LA MAIN DU CAUCHEMAR (Oliver Stone)

REALISATEUR & SCENARISTE

Oliver Stone, d’après un roman de Marc Brandel

DISTRIBUTION

Michael Caine, Andrea Bercovici, Annie McEnroe, Bruce McGill…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Titre original : The Hand
Année de production : 1981

Ce n’est pas la partie la plus connue de la filmographie de Oliver Stone mais avant de devenir le cinéaste engagé que l’on connaît, le futur réalisateur de Platoon, Wall Street et JFK a débuté sa carrière avec deux films d’horreur tournés à sept ans d’intervalle. Le premier long métrage d’Oliver Stone fut donc Seizure (La Reine du Mal en V.F.), une production indépendante à petit budget sortie en 1974 dans laquelle un écrivain de romans d’horreur est confronté à trois de ses créations qui ont pris vie. Ce premier essai est passé inaperçu et Stone s’est concentré sur son activité de scénariste : pendant cette période, il a notamment écrit le scénario de Platoon (qui attendra dix ans avant d’être mis en images), il a gagné un Oscar pour celui de Midnight Express et il a travaillé sur les premières versions du script de Conan le Barbare (avant l’arrivée de John Milius qui a tout réécrit).

Oliver Stone a rencontré le producteur Edward R. Pressman pendant le temps passé sur le développement de Conan le Barbare. Les deux hommes sympathisent (leur collaboration s’est ensuite poursuivie sur sept autres projets) et Edward R. Pressman choisit alors Stone pour adapter sur grand écran un roman dont la Warner venait d’acquérir les droits, The Lizard’s Tail (La Queue du Lézard pour sa publication française) de Marc Brandel, titre changé en The Hand (La Main du Cauchemar en V.F.), deuxième réalisation d’Oliver Stone et sa première pour un grand studio.

Après les refus de Jon Voight, Christopher Walken et Dustin Hoffman, le rôle de l’auteur de bandes dessinées Jon Lansdale (au lieu de Martin Task dans le livre) est revenu à Michael Caine. L’acteur britannique avait envie de tourner dans un film d’horreur…et le chèque lui permettait d’avoir l’apport nécessaire pour la construction d’un nouveau garage. Il livre une interprétation enfiévrée en homme dont la vie part en lambeaux après un stupide accident. Avant cela, Jon Lansdale avait tout : un comic-strip à succès (Mandro, un ersatz de Conan…et les dessins sont d’ailleurs signés par un certain Barry Windsor-Smith, le tout premier dessinateur des comics Conan the Barbarian de Marvel), une famille qu’il adore et une superbe demeure. Une belle vie qui commence à se craqueler lorsque sa femme lui annonce qu’elle veut plus d’indépendance. Une dispute en voiture prend une tournure dramatique et dans une manoeuvre qui implique une autre voiture et un camion, la main de Jon est arrachée…

Maintenant incapable de dessiner, Lansdale a du mal à s’adapter à son nouvel état, ce qui a des effets négatifs sur ses relations avec sa femme et son agent. C’est alors qu’il est hanté par des sortes de visions, dans lesquelles sa main arrachée se met à se balader et à s’en prendre à ceux qu’il croise (la première victime étant un clochard joué par Oliver Stone lui-même). Le thème de la « main qui tue » a nourri la littérature et le cinéma horrifique depuis Les Mains d’Orlac de Maurice Leblanc. Mais de l’aveu d’Oliver Stone, ce n’est pas cet aspect de l’histoire qui l’intéressait le plus…La Main du Cauchemar tient donc plus du thriller psychologique sur la désagrégation d’un individu (lui qui n’était pas non plus dans un très bon état d’esprit en ce temps-là, entre ses problèmes de drogue, le rejet initial de Platoon et ses relations compliquées avec le studio).

Et sur ce point, la première partie du métrage est convaincante. Bien jouée, avec des effets-chocs peu nombreux mais efficaces, un rythme lent mais qui ne manque pas d’une certaine tension et de bonnes idées, comme ce passage de l’image au noir et blanc pour illustrer les tourments du personnage principal. Le réalisateur brouille alors les pistes : est-ce la réalité ou l’expression de la folie de Lansdale ? Hélas, le récit n’est pas maîtrisé sur la durée et se traîne dans sa deuxième moitié avant un dernier acte un peu plus palpitant qui permet à Michael Caine de se déchaîner. La résolution n’est pas si surprenante que cela…mais la dernière scène ajoute une touche un peu plus délirante, certainement imposée par le studio car elle tranche avec le ton voulu par Oliver Stone (qui n’avait pas le final cut).

Il y a donc des choses très intéressantes dans cette seconde réalisation d’Oliver Stone, même si le résultat final se perd un peu dans son déroulement, tiraillé entre la vision du réalisateur et les demandes d’un studio qui voulait plus d’horreur, plus de plans avec la main qui tue. Un film qui a certes ses défauts…mais qui m’a plus diverti que la plupart de ses oeuvres plus récentes…

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Et voici un aperçu du comic-strip Mandro :

1 J'aime

Une sympathique surprise. Je craignais un film dans la lignée de la Ferme de la Terreur de Wes Craven : un film daté, radin en effet horrifique, simple véhicule de star voulant faire construire sa piscine (ou son garage).
C’est tout simplement l’inverse, car ce film préfigure le style de Stone par certains aspects. À l’état embryonnaire bien sûr, certains effets de style seront developpés tout au long de sa carrière : les passages en n&b, les flash subliminaux accentuant l’humeur du personnage ou renforçant une situation sur le point d’exploser. Certaines scènes où la caméra adopté le point de vue de la main (!) ressemblent à des scènes d’embuscade au Vietnam. Quelques effets sonores ou graphiques rappelleront un certain Woody Harrelson dans Tueurs Nés par exemple.
Bref, si visuellement, il y a la naissance d’un style, il y a aussi une approche auteurisante du genre. Un chouette rapport à la création
Que le réalisateur soit là première victime de la main est une idée amusante (au message peut être pas si innocent). La « presence » de BWS est tout aussi amusante pour le fan de Conan, et pour la petite histoire (puisque Stone travaillait sur l’adaptation de Conan). Et la scène où Caine enseigne à des étudiants visiblement peu intéressés par la bande dessinée peut aussi être interprète comme Stone présentant son Conan à des exécutifs peu emballés.

La Main est donc un film sur la frustration. Frustration artistique, voire sexuelle, qui en plus, permet, pour les esprits joueurs, de voir en Michael Caine, l’esquisse du Ash d’éveil Dead 2!

Tellement horrible que je ne pouvais pas arrêter de rire. C’est en fait très amusant. Horrible comme un film d’horreur mais passable comme une comédie.


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