LA MONTAGNE MAGIQUE (Jirô Taniguchi)

Discutez de La Montagne Magique

Je me lance dans ma première critique, en espérant qu’elle vous aidera dans votre choix d’acheter ou non ce « manga » ^^

Je mets manga entre crochet car ce one-shot est semblerait-il le fruit de la collaboration entre l’éditeur Casterman et l’auteur Jirô Taniguchi lui-même. Comme Taniguchi l’explique dans un texte en début de volume, il a toujours été passionné par la BD européenne, et il a toujours rêvé de dessiner une histoire qui reprendrait le format de celle-ci (grande taille, couverture cartonnée, dessins couleur, etc…) C’est chose faîte et c’est pour notre plus grand plaisir :slight_smile: L’édition est d’ailleurs très belle et digne de nos plus belles BD européennes. Casterman a soigné son travail.

Attaquons à présent le contenu.

L’histoire, bien que courte, reste très intéressante et on ne s’ennuie à aucun moment. Nous retrouvons d’ailleurs très vite quelques marques typiques de cet auteur, à savoir, l’enfance, la volonté de lutter contre les obstacles de la vie et le courage lié à ces évènements. Un nouvel élément prend place ici également, moins courant sous sa plume : le surnaturel. Toutefois, celui-ci reste léger et s’intègre parfaitement à l’histoire. En lisant ce livre, j’ai eu le sentiment de découvrir une des nombreuses légendes japonaises :slight_smile: Quoi qu’il en soit, l’histoire se dévore, les personnages sont attachants et la mise en scène très efficace. Un point important, ne vous attendez pas à de l’action dans tous les sens, ici, c’est nettement le côté « poétique » qui l’emporte.

Quant aux dessins, le fait de voir les traits de Taniguchi colorisés surprend un peu au départ (même si nous l’avions déjà vu auparavant dans quelques pages couleurs), les détails sont parfois moins présents mais au final, le résultat reste comme d’habitude remarquable (mention spéciale aux décors, superbes pour changer :slight_smile:)

Bref, un volume que je recommande à tout le monde pour le plaisir qu’il procure, même s’il reste un peu court. On en redemande ! :slight_smile:

Enfin, petit bonus de fin de volume, une longue interview de l’auteur très interessante !

Il sera mien bientôt :smiley:

Moi aussi ca m’interesse. Et bravo Tec :wink:

Merci dendys ! :slight_smile:

En plus, je suis bien content si ça vous motive à vous le procurer ! :slight_smile:

Merci Tec au fait. Par contre, tu as le prix de la bête, ainsi que le nombre de pages ? La couverture est dure comment ?

Ouaip, c’est 13€75 prix normal soit 13€06 avec la réduc des 5% normalement :slight_smile:

Il y a 75 pages en tout.

Côté dureté, c’est comme les Astérix chez nous par exemple, c’est dur rigide (heureusement que Fab n’est pas là pour donner un autre type de référence :smiley:)

EDIT : Voici le lien chez l’éditeur apparemment.

75 pages c’est tout !!! Ha oui, c’est peu quand même. Bon c’est en couleur par contre… Faudra que je regarde ça.

Merci pour les infos Naz et Tec.

Fruit de la rencontre entre Taniguchi et la rédaction de Casterman, La Montagne magique est, d’après l’auteur lui-même, la réalisation d’un rêve. Amateur de longue date de bande dessinées franco-belge, le mangaka a répondu présent quand Frédéric Boilet et l’éditeur lui ont proposé de réaliser un album de soixante-quatre pages dans un format cartonné traditionnel par chez nous (du coup, revient la sempiternelle question : on le met ici ou dans la section franco-belge, hein, dites, hein…).

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L’action se passe en 1967 dans la petite ville de Tottori (que Taniguchi a connue dans son enfance), située au pied d’une petite montagne recouverte d’une forêt dense. Le jeune Ken’ichi et sa petite sœur sont inquiets parce que leur mère est hospitalisée, et vu que le séjour dure, ils se font de plus en plus de souci. Lors d’une de ses balades dans le quartier, le jeune garçon entre dans un musée où il découvre une salamandre vivante, dans un aquarium. Et l’animal lui parle. En échange de sa liberté, la bête promet d’exaucer un vœu de l’enfant.

