Les amis, j’ai finis tous les dessins noirs et blancs de mon album Pinocchio !
J’attaque les couleurs.
Pour vous tenir au courant :
Mon éditeur (« Bamboo/grand angle » qui est l’éditeur des « profs », des « sisters »… et autres gros succès) m’a dit que cette sortie était la plus attendue de la rentrée chez eux ! Il sortira sous de très bons auspices avec les forces commerciales totalement investies.
C’est très important, parce que c’est rare qu’un auteur comme moi, qui suit sa route et ne cherche pas à flatter le marché, soit mis en avant. C’est un signe selon moi de changement d’époque. Je l’espère en tous cas, pour le marché de la BD, mais aussi pour les gens en général. Un type comme moi valorisé, ce n’est pas anodin.
La bise.
Loïc Malnati sur le forum BDGest en septembre 2025 :
Hello à tous.
Nous lançons, Béatrice Tillier, Jean-Luc Masbou et moi-même, un nouveau projet BD : Une relecture de Pinocchio de Collodi.
Nous sommes parti de l’histoire originale, très dure, et nous en proposons une approche moderne. Un peu comme Loisel l’avait fait pour Peter Pan.
Sortie en Septembre ou Octobre 2026, normalement.
Nous vous informerons de l’éditeur une fois le contrat signé.
Voici quelques trucs pour visualiser le travail en cours !
See you !
C’est un one shot qui permet de faire d’autres one shots ensuite. En ce moment c’est plutôt la tendance. Pour faire le tour de toute l’histoire de Pinocchio, il faudrait deux albums au moins. Mais Ce premier album se suffit à lui-même.
Jean-Luc créé l’univers, personnages et décors et les ambiances couleurs. Je participe à ce travail en second plan, je créé ce qu’il n’a pas défini. Je créé Pinocchio qui est un de mes pantins mécaniques. Béatrice va inventer la fée aux cheveux bleus, personnage important de l’histoire originale. Elle va illustrer les pages titres des chapitres et créer l’introduction.
Je travaille avec Jean-Luc sur le découpage narratif, je réalise le dessin final à partir de tout ce travail afin d’assurer une homogénéité graphique.
Le scénario est de moi, mais Jean-Luc retravaille dessus.
Voilà, c’est un travail en « studio » où on valorise le talent de chacun mais dans une œuvre totalement homogène. La fusion des forces.
Le scénario raconte l’histoire de Collodi, mais aussi ce qu’il n’a pas dit.
Jim
Loïc Malnati sur le forum BDGest, le 25 septembre 2025 :
Hello !
Nous avons décidé de travailler avec Bamboo/Grand Angle pour ce projet. Cet éditeur s’est montré enthousiaste et s’est immédiatement impliqué. Il nous donné des gages forts témoignant de son désir de placer cet album au devant de la scène. Et en plus, ce qui ne gâche rien, il y a entre nous une réelle estime mutuelle. Hervé Richez n’est pas juste un éditeur, c’est un allié.Voici une planche encrée du matin !
Jim
Loïc Malnati sur le forum BDGest, le 28 septembre 2025 :
Merci pour ton commentaire qui est intéressant mais pose plusieurs questions. Premièrement le fait de travailler sur un thême connu n’est pas forcément « perdre toute originalité », j’en veux pour preuve le Peter Pan de Loisel, par exemple.
Il y a plusieurs points à regarder : Toute création populaire est basée sur des acquis collectifs, tout esthétique collectif est un cliché par nature. Parce que nous réagissons à ce que nous connaissons. Ce qu’on appelle original, en général, c’est juste d’associer des choses qu’on connait, mais qu’on n’a pas l’habitude de voir ensemble. C’est juste modifier une recette.
Selon moi, la véritable originalité, c’est de parler de soi, au sens où les émotions qui fondent le récit sont incarnées par l’auteur. C’est même selon moi, la définition de l’artiste même : Celui qui fait de sa subjectivité un message universel.
En fait il y a deux façons de travailler dans nos domaines narratifs : 1 : Utiliser des systèmes narratifs et des ingrédients appartenant à un même univers culturel pour créer une « nouvelle » histoire sur la base d’un genre établi. 2 : Partir de soi, de son désir d’artiste de partager un sentiment profond, et ensuite trouver la forme adéquate.
J’appartiens plutôt à la deuxième catégorie, ce n’est pas l’outil qui définit mon propos, mais l’inverse.
Donc comme je l’ai expliqué, Pinocchio s’est imposé à moi parce que j’ai cherché à mettre en place une méthode de psychanalyse basée sur la remise en question de l’identité comme fondement de l’individu (pour faire simple). Je postule que la personnalité soit un effet de la nature individuelle confrontée aux contraintes du monde. Je postule également que le retour au constat candide de l’état des choses est la « première question », celle du corps. Bref. Dans cette période de réflexion, j’ai discuté avec Jean-Luc Masbou, et nous avons exprimé notre envie réciproque de travailler ensemble, il nous fallait trouver un terrain de rencontre. Et Pinocchio m’a sauté à l’esprit. Je l’ai donc relu. Et j’y ai découvert la confirmation de toute ma réflexion psychanalytique. Voilà pourquoi je me suis lancé là dedans. Ce n’est pas se soumettre à une œuvre populaire, c’est révéler en quoi cette œuvre pourrait bien être la preuve de ma vision du monde.
