LES VAMPIRES DU DR DRACULA (Enrique López Eguiluz)

REALISATEUR

Enrique López Eguiluz

SCENARISTE

Paul Naschy

DISTRIBUTION

Paul Naschy, Dyanik Zurakowska, Manuel Manzaneque, Aurora de Alba, Julian Ugarte…

INFOS

Long métrage espagnol/allemand
Genre : horreur
Titre original : La marca del Hombre Lobo
Année de production : 1968

De son vrai nom Jacinto Molina Alvarez, Paul Naschy était un réalisateur, scénariste et comédien spécialisé dans le cinéma d’horreur. Ses personnifications des plus grandes figures de l’horreur, le Loup-Garou, Le Monstre de Frankenstein, le comte Dracula, Le Bossu, Fu Manchu et La Momie, ont fait sa renommée et lui ont valu le titre de “Lon Chaney espagnol”. Il partage avec Lon Chaney Jr, le fils du grand acteur du muet, le point commun d’avoir interprété à de nombreuses reprises le rôle du Loup-Garou à l’écran (entre 1968 et 2002 pour Naschy).

Après ses études, Jacinto Molina a mené une carrière sportive et devint champion d’haltérophilie en 1958. Mais le virus de la création fut le plus fort. Nourri aux bandes dessinées d’aventures et aux films de monstres de la Universal qui lui permettaient d’échapper à un quotidien difficile pendant la Guerre Civile, Molina a d’abord écrit des pulps sous un nom d’emprunt américanisé avant de faire une première percée dans le cinéma via quelques figurations qui tiraient parti de ses muscles et de sa silhouette trapue. Passés plusieurs petits rôles (on le retrouvera par exemple en Italie pour le péplum Hercule contre les Mercenaires et le western Le dernier jour de la Colère), Molina écrivit le scénario d’un film d’horreur dont les influences renvoient directement au type de films dont il raffolait pendant sa jeunesse.
Mais seulement voilà, le cinéma d’horreur était à cette époque quasiment inexistant en Espagne (tout au plus peut-on souligner les premiers essais dans le genre de Jess Franco avec L’Horrible Dr Orloff en 1962 et Les Maîtresses du Dr Jekyll en 1964), la faute à une censure très stricte pendant le franquisme. Molina eut ainsi beaucoup de mal à trouver les fonds nécessaires et eut recours à des financiers allemands pour enfin lancer la production.

Mais avant cela, il y eut encore quelques problèmes à régler. Molina rêvait de proposer le rôle du Loup-Garou à Lon Chaney Jr, mais le vénérable acteur âgé de 62 ans ne se voyait logiquement plus passer son temps à grogner dans un maquillage hirsute. Les producteurs proposèrent donc le rôle à Molina, mais seulement à la condition qu’il change de nom. C’est ainsi que Molina devint Paul Naschy et que sa carrière d’îcone de l’horreur démarra pour de bon.
La censure refusa aussi que le loup-garou soit un espagnol et que toutes ces horreurs se déroulent en Espagne. Naschy changea alors le lieu de l’action (et la déplaca dans un pays teuton) et le nom de son personnage, qui devint le polonais Waldemar Daninsky, marqué à tout jamais de la marque du Loup-Garou. Naschy reprit ce rôle une bonne dizaine de fois, dans une série de films à la continuité hasardeuse (un peu comme dans les séries B de la Universal, dans lesquels Larry Talbot mourrait et ressuscitait sans se préoccuper d’explications).

La_Marca_Del_Hombre_Lobo

La Marca del Hombre Lobo (La Marque du Loup-Garou) est sorti en 1968 et fut réalisée par Enrique Lopez Eguiluz, un metteur en scène tombé dans l’oubli et à qui l’on ne doit qu’une poignée de titres (et seuls ce film et Santo contre les tueurs de la Mafia ont eu droit à une sortie dans les salles françaises). À propos de la sortie française, le titre est bien entendu hautement fantaisiste : s’il y a bien des vampires dans l’histoire (ils débarquent dans la dernière demi-heure), on le cherche encore ce Dr Dracula. Mais il y a pire : le producteur et distributeur américain Samuel Sherman (qui a surtout oeuvré dans le Z), qui avait promis à ses exploitants un film avec le titre Frankenstein, racheta les droits de La Marca pour le sortir sous le titre Frankenstein’s Bloody Terror…en rajoutant un prologue expliquant que Daninsky est un lointain parent éloigné de Frankenstein !

De retour au château de son père après ses années d’étude, la jeune Comtesse Janice von Aarenberg fait la connaissance du ténébreux Comte Waldemar Daninsky, originaire de Pologne. C’est le coup de foudre…et le couple pourrait entamer une jolie idylle mais la région est alors frappée par des attaques de loups. En compagnie des autres habitants, le Comte Waldemar Daninsky prend part à une battue nocturne pour mettre un terme à la menace…c’est là qu’il reçoit une morsure qui va bouleverser sa vie : les nuits de pleine lune, il devient loup-garou. Avec ses amis Janice et Rudolph, il demande l’aide du professeur Mikhelov et de sa femme, des spécialistes de la lycanthropie. Mais ces derniers sont en réalité des vampires…

Malédiction ancestrale, héros tragique, amour impossible, trahisons…La Marca del Hombre Lobo ne prétend pas révolutionner le genre et déroule une intrigue classique, directement tirée des grands classiques de la Universal. Il y a du Larry Talbot (joué par Lon Chaney Jr dans Le Loup-Garou en 1941) dans le personnage de Waldemar Daninsky, aristocrate au physique un peu rustre dont un instant d’héroïsme causera la perte. L’affrontement entre les Hommes-Loups (oui, il y en a deux) et les vampires rappelle ces amusantes rencontres entre grands monstres que sont Frankenstein rencontre le Loup-Garou, La Maison de Frankenstein et La Maison de Dracula et donne au film de Enrique Eguiluz un côté bis assez savoureux, et qui paraît-il s’accentuera à l’occasion des nombreuses suites.

Mais les influences de Paul Naschy ne sont pas justes américaines. Les décors élaborés doivent beaucoup au gothique anglais du studio Hammer et le soin apporté aux éclairages et à la photographie évoque les ambiances des long métrages du maestro Mario Bava.

Oui, Les Vampires du Dr Dracula est visuellement un beau film, qui a plutôt bien supporté les années et dont l’histoire, certes peu originale, garde ce charme naïf des productions horrifiques des années 60. Mais plusieurs défauts sont quand même à relever. Paul Naschy n’était pas encore vraiment un acteur très expérimenté, ni très expressif à cette époque (il paraît qu’il s’est amélioré par la suite mais je n’ai pas vu assez de ses films pour en juger). Il n’est pas toujours très à son aise en amoureux transi et dès qu’il se transforme en carpette ambulante, son jeu outré et son physique de catcheur donne à son loup-garou une gestuelle peu convaincante, voire un chouïa ridicule. Le dernier acte, centré sur les actions du grandiloquent couple vampirique, est également assez décousu.

Malgré ces réserves, les qualités techniques, la patine visuelle et la beauté irréelle de certaines scènes sont pour beaucoup dans l’attrait d’un film qui marqua vraiment les débuts de l’âge d’or du cinéma fantastique ibérique.