Donc, lu les cinq premiers numéros.
J’attends avec grande curiosité le sixième, pour voir comment Ellis va boucler le truc. Je crains un peu une (légère) déception comme j’en ai ressenti une à la lecture de ses Secret Avengers, qui ne donnaient pas l’impression d’un arc cohérent, mais proposaient autant de pistes que de numéros. En fait, j’attendais sans doute une construction comme celle de ses premiers StormWatch, où les différentes intrigues séparées faisaient partie d’un même grand tout. C’est aussi ce que j’attends ici, on verra si j’ai raison ou tort de m’attendre à cela.
Au-delà de mes attentes personnelles, j’ai bien aimé ces cinq épisodes. Très ellisiens dans la construction (de longues scènes de baston, décompressées et muettes…), avec un personnage mutique et violent, complètement effacé derrière son masque (sujet du cinquième épisode) et écrasé par ses psychoses personnelles (qui font l’objet du premier numéro).
On pourra reprocher que ça se lise en deux minutes. Les longues séquences muettes et le côté laconique du héros se prêtent aux effets de style du scénariste, qui est dans l’épure, dans le minimalisme. Ça ne plaira pas à tout le monde.
Après, en revanche, pour qui connaît Ellis, ce n’est pas du tout surprenant, ni même renversant. Deux récits (le troisième et le quatrième) reprennent des sujets déjà abordés dans Planetary, une parenté qui dépasse, et de loin, le costume blanc que « Mister Knight » semble avoir dérobé à la garde-robe d’Elijah Snow. Donc ça fait un peu redite. De même, les thèmes de roman noir comme l’enlèvement d’une enfant ou les méfaits d’un sniper font partie de sa panoplie de fixettes que l’on connaît bien. La description d’un New York nocturne et peu ragoûtant porte également sa marque.
La grosse et agréable surprise, pour moi, c’est le dessin de Declan Shalvey. J’avais gardé un souvenir agréable de ses Thunderbolts, mais je n’avais pas été impressionné par les previews des épisodes de Moon Knight. Si j’aimais bien les cadrages et les effets de matière, je trouvais les personnages raides. Et je continue à le penser. En revanche, dans l’acte de lecture, son dessin m’a impressionné. Il dépasse les raideurs et les maladresses, qui servent le récit. De même que Jordie Bellaire a eu la bonne idée de ne poser aucune touche de couleur sur le héros immaculé, Shalvey le dessine guindé et droit, là où les autres personnages sont voûtés et tordus. Et cette raideur, il en tire donc profit. L’épisode 4 est lui aussi une démonstration de force graphiquement parlant, même si l’épisode 2, avec le costume (presque) traditionnel, est vraiment plein de trouvaille (ne serait-ce que la scène d’ouverture, qui utilise la page de BD de manière très astucieuse).
Bref, narration au poil, dessin intelligent, c’est vraiment bien.
Je n’ai pas souvent de remarques à faire sur les couleurs, mais pour le coup, effectivement, Jordie Bellaire apporte un truc en plus, et renforce les atmosphères glauques et inquiétantes.
Étonnante prestation, qui réfléchit à la nature du média BD tout en posant des touches sur le genre super-héros et en fournissant six histoires indépendantes lisibles à part. À contre-courant, comme dit Ellis.
JIM