J’avais acheté le coffret avec la trilogie de l’Infini. Déjà c’est un bel objet.
J’ai toujours du plaisir à relire cette saga, avec ce Thanos parfois ambigu qui demande des alliances pour servir ses intérêts, beaucoup plus intéressant que certains personnages qui sont de preux paladins et qui sont limites un peu chiants, même s’il en faut pour en contrebalancer d’autres qui peuvent pencher vers l’extrémisme.
Cette scène pleine de suspens me file des frissons à chaque fois
Marvel a refait un jeu de rôles récemment, et il y a un « pouvoir » qui correspond à ça justement, « Do this all day ».
Donc tu peux même le refaire à la maison
C’est là qu’on voit que, pour reconnaissable qu’il soit (ce qui implique des crayonnés précis), Ron Lim dépend beaucoup de ses encreurs. Là, avec Rubinstein, y a du volume, des modelés, des ombres.
Dans les suites, il est encré par Milgrom, qui propose une approche plus anguleuse, plus sèche, plus cassante. Avec plus de hachures, également, afin d’entrer dans une logique à la Jim Lee. Et si ça reste lisible, c’est moins bon.
Vu sa productivité, Lim a été associé à des encreurs très divers. Le boulot de John Beatty sur Quest est plutôt de qualité, avec une netteté impressionnante. Les matières ajoutées par Bulanadi sur Captain America donnaient beaucoup de matière à son trait, ça lui réussissait bien. Son encreur sur Silver Surfer, plus discret, faisait du bon boulot aussi (c’était qui ? Marzan ? Christopher ? Il me semble que c’était un élève de Rubinstein…).
Mais il n’a pas toujours été bien servi.
Tout à fait. Je me souviens avoir découvert Ron Lim sur les Silver Surfer avec les FF, scénarisés par Englehart. J’avais beaucoup aimé l’idée de Galactus victime d’une indigestion cosmique. Et c’était Rubinstein qui assurait l’encrage. Il amenait une rondeur, du volume effectivement, là où Milgrom n’apporte pas grand chose, et rend le tout très statique, un peu vide.
C’était Tom Christopher sur les Silver Surfer de Starlin et Marz. Il y avait des effets de matières intéressants. C’était technique, mais progressivement (vers la Croisade Cosmique je dirai) j’avais l’impression que ça faisait le strict minimum, rendant le titre de plus en plus ennuyeux et répétitif graphiquement.
Je viens de finir ma relecture d’Infinity War. J’avais gardé le souvenir d’une intrigue cosmique tendance bourrin, avec des doubles maléfiques et tout et tout. Et effectivement, il y a de ça, bien entendu.
Mais pas que. Il y a de chouettes passages, vers la première moitié de la série, où Starlin prend le temps de montrer les affres et les atermoiements qui hantent ses surhommes galactiques. Il y a des pages sur la solitude, la quête d’identité, la volonté de reconnaissance, qui épaississent avec bonheur ses personnages, notamment bien sûr Warlock et, plus étonnamment, le Magus. Des séquences vraiment bien, et dans lesquelles on a forcément l’impression que le scénariste a fourni des storyboards, tant ça correspond à sa manière de raconter.
(Bon, certaines pages de grosse baston donnent la même impression : Starlin a-t-il esquissé des découpages aussi pour Lim, ou bien ce dernier s’est-il fondu avec bonheur dans les anatomies retournées de ces pugilistes cosmiques ?)
Et puis, il y a des notes d’humour. J’aime toujours autant le tandem Doom / Kang, qui commence en comploteurs astucieux pour finir en bras cassés cogneurs, avec des bulles de pensées qui créent des décalages amusants. Dans le même ordre d’idée, je ris beaucoup à chaque apparition de Speedball, toujours en retard, jamais au courant, constamment à côté de la plaque.
Moins bon que le premier volet, ça reste bien sympa. On sent cependant que le cross-over a pris de l’ampleur et que, parfois, certains événements sont racontés ailleurs : on sent les trous à combler, à l’exemple de l’alliance entre Doctor Strange et Galactus…
J’ai commencé les sagas cosmiques par celui-ci. Je n’avais pas tout compris mais je trouvais ça cool, accessible, épique et touchant sur le final avec Thanos.
J’avais un souvenir très flou, et guère positif, de La Croisade de l’infini. J’ai relu la bête, et s’il y a des moments sympas, c’est effectivement le volet le plus décevant de la trilogie.
Déjà, c’est très lent. Les choses mettent au moins deux épisodes à démarrer (et après, ça passe doucement les vitesses, quand même), là où les deux sagas précédentes rentraient dans le vif du sujet plus tôt. C’est même un peu enquiquinant, surtout pour opposer des héros à leurs anciens équipiers.
L’autre problème, plus palpable que dans La Guerre de l’infini, c’est que le cross-over prend de l’ampleur et que plein d’événements se déroulent dans la série Warlock contemporaine. Si bien que certains coups de théâtre, comme par exemple l’attaque de Pip, tombent à l’eau si l’on ne lit que les épisodes de la mini-série, ce qui est le cas dans cette édition. Le premier volet fonctionnait très bien tout seul, le second minimisait la casse, mais celui-ci laisse très clairement sentir qu’il manque des choses, rendant la perception de l’intrigue assez désagréable.
Ron Lim livre des planches assez vides, il torche visiblement les décors et les arrière-plans. Les personnages sont souvent cadrés de loin et résumés à des silhouettes. Reconnaissons cependant qu’il livre de belles planches dynamiques pour les bastons ésotériques de la fin du récit.
Quant à Starlin, farouche anti-religieux dans nombre de ses récits, il semble louper ici une occasion de choix de brocarder une figure messianique, et l’allusion au suicide cosmique est quand même assez vite évacuée (à sa décharge, on peut imaginer les sueurs froides de la rédaction à l’idée de publier une grande saga sur l’ensemble de son catalogue où la méchante est une Jeanne d’Arc cosmique aux élans christiques la conduisant à suicider la création : Starlin n’a peut-être pas été aidé et soutenu comme il a pu l’être pour les chapitres précédents de son grand-œuvre).
Faut que je relise…
C’est là-dedans que Starlin règle ses comptes avec les « clones » de Thanos, et donc avec les intrigues écrites par d’autres, au début de son récit ?
Non, les clones datent de la série ongoing lancée par Starlin, qui part au 7 et Gillen reprend, ce qui sera a posteriori le creuset de Annihilation (avec Drax).