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L’album se découpe en deux parties. La première est une chronique du quotidien, où Taniguchi se penche sur l’enfance, la famille, les sentiments. La seconde verse clairement dans le fantastique, mais l’auteur parvient à glisser d’une tonalité à l’autre avec un naturel achevé. On est dans le registre du conte, mais le bédéaste parvient à former une image cohérente sans donner l’impression de forcer le mariage ou d’enfoncer les pièces du puzzle à coup de maillet. Le surnaturel fait partie de cet univers et de la vie en général. Belle manière de parler de l’enfance.

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Les couleurs, réalisées par Walter, un Français installé au Japon d’après ce que l’on m’a dit, sont très réussies. Si la palette est plus pastel, son travail de modelé m’a cependant fait penser à la colorisation d’Oliff pour Akira (réalisée par informatique avec des coloris plus saturés). C’est à la fois élégant, agréable à l’œil et très subtil. Le seul petit bémol que j’émettrais concerne les récitatifs, posés sur les dessins et qui, parfois, sont parasités par les traits de l’image. Des blocs à contours auraient mieux fonctionné à mon sens.

L’album propose une interview très sympathique de l’auteur, qui revient sur ses idées, ses influences, son rapport à l’enfance et au fantastique.

Jim

J’ai l’édition de l’École des Loisirs, moi. il me semble que c’est du format souple, mais j’ai un doute.
L’édition standard, c’est du cartonné ?

Tori.

Oui oui. En tout cas, l’exemplaire que j’ai.
Dont je ne me souviens pas du tout de la provenance : je ne sais pas si c’est un cadeau, je ne me revois pas l’acheter, un mystère…

Jim

En cherchant sur le net pour savoir si mon exemplaire était souple (plus rapide que de chercher mon exemplaire), j’ai eu ma réponse (spoiler : c’est bien le cas), mais j’ai découvert d’autres trucs :

Bizarrement, ce passage ne me parlait pas… Et pour cause : mon exemplaire n’a pas cette traduction (et est bien souple, donc) :

Tori.

La page est bien dans mon exemplaire.
Ça m’a surpris, mais pas choqué : y a une différence culturelle entre nous et les Japonais (la preuve), j’ai donc lu la page dans cette optique.
Les gens s’effraient pour un rien, quand même.

Jim

Comparez :

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DybfcezXcAAnHAK

Comme toi, je trouve que c’est beaucoup de bruit pour rien.
Et, franchement, dans le contexte, ça n’est pas si choquant (on entend pire à la télé aux heures de grande écoute) !

Tori.

La version « censurée » est plus anodine, effectivement.
La première version est assez drôle, on voit bien la différence entre les adultes et les enfants, les premiers en rajoutant pour effrayer les seconds.

Jim

Euh oui. J’ai relu deux fois pour comprendre le « problème »

Ce qui me chagrine le plus dans ce genre d’affaires, n’est pas tant que des illuminés s’insurgent de tout et n’importe quoi, non, c’est que raison leur soit donnée…
L’impression que le niveau de déresponsabilisation dans la société est telle, qu’à la moindre vague, ça fait marche arrière.

Ce que ça raconte de la création, création de façon générale, me désespère un peu…
Comment créer une quelconque oeuvre subversive quand même Jiro Taniguchi se voit retirer une de ses bd des bibliothèques d’écoles au nom de la morale ?

Au-delà même de tout caractère subversif, ça pose la question de la caractérisation des personnages. Si les lecteurs ne sont pas capables d’accepter qu’un personnage puisse faire des blagues de mauvais goût ou même être un sale con, comment peut-on varier les caractères qu’on met en scène ?
C’est ce que je dis toujours : aujourd’hui, Rabbi Jacob, ce ne serait plus possible.

Jim

J’entends et je suis bien d’accord. Simplement je ne tique pas tant sur les lecteurs justement (élèves et parents) mais sur le fait qu’à la direction des écoles, au rectorat, ou au ministère, on ait pu donner raison à ces parents. C’est à cet endroit là que je me sens désarçonné.

Dans une autre logique, que des lecteurs d’un roman s’enflamment pour tel ou tel propos c’est une chose, mais que l’éditeur lâche le romancier pour éviter d’affronter une quelconque vague d’indignation, ça, ça me désespère parce que ça suppose qu’à l’avenir, pour éviter ce genre de malheur, des romanciers en herbe (ou non d’ailleurs) pourraient s’auto-censurer. Ce qui en terme de création, devient terrible.