LE FILS DE FRANKENSTEIN (Rowland V. Lee)

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REALISATEUR

Rowland V. Lee

SCENARISTE

Wyllis Cooper

DISTRIBUTION

Basil Rathbone, Bela Lugosi, Boris Karloff, Lionel Atwill…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Titre original : Son of Frankenstein
Année de production : 1939

Lorsque l’on regarde la liste des Universal Classic Monsters, on remarque une pause de trois ans entre La Fille de Dracula (1936) et Le Fils de Frankenstein (1939). C’est parce que la vague des films d’horreurs débutée en 1931 avec le Dracula de Tod Browning et le Frankenstein de James Whale était retombée (presque) aussi vite qu’elle avait commencée et les studios se sont alors brièvement désintéressés du genre. Brièvement, car en 1938 la Universal, qui avait du mal à remplir ses caisses, décida de ressortir Dracula et Frankenstein en double programme. Une initiative couronnée de succès qui poussa le studio à reprendre la cavalcade des monstres en développant son univers tout au long d’une quinzaine de films pendant les années 40.

Le premier long métrage qui relança la vague des Classic Monsters fut donc Le Fils de Frankenstein en 1939. Une production accélérée…le script n’était pas encore tout à fait prêt lorsque le tournage commença en novembre 1938 pour se terminer le 5 janvier 1939, soit huit jours avant sa sortie le 13 janvier 1939 ! Ce qui n’a pas empêché le réalisateur Rowland V. Lee (Le Comte de Monte-Cristo) de livrer une suite de qualité car il n’était pas facile de passer après le chef d’oeuvre de James Whale, La Fiancée de Frankenstein.

Basil Rathbone (qui venait de triompher en méchant dans Les Aventures de Robin des Bois et qui s’apprêtait à incarner Sherlock Holmes pour la première fois dans Le Chien des Baskerville) livre une savoureuse prestation, avec une frénésie qui rappelle souvent celle de Colin Clive dans les deux premiers Frankenstein (il en fait un petit peu trop mais sans que ce soit indigeste), dans le rôle de Wolf, le fils du baron Frankenstein, qui vient s’installer avec sa famille dans le château de son père décédé. Ce qui ne plaît guère aux villageois, persuadés qu’il va reprendre les expériences familiales. Wolf veut juste vivre tranquille avec sa femme et son fils…jusqu’à ce qu’il rencontre le bossu Ygor qui lui révèle que la créature de son père vit toujours…

À partir de ce troisième volet, il ne faut pas s’attendre à une continuité stricte entre chaque entrée de la saga. La créature ressuscite régulièrement sans souci de cohérence et suite à un incident, elle a ici le cerveau endommagé et a perdu l’usage de la parole, devenant une sorte de zombie aux ordres de Ygor, l’ancien assistant du baron (alors que ce personnage s’appelait Fritz dans le premier opus). S’il a perdu sa dimension tragique, ses apparitions sont tout de même puissantes (comme lorsqu’il surgit du puits tel un ogre). Boris Karloff a dit adieu au rôle qui l’a rendu célèbre avec ce long métrage, la créature perdant au fil des épisodes de sa profondeur pour ne devenir qu’un simple pantin.

La véritable surprise du Fils de Frankenstein est Bela Lugosi, méconnaissable en bossu revanchard, au cou cassé après une pendaison ratée. Catalogué, l’interprète de Dracula avait alors du mal à trouver des rôles (il n’avait pas tourné depuis un serial en 1937) et Rowland V. Lee lui a permis d’improviser et d’étoffer sa prestation, une des meilleures de sa carrière. Il y a aussi Lionel Atwill en courageux inspecteur manchot, au centre de quelques passages au ton décalé, qui est l’inspiration de l’hilarant Kenneth Mars dans le Frankenstein Junior de Mel Brooks.

Visuellement, le film est de toute beauté : les contrastes de la splendide photographie, les décors expressionnistes, l’atmosphère de nuits et d’orages perpétuels participent à l’efficacité de cette très bonne conclusion de la « trilogie Karloff ». Mais si Boris Karloff a tiré sa révérence, ce n’était pas la fin pour la créature qui est revenue en 1942 sous les traits de Lon Chaney Jr. dans Le Spectre de Frankenstein.

C’était vraiment une autre époque…
OK, il y avait moins de post-prod, mais quand même !

Tori.

Oui, quand même…!!!
Aujourd’hui il y a plus de post-prod’ mais à l’époque la pellicule devait quand même passer au labo pour développement, il fallait procéder au montage (à la main évidemment), mixer le son, le synchroniser, étalonner le film, etc…
Ce délai est assez ahurissant.

C’est clair. Les équipes en post ont du travailler non-stop avant la fin du tournage. D’après mes infos, les premières versions du scénario datent d’octobre 1938…et il a été réécrit pendant le tournage notamment pour ajouter Ygor qui n’y figurait pas (Rowland V. Lee a insisté pour que Lugosi ait le rôle). Des productions à moins d’un an, ça existe…mais là, 4 ou 5 mois (tout dépend du début de la pré-production), c’est très rapide…

Et il n’y a pas que le film lui-même, d’ailleurs : quand ont-ils trouvé le temps de faire les affiches (parce qu’entre le passage de commande, la fourniture de quelques photos de tournage, la réalisation et l’impression, ça fait pas mal de trucs…) ?

Sans oublier d’en faire des copies…
Impressionnant.
De sacrés bosseurs, les cinéastes (j’inclus tous les métiers du cinéma) de l’époque.

Tori.

On dirait bien que tout a été fait simultanément. La promo ci-dessous date de décembre 1938, alors que le film était encore en tournage :

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BASIL Rathbone et Boris KARLOff.

Tiens,ça me dit quelque chose…