LE TIGRE DU BENGALE + LE TOMBEAU HINDOU (Fritz Lang)

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REALISATEUR

Fritz Lang

SCENARISTE

Werner Jorg Luddecke, d’après le roman de Thea Von Harbou

DISTRIBUTION

Debra Paget, Paul Hubschmid, Walther Reyer, Sabine Bethmann…

INFOS

Longs métrages allemands/italiens/français
Genre : romance/aventures
Titres originaux : Der Tiger von Eschnapur/Das indische Grabmal
Année de production : 1959

Parce qu’il avait du mal à mener ses projets à bien en Amérique, Fritz Lang (Metropolis, M le Maudit…) accepta en 1957 la proposition du producteur Arthur Brauner de rentrer en Allemagne pour travailler sur une nouvelle adaptation du roman Das Indische Grabmal de Thea Von Harbou. Pour le réalisateur alors âgé de 67 ans, il s’agissait vraiment d’un « retour aux sources » car il avait quitté son pays en 1933, d’abord pour la France puis pour les Etats-Unis, pour fuir l’Allemagne nazie. Fritz Lang avait également failli mettre en scène la première version cinématographique du livre : en 1921, il en a écrit le scénario avec Thea Von Harbou, qui deviendra sa seconde épouse, mais il s’est fait écarté de la réalisation par le producteur Joe May. Une deuxième adaptation est sortie en 1938, une vingtaine d’années avant que Fritz Lang puisse finalement proposer sa vision de l’épopée indienne imaginée par son ex-femme.

Le diptyque Le Tigre du Bengale / Le Tombeau Hindou (que je mets dans le même sujet car il s’agit d’un long récit de plus de 3 heures coupé en deux parties) fut un succès populaire, mais il fut aussi globalement descendu par la critique et dérouta la plupart des admirateurs de Lang avant d’être reconsidéré au fil des ans…mais pas par tout le monde, certains n’y voyant toujours qu’un spectacle terriblement long, kitsch et ridicule…

…ce qui n’est pas mon cas. Certes, l’intrigue romanesque est très classique (le drame qui se déroule est déclenché par l’obsession d’un Maharadjah pour une danseuse sacrée qui est quant à elle tombée amoureuse d’un architecte européen) et il s’en dégage souvent une touchante naïveté mais les thèmes développés sont intéressants (personnages prisonniers de leurs passions destructrices et contradictoires, vengeance, fanatisme religieux, soif de pouvoir qui fait se déchirer une fratrie…) et leur symbolisme bien traité à l’écran, dans une atmosphère presque intemporelle qui mêle exotisme, grands sentiments et rebondissements à une touche de fantastique (les scènes avec les lépreux font même penser à du Romero avant l’heure).

Avec ces deux films, Fritz Lang a concocté une bande dessinée d’aventures rocambolesque, un serial aux couleurs resplendissantes, aux décors splendides et à la mise en scène épurée. L’exposition passée, les péripéties s’enchaînent, Le Tombeau Hindou étant encore plus fourni sur ce point que Le Tigre du Bengale. Certains trucages peuvent prêter à sourire (le faux tigre dans la première attaque, le cobra en toc manipulé par des fils très apparents…) mais ces trois heures assurent un divertissement qui ne manque pas de charme…

…tout comme la très belle américaine Debra Paget (Prince Vaillant, Les 10 Commandements…) dans le rôle de la danseuse Seetha, notamment au centre d’une scène à l’érotisme troublant et très osée pour l’époque, sa danse presque nue face à ce fameux serpent caoutchouteux. En héros, Paul Hubschmid (Le Danger vient de l’Espace) est un peu fade, Walther Reyer se révélant plus convaincant dans son portrait d’un souverain perdu par un amour qui ne lui est pas rendu…

Les américains n’ont pendant longtemps pas eu accès à la version intégrale du diptyque de Lang qui fut condensé en un seul long métrage de 90 minutes intitulé Journey to the Lost City. Fritz Lang tournera encore un seul film, Le Diabolique Docteur Mabuse en 1960, avant de prendre sa retraite cinématographique (et d’apparaître dans Le Mépris de Godard dans son propre rôle).

J’aime beaucoup, de façon générale, le cinéma de Fritz Lang (même si je suis loin d’en avoir encore fait le tour), mais vraiment j’adore ce diptyque indien. Un hommage d’un premier degré indéboulonnable à l’imaginaire des serials, mais complètement sublimé dans sa réalisation, et, derrière sa façade de récit d’aventures d’un autre temps, bourré de symboles dans tous les coins et rempli des grandes thématiques propres au réalisateur. Du très grand art.

L’affiche de ce montage (charcutage) américain distribué par American International Picture :

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Moi non plus !! Même si ce n’est pas ce que je préfère dans sa filmo (faut dire que je suis très fan de Lang et que j’ai vu un bon paquet de ses films), j’adore sans modération ce diptyque, que le réalisateur, lui, détestait cordialement : il les appelait « mes merdes hindous » (Lang considérait, comme finalement de nombreux cinéastes de son temps, qu’un film qui n’avait pas marché était forcément raté).
Concernant le rapport avec les morts-vivants de Romero (les scènes avec les lépreux), ça me semble tout à fait juste, et d’ailleurs, si je ne me trompe pas, le critique Serge Daney avait fait le lien lui aussi.