L'ANGE DE LA VENGEANCE (Abel Ferrara)

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REALISATEUR

Abel Ferrara

SCENARISTE

Nicholas St John

DISTRIBUTION

Zoë Tamerlis, Albert Sinkys, Darlene Stuto, Helene McGara…

INFOS

Long métrage américain
Genre : thriller
Titre original : Ms .45
Année de production : 1981

Thana est une jeune femme muette qui travaille dans un atelier de couture à New-York. Un jour, alors qu’elle rentre chez elle, elle est attaquée par un homme masquée (campé par Abel Ferrara), entraînée dans une ruelle déserte et violée. Mais son calvaire n’est pas terminé. À peine dans son appartement, elle tombe sur un cambrioleur qui se jette sur elle. Pendant l’acte, Thana réussit à saisir un objet pour assommer son assaillant avant de le tuer avec un fer à repasser…

Premières minutes aussi difficiles que redoutablement efficaces…

L’Ange de la Vengeance (Ms .45 en version originale) est le premier film de l’actrice Zoë Tamerlis, qui prendra ensuite le nom de Zoë Lund. Si elle n’a pas eu une longue carrière, elle est restée proche de Abel Ferrara pour lequel elle a co-écrit Bad Lieutenant (elle joue également un petit rôle dans le film) avant d’être emportée par ses problèmes de drogue qui finiront par lui coûter la vie à l’âge de 37 ans. Au moment du tournage de L’Ange de la Vengeance, elle était à peine majeure et elle livre une composition troublante, avec son visage expressif qui se métamorphose tout au long de sa croisade macabre.

Après avoir tué son deuxième agresseur, Thana (apocope de Thanatos, personnification grecque de la mort) découpe le corps dans sa baignoire et se débarrasse progressivement des preuves en les disséminant en ville (dans une poubelle, une consigne, un coffre de voiture ouvert…). Elle avait déjà du mal à communiquer avec les autres à cause de son handicap, à trouver sa place même au sein de collègues pourtant compréhensives et ce traumatisme va la faire se refermer complètement sur elle-même, sans personne avec qui partager une douleur qui l’amène aux frontières de la folie, ce qui est très bien rendu par l’interprétation de la jeune actrice.

Pour Thana, surmonter l’horreur qu’elle a subie passe par l’utilisation du pistolet du cambrioleur, un symbole phallique pour se venger des hommes dans une mission nocturne. Elle franchit une ligne et va beaucoup trop loin dans cet engrenage implacable, en mettant tous les hommes dans le même panier. On se doute alors bien que Thana ne pourra jamais revenir en arrière et le terrible final, viscéral et poignant, prend alors des allures de cérémonie sacrificielle qui là aussi utilise un objet mortel dans une représentation symbolique.

L’Ange de la Vengeance s’inscrit pleinement dans le courant du cinéma d’exploitation qu’est le rape and revenge, mais Abel Ferrara a su ne pas plonger complètement dans les écueils crapoteux du genre pour proposer le portrait tragique d’une femme prise dans une spirale destructrice, aidée en cela par une actrice impliquée. Dans les limites de son petit budget (dans les 60.000 dollars), l’ensemble est plutôt maîtrisé, vision pessimiste parsemée de quelques légères touches d’humour (les scènes avec le toutou hargneux de la voisine de Thana).

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