LE MASQUE D'OR (Charles Brabin)

REALISATEUR

Charles Brabin

SCENARISTES

Irene Kuhn, Edgar Allan Woolf et John Willard, d’après l’oeuvre de Sax Rohmer

DISTRIBUTION

Boris Karloff, Lewis Stone, Karen Morley, Myrna Loy…

INFOS

Long métrage américain
Genre : aventures/horreur
Titre original : The Mask of Fu Manchu
Année de production : 1932

Archétype du génie du mal machiavélique, incarnation littérale du “Péril Jaune”, cette crainte fantasmée des peuples asiatiques définie dès la fin du XIXème siècle, le docteur Fu Manchu est né sous la plume de l’écrivain britannique Sax Rohmer (nom de plume de Arthur Henry Sarsfield Ward) en 1912. Après 13 romans et plusieurs nouvelles, Fu Manchu est apparu sur de nombreux supports, adaptations officielles ou pas; a servi d’inspiration pour de nombreux autres vilains de romans, de films et de bandes dessinées (comme Ming dans Flash Gordon, L’Ombre Jaune de Bob Morane ou encore le Mandarin et Griffe Jaune dans les comics Marvel) et a été maintes fois parodié.

Au cinéma, les romans de Sax Rohmer ont d’abord servi de base à The Mystery of Fu Manchu, un serial britannique muet de 1923. Fu Manchu fit ensuite ses débuts dans un film américain dans l’un des premiers parlants de la Paramount avec The Mysterious Dr Fu Manchu. Warner Oland, qui incarnera plus tard Charlie Chan, reprit ensuite le rôle à trois reprises. Mais le Fu Manchu le plus célèbre de cette époque demeure Boris Karloff, la star de l’horreur des années 30, dans The Mask of Fu Manchu (Le Masque d’Or en V.F.).
Après un serial en 1940, le méchant disparut des écrans pour réapparaître à la fin des années 60 dans une série de 5 films interprétés par une autre icône de l’horreur, Christopher Lee. D’une bonne série B avec Le Masque de Fu Manchu en 1965, on passe en quatre ans aux tréfonds de la série Z avec les deux derniers volets réalisés par ce vieux tâcheron de Jess Franco, Le Sang de Fu Manchu et The Castle of Fu Manchu.

Il y eut ensuite deux ou trois adaptations officieuses mais cette évocation ne serait pas complète sans mentionner le dernier Fu Manchu en date, Nicolas Cage dans Werewolf Women of the S.S. de Rob Zombie, fausse bande-annonce Grindhouse.

Revenons au Masque d’Or. Basé sur le cinquième livre de la série, le scénario voit le diabolique Docteur se lancer à la rechercher du masque et de l’épée de Gengis Khan dans le but de se proclamer lui-même réincarnation du célèbre conquérant et unir les peuples d’Asie et du Moyen-Orient dans une guerre pour éradiquer la “race blanche”. Il trouvera notamment sur sa route Denis Nayland Smith, agent du gouvernement britannique bien décidé à stopper ses plans de conquête…

Cela va sans dire, le ton du film (et sa représentation caricaturale des asiatiques) fut vivement critiqué par le gouvernement chinois. Pendant la seconde Guerre Mondiale, il fut même expressément demandé aux studios de ne plus produire de films sur le personnage de Fu Manchu, ce qui explique qu’il fallut attendre 25 ans pour le revoir sur les écrans.

Le Masque d’Or est toujours considéré comme l’un des meilleurs Fu Manchu. La production ne fut pas un long fleuve tranquille, avec de nombreux remaniements de script et un metteur en scène remplacé après quelques jours de tournage (qui fut débuté par l’inexpérimenté Charles Vidor, futur réalisateur de Gilda avec Rita Hayworth), mais le résultat final, malgré quelques chutes de rythme, offre un spectacle aussi (et souvent douteusement) cliché et daté que divertissant : les péripéties sont nombreuses, avec des héros projetés dans des pièges élaborés dans une ambiance pré-Indiana Jones, les exotiques décors sont superbes et les visuels sont soignés.

Si Lewis Stone incarne un convaincant Nayland Smith, on ne peut pas en dire autant des autres “gentils” du film qui se révèlent bien fades. Charles Brabin semble même prendre plus de plaisir à mettre en scène Fu Manchu et sa sadique de fille, Fah Lo See (campée par Myrna Loy). Le Code Hays n’avait pas encore été établi et il n’était donc pas étonnant de voir Fah Lo See rentrer dans une transe quasi-orgasmique en regardant le beau héros se faire fouetter par deux grands esclaves noirs musculeux.

Quant à Boris Karloff, il vole la vedette à tout le monde et déclame ses répliques avec une redoutable onctuosité. Il fait de son Fu Manchu le genre de vilain que l’on aime détester…il est donc dommage que sa scène finale soit aussi vite expédiée…