Ce qui est intéressant, c’est que c’est un conte pour enfant, alors qu’on peut vraiment y voir un propos fondamental sur l’identité, une question, celle du corps. La question de Pinocchio, c’est : « Suis-je mon corps ? Ou suis-je ce que je pense de mon corps ? » C’est en fait toute la dialectique qui oppose nature et culture qui se joue ici.Ce propos, je l’ai déja traité dans « Un battement d’aile de Papillon » sorti en Février de cette année. Mais je l’ai fait dans un univers totalement inventé, avec des parti pris personnels originaux. J’ai représenté le « Soi » Jungien sous la forme de petits insectes qui vivent dans le coeur des pantins. Je n’ai pas expliqué mon propos, parce qu’expliquer c’est tuer la magie. Ce livre a été très mal diffusé (mise en place à 2000 exemplaires, la pire de ma carrière, alors que c’est selon moi, mon meilleur livre), mais il a tout de même rencontré un succès d’estime dans une période extrêmement difficile pour la BD. Cependant, je constate que certaines personnes n’ont pas compris mon propos, ils l’ont trouvé « Bizarre », ou ils ont perdu le fil du récit. Parce que si mon propos est universel je crois, les choix formels que j’ai fait ont déstabilisé ces lecteurs. Nous sommes dans une période où le doute n’est pas le bienvenu, les gens « veulent savoir » mieux que les autres, c’est une façon de ne pas se remettre en question. J’imagine que c’est parce que les gens doutent fortement, et que ça leur fait peur, ils rejettent donc tout ce qui les place dans l’inconfort, l’inconnu. C’est périodique, ça changera, mais il est vrai que les gens cherchent la sécurité. L’équivalent d’un Moebius aujourd’hui ne serait pas publié, parce qu’il ne serait pas lu. Pour un artiste comme moi, il faut trouver des terrains sécurisants pour le public afin de pouvoir traiter de mes sujets qui sont déstabilisants. Et coup de bol, Pinocchio coche toutes les cases.
Voilà donc mon explication pour mon cas.
Loïc.
pj : Petite case encrée
Jim
Loïc Malnati sur le forum BDGest (à propos du Pinocchio de Winshluss), le 1er octobre 2025 :
Oui c’est un excellent livre que j’ai beaucoup aimé. Je ne l’ai pas relu afin de ne pas être perturbé dans ma création. Ceci dit, de mémoire, c’est un album qu’on ne peut pas classer dans les « adaptations » à proprement parler. Pinocchio pour lui était un prétexte, une base pour raconter autre chose. Il est complétement sorti du propos de Collodi. C’est pourquoi je pense plutôt au Peter Pan de Loisel nous concernant, parce que notre Pinocchio est une relecture en profondeur du récit original, c’est un point de vue également, mais vraiment centré sur le livre de Collodi. Je pense qu’on y dit ce que l’auteur n’osait pas aborder, mais qui est pourtant induit dans son propos.
Par exemple, à la fin du Pinocchio original, il y a un petit garçon, MAIS il y a toujours un pantin, devenu inerte. Le pantin a perdu la vie, et un petit garçon est apparu. C’est étrange, parce que quand Pinocchio devient un âne, il est un âne. Il n’y a pas un pantin inerte et un âne qui apparaît. Je ne vais rien dévoiler ici, il faudra lire, mais cela a du sens, ce n’est pas pour rien. C’est totalement cohérent avec le propos moral de Collodi. On pourrait penser que lorsqu’on devient un âne, c’est qu’on se « drape » de l’apparence de l’âne, alors que quand on devient « quelqu’un » on laisse derrière soi le foetus que nous étions. C’est sans doute ce qu’a pensé l’auteur, c’est son biais moral. Mais ça ne tient pas, parce que le foetus est le noyaux de l’individu, il ne s’en est pas détaché physiquement, ça n’explique pas la différence entre l’âne et l’enfant humain. Donc dans mon scénario, j’ai éclairci toutes ces choses « étranges » qui en fait sont des messages inconscients de l’auteur.
Je vous joins le tout premier test que nous avons fait Jean-Luc et moi pour définir le style et les ambiances colorées.
Jim
Loïc Malnati sur le forum BDGest, le 12 octobre 2025 :
Premiers tests de couv. Quelle option préférez-vous comme ça au premier abord ?
Merci de votre aide.
Version simple…
Version sombre…
Jim
Zéro référence
Je ne suis pas sûr de comprendre ton propos.
Jim
Boutade.
On dirait les dents de la mère
Ouh là.
Préviens.
Hahahaha
Ouais.
Dans le film de Disney, c’est une baleine, mais il paraît que dans le texte de Collodi, c’est une sorte de requin (je n’ai pas souvenir de l’avoir lu, et je ne sais même pas si je l’ai : tiens, faudrait que j’aille vérifier…).
Jim
Désolé… mal écrit, mauvvaise association d’idée d’un rappel pas cool.
Pas volontaire. Mais si ca t’a fait rire, c’est bien.![]()
C’est pas un cachalot, plutôt ?
Ça fait comme pour Jonas : dans l’inconscient collectif, il s’agit d’une baleine, alors que le texte parle d’un « gros poisson ».
Tori.
