MEURTRE PAR DECRET (Bob Clark)

REALISATEUR

Bob Clark

SCENARISTE

John Hopkins, d’après les livres de Elwyn Jones & John Lloyd et Stephen Knight et les personnages créés par Arthur Conan Doyle

DISTRIBUTION

Christopher Plummer, James Mason, David Hemmings, Frank Finlay, Geneviève Bujold, Donald Sutherland, John Gielgud…

INFOS

Long métrage canadien/britannique
Genre : thriller
Titre original : Murder by decree
Année de production : 1979

Cinéma, romans, bandes dessinées, jeux vidéos, jeu de société…Sherlock Holmes, le célèbre détective né sous la plume de Sir Arthur Conan Doyle, a mené l’enquête sur le mystère de Jack l’Eventreur sur de nombreux supports. Deux longs métrages ont exploré cette idée d’une rencontre entre le limier de fiction et le tueur en série qui a sévi dans le district londonien de Whitechapel en 1888 : Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur (1965) et Meurtre par décret (1979). Les deux films partagent d’ailleurs le même Lestrade : le comédien britannique Frank Finlay a en effet personnifié l’inspecteur de Scotland Yard à deux reprises et à 14 ans d’intervalle (on retrouve aussi dans les deux distributions Anthony Quayle, qui interprète quant à lui deux rôles différents).

Il s’agit des seuls points communs entre les deux métrages qui diffèrent dans leur traitement de l’histoire. Meurtre par décret est en partie inspiré par le livre Jack Ripper : The Final Solution de Stephen Knight, qui présente une théorie du complot élaborée impliquant notamment la franc-maçonnerie et la famille royale d’Angleterre et conclut que les crimes de Jack L’Eventreur auraient été perpétrées pour couvrir la naissance d’un enfant illégitime de la royauté.
Ce livre fait partie des inspirations de Alan Moore pour sa propre exploration des meurtres de Jack L’Eventreur et de leur impact sur la société victorienne dans son imposant From Hell.

Meurtre par décret fait donc de Sherlock Holmes et du Dr Watson les principaux protagonistes de ce suspense aux troubles ramifications. Aux origines du projet, les héros devaient être campés respectivement par Peter O’Toole et Laurence Olivier. Mais les deux acteurs ne se supportaient pas. Peter O’Toole finira par prêter sa voix à Holmes dans une série de dessins animés australiens dans les années 80…quant à Laurence Olivier, il avait joué le professeur Moriarty dans Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express en 1976.

Le rôle de Holmes a finalement été confié à Christopher Plummer, qui l’avait déjà joué deux ans plus tôt dans une série télévisée anthologique britannique. À 50 ans, Christopher Plummer (La Nuit des Généraux) composait là un Holmes un brin fatigué et qui, selon ses propres mots, n’avait pas enquêté sur une affaire depuis bien longtemps. Les meurtres de l’Eventreur vont lui donner l’occasion d’exercer à nouveau ses capacités de déduction. Tour à tour charmant, incisif, impitoyable, son Holmes laisse aussi éclater son humanité et son empathie lorsqu’il découvre l’histoire dramatique qui a déclenché cette série d’assassinats (la scène dans l’asile avec Geneviève Bujold est troublante et remarquablement interprétée)…ainsi que sa colère lorsqu’il affronte les rigides « pouvoirs en place » à l’occasion d’un double épilogue très bien ficelé.

À la ville, Christopher Plummer est l’un des cousins de Nigel Bruce, l’un des interprètes emblématiques du Dr Watson dans les années 30/40 aux côtés de Basil Rathbone (L’Arme Secrète, Le Train de la Mort…). Mais Nigel Bruce a aussi été critiqué pour avoir popularisé un Watson un peu trop « bouffon », ce dont James Mason voulait s’éloigner.
L’excellent interprète du capitaine Nemo dans 20.000 lieues sous les mers a ainsi réécrit certaines de ses scènes et il incarne un Dr Watson indéfectiblement loyal, mais aussi empreint d’une certaine lassitude. Son duo avec Christopher Plummer fonctionne parfaitement.

À la réalisation, on retrouve l’américain Bob Clark, qui a débuté dans le cinéma horrifique avant de s’orienter, entre autres, vers la comédie (la série des Porky’s). On lui doit notamment Children Shouldn’t Play with Dead Things, Le Mort-Vivant et l’un des premiers slashers, Black Christmas (1974). Son expérience du genre lui permet de soigner une atmosphère angoissante et de faire de chaque apparition du coche qui transporte l’énigmatique éventreur un joli moment de suspense (et il est d’ailleurs filmé tel un monstre surgissant du fog londonien).

Les mises en scènes de chaque meurtre sont variées et le point de vue adopté pour le dernier est pour moi le plus efficace : Bob Clark enchaîne plusieurs plans d’une fenêtre aux vitres sales. On ne voit pas clairement ce qui s’y passe mais on discerne des cris étouffés, ce qui accentue la sensation de malaise. C’est alors qu’Holmes arrive et découvre en même temps que le spectateur l’horrible spectacle…

Dans l’ensemble, et grâce à ces éléments (interprétation, tension, reconstitution…les rues de Whitechapel sont glauques à souhait), je trouve que Meurtre par décret est un très bon Sherlock Holmes. Il aurait pu être un excellent Sherlock Holmes s’il n’y avait pas eu quelques longueurs, un rythme pas toujours bien maîtrisé. Le récit emprunte parfois quelques chemins détournés qui ne mènent nulle part, comme par exemple les interventions du médium joué par un Donald Sutherland complètement halluciné.

Je ne le connais pas celui-là, mais ça donne envie. Notamment du fait du nom de Bob Clark : son “Black Christmas” est non seulement l’un des (le ?) premiers slashers, mais c’est aussi l’un des plus originaux et envoûtants, sans compter que c’est aussi l’un des plus “couillus” (la résolution).

Il doit être relativement facile à trouver vu qu’il est passé plusieurs fois à la télévision… C’est comme cela que je l’ai découvert et plutôt apprécié.

J’en garde un excellent souvenir de ce Meurtre par décret.
Un Sherlock Holmes très classique dans mon souvenir du moins et une belle ambiance.

Mais ce qui pour le coup est surtout intéressant ici, ce sont les petites anecdotes dont tu parsèmes ton propos ; et qui donnent au Ciné-Club cette touche qui le rend indispensable. Quel que soit le film dont tu parles. :wink:

Ah ouais ? J’ai dû voir ça (parce que Sherlock attaque l’oient Express, ça me parle), mais je ne m’en souviens pas ! Faudra que je guette à l’occasion !

Merci, ça fait plaisir. J’essaye toujours de trouver cet équilibre entre historique et critique. Parce que je raffole des histoires sur les films, jusqu’aux plus petites anecdotes… :wink: