas toujours fan de fantasy, mais là, ça passe crème. Et c’est vraiment magnifique.

Un album très facile à refiler à un invité de passage.

Je ne sais pas si ce sera une de mes lectures de l’année, mais si ce n’est pas le cas, ce sera une grande année ! Très grande !

(je vais le refiler à ma fille, tiens)

Belle métaphore.

J’aurais une petite préférence pour Le Dieu-Fauve, qui joue à fond sur les niveaux de langue, les points de vue, les narrateurs, mais c’est vrai que celui-là est très fort.

Jim

Le Dieu-Fauve est le prochain…

Mais j’aime beaucoup l’usage de vieux mots, de métaphores, d’argot, de mots imagées … j’adore. Et là, c’est festival !