LE REPAIRE DU VER BLANC (Ken Russell)

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REALISATEUR & SCENARISTE

Ken Russell, d’après le roman de Bram Stoker

DISTRIBUTION

Amanda Donohoe, Hugh Grant, Peter Capaldi, Catherine Oxenberg…

INFOS

Long métrage britannique
Genre : horreur
Titre original : The Lair of the White Worm
Année de production : 1988

Dans la deuxième moitié des années 80, Ken Russell (le réalisateur de Tommy, Les Diables et Au-delà du réel) était sous contrat avec Vestron Pictures pour trois longs métrages. Après les bons résultats en vidéo de Gothic, le studio a accepté de financer The Rainbow, vieux projet du metteur en scène, si Russell leur livrait d’abord un film d’horreur. Grand admirateur du Dracula de Bram Stoker, Ken Russell avait dans ses tiroirs une adaptation écrite par ses soins mais les deux millions alloués pour le budget n’étaient pas suffisants pour se lancer dans ce projet. Et il s’est également dit qu’il y avait déjà eu assez de films sur Dracula jusqu’à maintenant…

Une connaissance lui a alors parlé du Repaire du Ver Blanc, que Bram Stoker avait écrit peu de temps avant sa mort. Ken Russell a été déçu par le bouquin mais quelques éléments l’ont assez convaincu pour les transposer à l’époque moderne et faire de sa vision de cette histoire une très, très libre adaptation de l’oeuvre de Stoker (que je n’ai pas lue…de Stoker, je n’ai de toute façon lu que Dracula). Une version qu’il a traitée avec son sens de l’humour si particulier…un humour qui n’a pas vraiment été compris par tout le monde (il faut dire qu’il y a de quoi), ses acteurs y compris…

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L’écossais Angus Flint (Peter « Dr Who » Capaldi) est en Angleterre pour effectuer des fouilles sur un terrain qui aurait abrité un ancien couvent. Là, il découvre un crâne à la forme étrange qui ne ressemble à aucune créature ayant existé. Invité à une fête, il fait la connaissance de James d’Ampton (Hugh Grant dans un de ses premiers rôles pour un film dont l’évocation l’a souvent embarrassé) qui lui raconte l’histoire du grand ver blanc que son ancêtre a terrassé. Un monstre dieu d’un culte ancien qui a toujours ses adeptes dont fait partie la vénéneuse comtesse Sylvia Marsh…

Face à des protagonistes principaux tout de même assez fades et pas très bien développés (le Lord incarné par Hugh Grant ne sert pas vraiment à grand chose et son action dans le final est complètement inutile), Amanda Donohoe a l’air de s’amuser comme une folle en séductrice fatale et femme serpent, jouant le jeu sans se soucier des aspects les plus grotesques que peuvent revêtir certaines des ses apparitions. Une outrance entretenue de manière jubilatoire par Ken Russell pour ce qui est très certainement le personnage qui l’intéresse le plus…

Le Repaire du Ver Blanc se sert des traditions propres au cinéma fantastique britannique classique pour mieux les dynamiter avec les thèmes et les délires visuels chers à Ken Russell. L’enquête des héros est ainsi ponctuée par des rêves totalement barrés et des visions démentes, sexuelles et sanglantes, des trips psychédéliques aux images composites cheap, d’une laideur à faire peur. Ken Russell n’hésite jamais à mettre en scène les situations les plus bizarres, comme cette scène où un Peter Capaldi en kilt charme un gros flic-serpent affligé d’un strabisme avec sa cornemuse.

Un cocktail sacrément frappé, aux frontières du nanar !

1 J'aime

Cette scène est purement anthologique.

Jim

Il y a des choses qui valent qu’on s’y intéresse dans l’œuvre de Stoker hors Dracula — je pense en particulier au Joyau des sept étoiles, qui, j’ai déjà eu l’occasion de le signaler, vaut beaucoup mieux que sa libre adaptation à l’écran par la Hammer — mais… Le Repaire du Ver blanc n’est pas vraiment en haut de la liste. J’en garde des souvenirs assez flous, mais je confirme l’impression de déception sur un pitch pourtant très prometteur (avec un petit côté lovecraftien avant la lettre) ; et si le roman est loin d’être aussi délirant que le film de Ken Russell semble l’être (pour le coup, c’est lui que je n’ai pas vu), il comporte quelques scènes d’un comique involontaire assez choucard.

Je retiens en particulier les scènes répétées de rencontres pour le thé de cinq heures, qui sont des occasions de tentatives pour le méchant de « mesmériser » ses voisines. En soi, la scène pourrait marcher (la description du conflit entre les deux volontés est assez forte), mais elle est complètement désamorcée par le contexte qui fait que, bien que tout le monde ait l’air de comprendre ce qui se passe, personne ne réagisse physiquement — comme s’il ne fallait pas perturber le rituel du thé — et que ça n’empêche pas le sorcier de continuer à se faire inviter ensuite — genre, on est en Angleterre, on ne peut pas ne pas inviter le voisin pour le thé, même si à chaque fois il passe tout son temps à vous fixer du regard au-dessus de sa tasse en essayant de broyer magiquement votre volonté pour vous posséder et vous offrir en sacrifice à une divinité chtonienne, c’est un détail ! :grin: