L'EMPIRE DE LA TERREUR (Roger Corman)

Horreur
Long métrage américain
Réalisé par Roger Corman
Scénarisé par Richard Matheson, d’après Edgar Allan Poe
Avec Vincent Price, Peter Lorre, Basil Rathbone, Debra Paget, Joyce Jameson…
Titre original : Tales of Terror
Année de production : 1962

Fait assez rare pour l’époque, L’Empire de la Terreur (Tales of Terror en V.O.) ne commence pas par son générique, l’intégralité des crédits étant relégués en fin de métrage (ce qui est plus commun de nos jours). Roger Corman a préféré débuter le quatrième film de son cycle consacré aux écrits d’Edgar Allan Poe (après La Chute de la Maison Usher, La Chambre des Tortures et L’Enterré Vivant) directement par les histoires…au pluriel puisqu’il s’agit cette fois-ci d’un film à sketches, le seul de cette série produite entre 1960 et 1964.

Sur les huit « Poe Films », le romancier et scénariste Richard Matheson (Je suis une légende, L’Homme qui rétrécit…) en a écrit quatre. Et dès ce troisième, l’auteur et Roger Corman ont d’un commun accord décidé d’injecter un peu d’humour (dans l’un des segments dont il est question ici…et intégralement dans le suivant, Le Corbeau, devenu une comédie horrifique), une chose pour laquelle Edgar Allan Poe n’était pas particulièrement reconnu. Les trois récits choisis débutent et se referment sur une citation de Poe, l’autre point commun étant la présence de Vincent Price, qui interprète trois rôles très différents les uns des autres.

Le premier « conte de la terreur » est Morella. Vincent Price y joue un châtelain qui ne s’est jamais remis de la mort de son épouse Morella, décédée peu de temps après avoir donné naissance à une fille, une petite Lenora qu’elle a accusé d’être responsable de son état. Une vingtaine d’années plus tard, Lenora revient dans une demeure familiale qui tombe en ruines pour essayer de renouer avec son géniteur. Mais elle sera confrontée à une vengeance d’outre-tombe…Matheson a repris quelques éléments de la nouvelle de Poe pour concocter une histoire de fantôme au ton amer et à l’atmosphère lugubre, portée par un Vincent Price au regard hanté. Une belle interprétation, qui n’a absolument rien à voir avec la suivante…

Car dans Le Chat Noir, Price s’est laissé aller à l’exagération, dans une veine presque plus cartoonesque. En mélangeant Le Chat Noir et La Barrique d’Amontillado, Corman et Matheson ont allégé l’ambiance générale, orchestrant un savoureux face-à-face entre Price, en dandy amateur de vin, et Peter Lorre, en alcoolo prêt à tout pour se rincer le gosier. La légèreté est d’abord de mise…mais lorsque l’épouse délaissée du deuxième est séduite par le premier, le scénario revient à Poe et son schéma récurrent de l’enterrement vivant. Si la mise en place traîne un peu, le triangle amoureux est très amusant à suivre, entre passages joliment grotesques (le cauchemar avec son image déformée) et final à l’ironie cruelle.

Et pour le dernier segment, Roger Corman et son scénariste ont choisi La Vérité sur le Cas de Mr Valdemar. Vincent Price joue le personnage-titre, un vieil homme condamné qui fait appel à Carmichael, un hypnotiseur (Basil Rathbone, rendu célèbre par ses rôles de méchants dans les swashbucklers des années 30 et par son interprétation de Sherlock Holmes) pour calmer ses douleurs. Valdemar va se laisser convaincre de se faire hypnotiser aux portes de la mort mais manipulé par Carmichael, il se retrouve piégé entre deux mondes. Cette dernière histoire est plutôt fidèle à la nouvelle, Matheson ayant juste ajouté deux protagonistes (la femme de Valdemar et son docteur) pour alimenter un triangle amoureux certes très classique…mais surtout parce que cette partie manquait à l’origine d’une présence féminine (la très belle Debra Paget). Le suspense maîtrisé monte bien en puissance jusqu’à un final macabre qui restitue très efficacement l’horreur du sort réservé à ce pauvre Mr Valdemar.

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L’affiche belge :


Aperçu de l’adaptation en comic-book (dessins de Fran Matera) :

Dan Mumford :

Basil Gogos :